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Christophe est un Européen convaincu. Aussi le «Non» papyravien au référendum sur la Constitution a-t-il été pour lui une catastrophe, d'autant plus qu'il ne s'y attendait pas. Un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Il s'en remet difficilement. Ce soir encore, il nous dit son incompréhension devant ce qu'il considère comme une cécité de nos compatriotes: «Cette Constitution était un grand pas en avant. Je ne comprendrai jamais pourquoi nos concitoyens l'ont rejetée.»
Jean tente de lui donner une explication.
«Je pense, mon cher Christophe, que tu n'as pas analysé convenablement la situation. C'est plus grave encore que tu ne l'imagines ; je le crains pour ta cause. Nos compatriotes n'ont rien contre ce projet de Constitution qu'ils ont rejeté. Dans leur grande majorité, ils ne l'ont même pas lue. Toi et tes amis avez commis une lourde erreur. Vous en êtes restés au vieux stéréotype où la Papyravie était divisée entre des Conservateurs patriotes, nationalistes, cocardiers même, et des Progressistes proches des peuples, de tous les peuples. Lourde erreur ! Ces deux morceaux de la Papyravie, que tu crois divisés, ont quelque chose en commun: Le besoin conscient ou inconscient d'un point d'ancrage et ce point d'ancrage reste, jusqu'à nouvel ordre, que tu le veuilles ou non, le pays, en l'espèce la Papyravie. L'homme ressent viscéralement ce besoin que ne sont pas parvenus à combler, du moins jusqu'à nouvel ordre, les grands ensembles à l'échelle du monde ou d'un continent comme l'Europe. L'Europe a peut-être remplacé la Papyravie dans le cerveau de beaucoup, mais pas, si tu me permets l'expression, dans leurs tripes. Ce besoin d'un point d'ancrage, ni les Senestres, ni les Libéraux ne l'ont compris. L'Internationale des premiers, le Mondialisme des seconds sont incapables de remplacer ce cadre de vie qu'est la nation, le pays (appelle-le comme tu voudras). Ils ne sont que des moyens, d'une plus grande justice sociale pour les premiers, du développement économique pour les seconds. Ils ne sont pas une fin. Nos communistes et nos Libéraux ont confondu la fin et les moyens. C'est aussi ton cas, mon cher Christophe. L'Europe politique sera peut-être une réalité demain. Mais ce n'est pas avec la seule raison qu'elle se fera. Il a fallu des siècles pour que la Papyravie supplante nos Provinces et soit ressenti comme notre cadre national commun.
Le Papyravien
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