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Paul vient d’assister, hier soir, à un débat télévisé sur les retraites. Il nous dit son désarroi :«C’était, comme d’habitude, un dialogue de sourds, chacun défendant sa position sans écouter les arguments de ses adversaires. Pourquoi la vie politique est-elle si difficile en Démocratie et plus particulièrement en Papyravie ?» Jean suggère une réponse à cette question que Paul n’est pas le seul à se poser :
«Mon cher Paul, Ce mal est encore plus profond que tu ne l’imagines. L’Homme en général et le Papyravien en particulier s’en tient à l’opinion qu’il s’est forgée sur toute chose et refuse d’en démordre. C’est dans ses gènes. Nous détestons changer d’avis, même lorsque les faits devraient nous y conduire. Nous préférons les nier, feignant de croire qu’il s’agit de mensonges, d’élucubrations de journalistes mal intentionnés. Nous ne voulons pas reconnaître nous être trompés et devoir faire marche arrière. Tout le mal vient de la façon dont le citoyen se forge une opinion. Il pratique à l’inverse du Scientifique. Celui-ci part des faits, de ses observations, des réflexions qu’elles lui suscitent, et il en tire ses conclusions. Albert Einstein n’a pas procédé autrement pour trouver sa théorie de la Relativité. Il est parti d’une intuition, marque de son génie et il a analysé ensuite tous les faits venant corroborer..ou infirmer ses idées. Le Papyravien a une démarche inverse. Il se forge une opinion dont il ne veut plus démordre. Il ne va donc plus retenir, dans la masse d’informations, dont on nous abreuve, que ce qui vient la confirmer. Tout ce qui viendrait l’infirmer est suspect à ses yeux d’être un mensonge, une contre-vérité imaginée par un esprit malveillant. Il va même plus loin. Il ne lit que les journaux favorables à ses idées, alors que, s’il voulait exercer son vrai rôle de citoyen, il lirait justement les autres. Car c’est de la confrontation des idées que naît la vérité. Dans nos pseudos débats politiques comme celui auquel tu as assisté hier, les protagonistes se trouvent sur des lignes parallèles dont tout le monde sait que la caractéristique est justement de ne jamais se rencontrer, chacun défendant son point de vue, sans tenir compte de ce que peuvent bien dire les autres. Si seulement ces parallèles pouvaient se rencontrer… la démocratie et l’efficacité politique y trouveraient leur compte.
Le Papyravien
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