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Notre ami John est un financier de renom, respecté par ses pairs de la City de Londres. Comme dit Gabriel, qui n'a pas la langue dans sa poche, «il en connaît un bout.» Nous profitons de son passage au club pour lui demander son sentiment sur nos placements et sur le rôle que peuvent tenir, dans l'économie de notre pays, les petits épargnants que nous sommes. Cette question a eu le don de l'amuser. Il a souri et a bien voulu répondre à notre inquiétude:
«Votre rôle? Mais il est tout trouvé. C'est celui du Cocu Magnifique ! Il fut un temps où les intérêts de tous les participants au jeu, Banques, Assurances, Patrons de l'Entreprise et vous, les épargnants, acheteurs de Sicavs en tout genre, qui accrochez votre petit wagon au grand train de la richesse, étaient les mêmes. Vous pouviez légitimement espéré profiter du voyage, proportionnellement à votre mise. Vos petits brins, mêlés à d'autres plus gros, constituaient une corde que tout le monde, peu ou prou, tirait dans la même direction.
Ces temps sont révolus. De l'eau a coulé sous les ponts et cette eau est nauséabonde.
Vos intérêts ne sont plus liés à ceux des «gros».
Vous êtes la proie de trois espèces de prédateurs.
-Tout d'abord une caste de dirigeants qui se partagent les postes clés, que l'on retrouve dans tous vos Conseils, jouant, l'un chez l'autre, le rôle de dirigeant et d'administrateur censé contrôler le PDG. La vigilance prévue par la loi et les statuts est ainsi annihilée par un jeu de services rendus réciproques. «Je ferme les yeux chez toi et tu me rends la pareille chez moi».
Cette manoeuvre est facilitée par la triste complicité entre Syndicats et Directions, chacun aidant l'autre à préserver ses privilèges, pour les uns les statuts, les retraites et des conditions de travail hors-normes, pour les autres la possibilité de s'enrichir scandaleusement.
N'oubliez pas que vos syndicats détiennent, dans nombre d'établissements Publics ou Semi-Publics, un tiers des postes d'administrateurs.
-Il y a ensuite les Compagnies d'Assurances-Vie et les Banques qui ont bien dû trouver des ressources, le jour où elles ont perdu la manne des considérables dépôts à vue qu'elles détenaient et qu'elles ne rémunéraient pas. Il a bien fallu compenser ce trou béant.
Oh, vous n'êtes pas saignés à blanc. Ce serait trop visible. C'est du bel ouvrage, une espèce de TVA multiple aussi discrète que possible C'est une cascade de «packages» vous apportant, entre autres, des informations passionnantes sur l'évolution de la bourse de Kuala Lumpur, de frais de gestion des Fonds Communs, des Sicavs et des portefeuilles, une pyramide de commissions, aucune n'étant élevée au point de faire ruer dans les brancards et d'amener le petit épargnant à se regimber. De petites hémorragies dont l'effet cumulatif peut se révéler dévastateur.
Faites un petit calcul. On vous oriente, en général, vers des parts d'OPCVM que l'on vous conseille de garder une dizaine d'années. De toute façon, c'est commode car on peut ainsi prétendre n'être jugé qu'au bout d'une décennie et d'ici là...
Entre vos frais d'entrée, de sortie quand ils existent, de gestion annuelle, de garde, c'est bien le diable si on ne vous prélève pas entre 2 et 3 %. Si le cours de l'OPCVM a monté, vous ne le remarquerez pas. C'est un manque à gagner. Mais supposons que le cours soit étalé. Au bout de 10 ans, c'est le quart de votre patrimoine qui sera parti en fumée...mais pas pour tout le monde. A cela s'ajoutent les aléas normaux que vous devez assumer, puisque vous avez choisi, en connaissance de cause, de participer au risque de l'Entreprise.
Je vais vous donner un exemple a contrario: Supposez que votre «conseiller en patrimoine» ait eu la prémonition du retournement du marché boursier. Vous aurait-il suggéré, de placer tout votre argent dans des supers Livrets A, des «Monétaires», fidèle ainsi à sa vocation affichée d'avocat de vos intérêts ? Sûrement pas, car c'eût été se faire hara-kiri. Sa banque tomberait en faillite, car elle ne toucherait plus ses commissions sur les souscriptions, les achats et les ventes, et autres frais de gestion.
Il y a, hélas pour eux, une catégorie privilégiée de perdants. Ce sont les salariés de l'Entreprise qui ont, directement ou par le canal de leurs fonds de retraite, souscrit des actions de leur boutique. Leur emploi est en péril et leurs économies ont fondu. Je parle, bien entendu, ici des vrais achats d'actions, payés en espèces sonnantes et trébuchantes, et non pas des stocks-options qui, dans le pire des cas, ne causent qu'un manque à gagner et ce n'est fichtrement pas la même chose.
Vous n'avez pas encore gravi jusqu'au bout votre chemin de croix. Car, en plus de la chute de la Bourse que vous subissez de plein fouet, vous êtes obligés, sous votre deuxième casquette, celle de contribuable, de prendre en charge le renflouement des Etablissements Publics en faillite (Crédit Lyonnais, Télécoms, j'en passe et des meilleures).Vous devez tenir le rôle douloureux de caution. Comme vous le voyez, votre route vers la richesse est semée d'embûches.
Lorsque tout va bien, vous autres, petits épargnants toucherez des miettes des profits. Mais quand les choses se gâtent, vous n'avez qu'un rôle à jouer, celui du Cocu Magnifique.
John pouvait poser son scalpel. Il nous avait disséqué le cadavre avec une élégance toute britannique.
Le Papyravien
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