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Anatomie de l’étalement urbain

Indicateurs nationaux 31 mars 2017

Terres arables sacrifiées, campagne transformée en ville… L’étalement urbain, que les pouvoirs publics cherchent depuis longtemps à limiter, prend de multiples aspects. Des chercheurs observent et analysent cette évolution, au-delà des idées reçues.

Un département tous les sept ans. C’est la vitesse à laquelle se poursuit l’artificialisation du territoire français, selon les calculs du ministre de l’Agriculture. Ce chiffre, ou celui d’un département tous les dix ans qui prévalait jusque dans les années 2000, est devenu le symbole de l’étalement urbain, cette expansion géographique de la ville, au-delà des besoins de la population.

Cette tendance, qui se poursuit continûment depuis 50 ans, est dénoncée depuis longtemps, par les pouvoirs publics eux-mêmes, comme destructrice non seulement des terres agricoles, mais aussi de l’environnement et du lien social. Mais aujourd’hui, « s’alarmer de la disparition d’un département tous les dix ans ne suffit pas », estime l’agronome Alice Colsaet, auteure d’un travail de recherche pour l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Avec son collègue Yann Laurans, elle a observé l’impact de cette transformation de la campagne en ville sur la biodiversité en Ile-de-France.

Les conséquences sont multiples. L’étalement urbain provoque « une fragmentation des territoires, une réduction des surfaces laissées à la faune et à la flore, la formation d’îlots de chaleur, davantage de pollution », explique pour sa part Marc Barra, écologue à Natureparif, l’agence pour la nature et la biodiversité en Ile-de-France. Les données récoltées par les associations de protection de l’environnement montrent un déclin des espèces, les papillons ou les oiseaux. « Les hirondelles et les martinets, qui nichent dans les anfractuosités du bâti ancien, sont démunis face aux murs lisses et vitrés. Les moineaux, qui se nourrissent aux terrasses de café, mangent, comme nous, trop salé, trop gras et trop sucré, ce qui finit par avoir des répercussions sur leur reproduction », poursuit Marc Barra.

L’étude de l’Iddri permet non seulement de quantifier, mais aussi de qualifier l’étalement urbain. Et si l’Ile-de-France est plus urbanisée que le reste de l’Hexagone, les tendances et les résultats de cette analyse sont comparables, selon ses auteurs, à ce que l’on observe ailleurs. Le rythme du « bétonnage » était très fort dans les années 1980 et 1990, s’est ensuite ralenti et a chuté après la crise financière de 2008. Cela signifie que l’étalement urbain se poursuit, mais moins vite qu’avant.

Ainsi, entre 1999 et 2012, en Ile-de-France, plus de 1 000 hectares d’espaces naturels ont été transformés en espaces artificialisés. Cette évolution se traduit par différents types d’usages. « L’artificialisation est un phénomène multiple », souligne Alice Colsaet. Une partie des terres concernées deviennent effectivement des « espaces revêtus ou bâtis », mais d’autres se transforment en « carrières, décharges et chantiers » ou en « espaces ouverts artificialisés ». Autrement dit, lorsqu’on soustrait un champ ou une forêt à la nature, on n’y construit pas nécessairement un bâtiment ou un parking, mais on y aménage un jardin ou un terrain de sport. Les trois usages qui connaissent une plus forte croissance, selon les calculs de l’Iddri, sont l’habitat individuel, dont la surface progresse de 23 %, les gazons, ces « délaissés » herbeux qui bordent les autoroutes ou les voies ferrées (+18 %) et les zones d’activités économiques (+15 %). La forte croissance de ces zones, constate Alice Colsaet, « va de pair avec la progression des surfaces engazonnées ».

Des normes complexes et insuffisantes

Pour compléter cette observation, l’agronome a interrogé la marge de manœuvre des pouvoirs publics. Les « normes » destinées à limiter l’étalement urbain reposent sur le triptyque « Éviter/Réduire/Compenser », une ligne de conduite érigée en doctrine par les services de l’État (inscrite dans la loi Biodiversité). Avant de construire un nouvel équipement, il convient ainsi de se demander d’abord s’il est vraiment indispensable. Ensuite, il faut chercher à réduire son impact sur le milieu naturel. Puis, en dernier recours, on songe à compenser ses effets. En pratique, constatent les chercheurs, l’application de cette doctrine est d’autant plus complexe qu’elle est mentionnée à diverses étapes des processus de décision : « au moment de la concertation, de l’étude d’impact, à travers la fiscalité, etc. »

En outre, si les grands projets sont soumis à des obligations significatives, les « petits » projets, « qui constituent par leur grand nombre la majeure partie des surfaces artificialisées », passent le plus souvent entre les gouttes. Tout ceci, indiquent les chercheurs, « induit une grande complexité, tant pour les régulateurs, dont les services ont une capacité humaine souvent limitée, que pour les opérateurs ayant des difficultés à faire face à l’incertitude ».

L’étude de l’Iddri permet aussi de montrer que, contrairement à ce que l’on imagine, l’étalement urbain n’est pas irréversible. « Les délaissés herbeux, ainsi que les carrières ou les décharges, peuvent revenir à un état naturel », observe Alice Colsaet. Cette « réversibilité » demeure toutefois limitée. Seuls 1,8 % des espaces qui étaient artificiels en 1999 étaient redevenus, en 2008, des espaces naturels ou agricoles.

Olivier RAZEMON

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