|
Les hommes sont moutonniers. Leur penchant naturel les pousse à faire ce que les autres font. Ils ont tendance à suivre aveuglément l’exemple du troupeau, à la manière des moutons Ils ont l’instinct grégaire, cette tendance instinctive qui pousse des individus d’une même espèce à se rassembler et à adopter le même comportement. L’esprit de contradiction de certains ne change rien à l’affaire. Il est superficiel. Rien n’est plus dangereux qu’une foule qui hurle comme un seul homme. Il suffit de se rappeler ces masses fanatiques qui acclamaient Hitler, Mussolini ou Staline. Elles n’étaient pas payées pour le faire. Elles étaient sincères et c’est en cela que réside le drame.
Ce ne sont pas ces foules bêlantes qui font progresser l’humanité, mais les rares hommes à contre-courant. Il en a existé à toutes les époques. C’est une espèce rare. Il y eut, en Allemagne nazie et dans tous les pays occupés, des «Justes» qui, au péril de leur vie, ont caché et sauvé des familles pourchassées. Ils ont été trop rares, mais ils sont l’honneur de notre espèce humaine. Plus près de nous, deux exemples d’hommes à contre-courant m’ont marqué. En Afrique du Sud, André Brin, apprenant, le 21 mars 1960, que la police de son pays, faisant feu contre des manifestants noirs venus pacifiquement protester contre l’obligation imposée aux femmes de porter un laissez-passer, massacra 69 personnes, déclara: «Il est déjà dur d’appartenir à un peuple confronté à son extinction, mais c’est infernal d’appartenir à un peuple qui mérite de disparaître.» Tout est dit. On ne peut pas être plus à contre-courant, lorsqu’on est, comme lui, un Blanc fils de juge. Il y eut, dans le même pays, la réflexion de Nelson Mandela, sortant libre de la prison de Victor-Verster, le 11 Février 1990: «Nous avons accompli l’impossible, à savoir survivre. Il nous reste maintenant à accomplir le possible, à savoir vivre ensemble». Il pressentait les difficultés qui l’attendaient. Il y eut Albert Einstein, ce génie dont les travaux nous ont permis de ne pas perdre la seconde guerre mondiale et qui voyait avec consternation que l’Homme n’avait rien appris et rien compris. Il prononça, désabusé, cette parole prophétique:
«Je ne sais pas comment la troisième guerre mondiale va se dérouler. En revanche, je peux vous dire quelles armes seront utilisées lors de la quatrième : Des bâtons et des pierres». Albert Einstein était navré de constater que l’Homme jouait les apprentis-sorciers, ivre de ses découvertes et ne les maîtrisant pas. Lorsque je vois où nous mène le courant en Papyravie et ailleurs, j’attends avec impatience des hommes à contre-courant.
Le Papyravien
|