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Le passé, clé du futur ? Les projets de restauration du patrimoine, y compris industriel, peuvent se révéler des leviers puissants pour développer l’activité économique et raviver un territoire. Témoignages d’élus locaux, lors d’une rencontre de la Fondation du patrimoine.
Friches industrielles en milieu rural converties en pépinière de PME, ancienne usine du XXème siècle qui se transforme un centre culturel d’avant-garde… Plusieurs élus ont témoigné de projets menés sur leur territoire, lors de la journée « patrimoine, développement des territoires et engagement citoyen », organisée par la Fondation du patrimoine, le 8 juin, à Paris. Dans le Haut-Rhin, une friche industrielle est redevenue une zone économiquement active. François Tacquard, président de la Communauté de communes de la vallée de Saint-Amarin raconte: à la base, subsistaient 43 hectares de bâtiments en ruine, héritage d’une industrie textile qui avait compté jusqu’à 5 000 emplois au début du XXème siècle. « En Alsace, il y a 150 sites comme cela », voués à l’abandon et, à moyen terme, à la démolition, alors qu’il s’agit, dans certains cas, d’ensembles architecturaux de qualité, explique l’élu, évoquant « le moral à zéro » que cette situation engendre. Néanmoins, à partir de 2003, sur le site de Wesserling, « volontaires et élus se sont posés la question de sa réutilisation, et ont monté le projet d’une petite cité culturelle et économique ». La communauté de communes a développé une pépinière d’entreprises, et des PME se sont installées. Pour réaliser le projet, un architecte « qui a accepté de faire modeste », en respectant les bâtiments d’origine, a été choisi. « Quand on restaure, cela coûte six à sept fois moins cher que de démolir », explique l’élu. En France, regrette-t-il, « le patrimoine industriel est un ‘‘non objet’’. Il y a de l’argent pour le démolir, pas pour le sauvegarder (…) La sauvegarde des sites industriels n’est pas ancrée dans la tradition française ». Aujourd’hui, 300 personnes habitent sur place. « Des gens viennent de Paris, des artisans d’art s’installent », illustre l’élu. Tout n’est pas rose pour autant, dans la vallée de Saint-Amarin. « La rénovation crée des emplois, mais ce ne sont pas les mêmes qu’avant. Une partie de la population résiste au projet », reconnaît François Tacquard, qui évoque « un choc culturel, dans une vallée très fermée ». Néanmoins, il estime que « l’opération montre que, même en zone rurale, on arrive à réaliser une opération de valorisation économique du patrimoine ».
Vingt-six couleurs et un avenir ?
En milieu urbain, d’autres tentent le même pari. Ce mois de juin, dans la banlieue parisienne, la ville de Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne), inaugure un centre culturel issu de la reconversion de l’ancienne usine de papier peints Leroy. L’entreprise, qui a compté jusqu’à 1 000 salariés, a fermé en 1982, et pèse lourd dans l’histoire de la ville. Sa fermeture a été un « traumatisme », pour le territoire, témoigne un représentant de la collectivité. Récemment, la découverte, au milieu de détritus, d’une machine industrielle, capable d’imprimer 26 couleurs sur du papier peint a servi de déclencheur. « Nous avons décidé de la réhabiliter, de lui retrouver un sens », explique le représentant de Saint-Fargeau-Ponthierry. Le nouveau centre culturel a plusieurs vocations : d’une part, il est destiné à devenir un lieu de mémoire sur la culture de la fin du XIXème. Dans ce cadre, la commune participe à un inventaire du patrimoine industriel des bords de Seine, avec la région Ile-de-France. Mais, par ailleurs, ce centre aspire à se placer à l’avant-garde de la création artistique, en accueillant des artistes, et en misant sur l’art numérique. Mieux, ce projet est l’occasion d’un travail global sur l’identité de la ville, nouvellement définie « aux 26 couleurs », un concept qui sera décliné sur les façades. Bref, la restauration du patrimoine industriel donne lieu à un travail sur l’identité, ou, tout au moins, sur l’image de la ville.
Recherche touristes et habitants
Ailleurs, la restauration du patrimoine industriel sert les ambitions touristiques. Ainsi, en Picardie, le Familistère de Guise a retrouvé une nouvelle vocation. Fondée en 1858, cette cité ouvrière, une association coopérative de 500 logements, visait à donner corps à l’idéal d’une société solidaire. Las, depuis la dissolution de l’association, en 1968, la situation de dégradait, au point que des marchands de sommeil avaient investi les lieux. « Le familistère, c’est une merveilleuse architecture en brique, mais ce sont surtout les idées qui soutiennent ce patrimoine (…). Le président du Conseil général de l’Aisne a mis tout en œuvre pour que l’ensemble de ce patrimoine soit conservé », explique Frédéric Panni, le conservateur du projet. Un établissement public a été spécialement créé pour mener à bien le projet, avec le soutien de plusieurs échelons de collectivités locales. « L’objectif est de développer le tourisme, mais dans un principe de mixité des usages », explique Frédéric Panni. Le lieu a déjà attiré 50 000 visiteurs. L’objectif est d’en atteindre 70 000 à 100 000, par an. Côté habitations, un dispositif a été mis sur pied pour que les habitants puissent devenir locataires, après les travaux effectués par les pouvoirs publics. Plus modestement, à Lioux-les-Monges, un petit village de la Creuse, de 44 habitants, la municipalité s’est attachée à restaurer le presbytère du village. Pas évident, avec 30 000 euros par an à investir dans le budget municipal. Mais Claude Fonty, maire du village, voulait « améliorer l’environnement et l’esthétique du cœur du bourg (…) pour garder les habitants ». Les 400 000 euros nécessaires ont été trouvés en échelonnant les travaux, et en cumulant différents types de financement : aide européenne, de la Fondation de France, et également… mécénat des habitants du village qui y ont tous contribué. Aujourd’hui, la maison en pierre revit : un artiste peintre la loue, et a installé son atelier au premier étage de la grange. Laquelle abrite également une salle associative, au rez-de-chaussée. Du presbytère à l’usine désaffectée, le patrimoine dynamise le territoire, à condition d’être investi d’un projet nouveau….
Anne d’AUBREE
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