Lundi 29 mars, 11 h 20 : au terme de 2 h 20 de vol, 135 passagers en provenance de Casablanca atterrissent sur la piste de Bordeaux/Mérignac. Ce vol de la compagnie Jet4you est le premier d’une longue série.
Désormais en concurrence avec Royal Air Maroc qui en avait jusqu’ici le monopole, la première low cost marocaine desservira trois fois par semaine (lundi, mercredi et vendredi) la capitale Chérifienne au prix de 48 euros TTC l’aller simple.
Une aubaine pour les 100 000 ressortissants marocains que comptent les régions Aquitaine et Poitou-Charentes. Avec l’ouverture de la ligne Bordeaux/Casablanca, Jet4you dessert désormais 7 villes sur l’Hexagone (Paris Orly, Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Lille et Bordeaux). Outre la France, la première compagnie low-cost marocaine opérant sur l’aéroport de Casablanca Mohamed V est présente en Belgique, en Suisse, en Italie et en Espagne, soit 25 destinations. « Nous disposons de 6 avions de type Boeing 737-400 et 737-800 », indique-t-on au siège de Jet4you.
Le désormais concurrent direct de Royal Air Maroc appartient au géant germano- britannique TUI, leader mondial du tourisme avec dans son portefeuille sept compagnies aériennes (dont Corsair) et une flotte de 160 appareils.
Ce même groupe aux capitaux allemands et anglais coté en bourse est entre autres le propriétaire des tours opérateurs Nouvelles Frontières et Marmara.
Eric MOREAU
Karim Baina, Président de Jet4You
EJG : Qu’est-ce qui a déterminé ce choix d’implantation sur Bordeaux ? Quelles sont vos ambitions ?
K. B. : La région est une destination très intéressante sur le plan touristique et dispose de très nombreux atouts. Nous démarrons avec trois rotations hebdomadaires. Notre objectif est de stimuler ce marché. Actuellement, le trafic entre Casablanca et Bordeaux se situe aux alentours de 60 000 passagers à l’année réalisés par Royal Air Maroc. Nous estimons que notre présence va le porter à 90 000 passagers, dont 35 % transportés par nos soins.
EJG : Jet4you est une compagnie à bas coût. C’est donc sur ce terrain que va s’engager la bataille...
K. B. : Nos tarifs sont de 48 euros toutes taxes comprises pour un aller simple. Nous nous sommes fixés un objectif de ponctualité. Le retard moyen de nos vols est de 12 minutes. Notre groupe est coté en bourse à Londres et Francfort et nous ne pouvons accepter aucune négligence sur le plan de la sécurité. Tout passager qui souhaite des services additionnels les achètera. Nous travaillons avec des tours opérateurs du type Nouvelles Frontières qui fait partie du même groupe que nous.
EJG : Les négociations avec les aéroports et les collectivités locales ne sont pas toujours faciles ...
K. B. : Nous sommes en discussion avec l’aéroport de Bordeaux Mérignac depuis 24 mois. Nous bénéficions d’un accompagnement, mais d’aucun soutien financier. On nous a conseillé pour notre campagne de publicité. Nous n’avons pas de contact avec la Chambre de commerce.
(Propos recueillis par E.M.)
Pascal Personne, Directeur de l’Aéroport Bordeaux-Mérignac
EJG : L’arrivée d’une nouvelle compagnie à bas coût fixe à combien le nombre d’opérateurs de ce type sur votre plateforme ?
P. P. : Une grosse demi- douzaine de compagnies avec deux poids lourds comme Easy Jet depuis 4 ans et Ryanair qui va ouvrir de nouvelles lignes cet été après celle de Charleroi.
EJG : Ce qui représente en terme de trafic ?
P. P. : En 2009, 500 000 passagers ont voyagé au départ
de chez nous en compagnie low cost sur un trafic total de 3,3 millions de passagers. Ce chiffre devrait monter en puissance avec l’ouverture du terminal dédié qui sera opérationnel fin mai.
EJG : Le voyage à bas coût a été impacté de quelle manière par la crise ?
P. P. : Sur le trafic 2009, le low cost a baissé de 2% seulement quand le trafic total de l’aéroport a chuté de 7%. Le low cost a plutôt bien résisté malgré un premier semestre épouvantable. Je pense notamment à nos lignes vers le Royaume-Uni qui étaient à 15% de perte. Il y a eu une amélioration au deuxième semestre grâce à des destinations comme Bordeaux/Amsterdam qui ont bien tenu.
EJG : Quelle est sur Mérignac la part du low cost par rapport aux compagnies traditionnelles ?
P. P. : Aujourd’hui, nous sommes à 15% du trafic sur le low cost. A terme, nous devrions atteindre 45%.
EJG : Les discussions avec les compagnies low cost ne sont pas toujours faciles. Ryanair vient de se retirer d’Angoulême...
P. P. : A Bordeaux, nous avons la chance d’avoir une capacité d’attraction touristique importante par rapport à d’autres plateformes. Il fallait que l’aéroport offre des tarifs bas à long terme pour les compagnies. Nous offrons une prestation moins chère sur la durée...
EJG : Royal Air Maroc disposait d’un monopole. Comment ont-ils perçu l’arrivée de ce concurrent ?
P. P. : Cette concurrence existe déjà dans d’autres villes. Ils s’y étaient préparés. Notre stratégie n’est pas de développer des concurrences sur le même axe, mais de diversifier et de dynamiser le marché...
(Propos recueillis par E.M.)
Légende photo 1 : Depuis peu, Jet4you assure 3 fois par semaine la liaison Bordeaux-Casablanca.
Crédit photo Pascal Personne : C ADBM-APPA |