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Les Echos Judiciaires du 30 April 2010
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Transports : les fourmis à l’assaut de la mobilité

Voiture électrique pour tous, nouveaux TER dans tous les sens pour sauver la planète ? Rien de tout cela, répondent des nouveaux acteurs de la mobilité, qui plaident pour des changements de comportement. 

La mobilité en nuances

Par où passent les pistes nouvelles de la mobilité ? L’ouvrage «Les transports, la planète et le citoyen» (Editions Rue de l’échiquier) les explore de manière très vivante sans tomber dans le piège de l’enthousiasme pour les solutions séduisantes, mais qui ne marchent pas. 


Il y a urgence. Alors que 90% des déplacements en France sont encore effectués en voiture, les contraintes écologiques et la dégradation de la qualité de la vie  questionnent fortement la manière dont la Société, les individus et les pouvoirs politiques appréhendent  les déplacements. Mais par où passe le changement ? La voie reste à tracer, tournant le dos aux évidences trompeuses sur lesquelles se base la «  civilisation de l’automobile », et évitant les impasses des  fausses bonnes solutions promues par des consultants à la recherche de nouveaux marchés, ou les bonnes volontés mal informées. Ce sont les mentalités et les usages qu’il faut transformer,  expliquent sociologues et nouveaux acteurs de la mobilité qui tentent de dessiner cette nouvelle voie qui passe par une série de micro-réglages. Bruno Marzloff, sociologue et directeur du groupe Chronos, un cabinet d’études sur les enjeux de la mobilité, Ludovic Bu, président de l’association Voiture and Co, Olivier Razemon, journaliste et Marc Fontanès, directeur de Mobility plus,  ont fait le point, lors d’une conférence à Paris, début mars, à l’occasion de la parution du livre «Les transports, la planète et le citoyen» (cf encadré).



Le pesant héritage de la mobilité à tout va



L’état des lieux est inquiétant. «Nous héritons d’un siècle où l’automobile a façonné nos territoires, dessiné nos villes et notre quotidien. Nous avons atteint les limites de l’élasticité des déplacements», estime  Bruno Marzloff.

Les conséquences sont lourdes, pour les individus comme pour les entreprises. Ainsi, une étude récente montre qu’en Ile-de-France, la mauvaise qualité des transports publics  est source de stress pour les voyageurs et de perturbation pour les sociétés. Autre impact de la civilisation des  déplacements à outrance : une urbanisation qui ne cesse de s’étendre sur le territoire, au détriment des campagnes.

« Chaque jour, 160 hectares de campagne sont grignotés par la ville. Nous ne pouvons plus continuer à construire de plus en plus d’infrastructures, en rallongeant les parcours. De cette façon, on ne fait que rajouter du trafic », estime le sociologue.

Mobile… pour quoi faire ?

Or, le discours politique n’a pas évolué. Alors que les transports constituaient l’un des enjeux des élections régionales, les candidats sont restés dans la logique du «toujours plus» d’infrastructures, note Olivier Razemon. La réflexion sur les usages des transports  brille par son absence. Or, il existe plusieurs catégories de personnes : celles qui se déplacent avec aisance, celles qui sont obligées de se déplacer, notamment pour travailler, et les exclus de la mobilité : ces derniers seraient environ 6 à

7 millions, qui cumulent le handicap de ne pas savoir conduire ou se trouver démunis face aux systèmes de transport à d’autres facteurs d’exclusion, comme le chômage, l’isolement géographique ou la pauvreté, d’après le sociologue Eric le Breton. Résultat, Pour Bruno Marzloff «il y a des mobilités qu’il faut renforcer et d’autres qu’il faut limiter, notamment en explorant des pistes comme le télétravail».  Bref, ce sont les pratiques -ou l’absence de pratiques- de chacun, qu’il faut faire évoluer.

Optimiser l’existant

Certains y travaillent, comme Voiture and co, association qui compte environ 45 salariés et 200 bénévoles. Son but : «aider les gens à se déplacer en polluant moins», explique Ludovic Bu, son président. La liste de ses actions  est longue : ses «agences de mobilité» aident les usagers à connaitre l’offre de transports publics, qui, émanant de diverses collectivités locales sur un même territoire, n’est pas forcément lisible. Lors de ses «diagnostics transport» personnalisés, l’association oriente également vers d’autres solutions, comme l’auto-partage ou le vélo. Voiture and co travaille avec des collectivités locales. « Il y a dix ans, lorsque nous avons débuté, les collectivités locales nous prenaient pour des fous. Il y a cinq ans, elles ont commencé à s’intéresser à nous. Aujourd’hui, l’agence de transport de Toulouse, Tisseo, a intégré les salariés de l’association dans sa propre structure», commente Ludovic Bu.

Renoncer aux miles …

Le changement de pratiques passe également  par les entreprises. Volontairement parfois, ou sous la contrainte, en Ile-de-France et dans les Bouches-du-Rhône, par exemple, les plus importantes d’entre elles mettent en place des «  plans de déplacement ». Ceux-ci  prennent en compte l’impact écologique et sociétal des déplacements inhérents à l’activité de la société et tentent de les optimiser. Mobility + les accompagne. « Nous étudions la situation pour comprendre comment optimiser les conditions de déplacement des personnes concernées. Nous examinons toutes les solutions : cela peut être l’auto-partage, ou le simple  déplacement d’un horaire de quelques minutes, pour permettre aux salariés d’attraper le dernier bus», explique Marc Fontanès, directeur de la société. Souci : cette démarche peut se heurter à des résistances, en  mettant en cause des avantages en nature très appréciés. Exemple : limiter les voyages en avion prive le salarié des miles, qu’il était bien content d’accumuler pour ses vacances. Bref.  «C’est un travail de longue haleine, qui passe par la concertation. Il faut être patient», confirme Marc Fontanès.

La fourmi et le tramway

Par ailleurs, pour changer, il faut être capable de  dépasser certaines idées reçues et des corporatismes bien installés, comme l’illustre Olivier Razemon, citant l’exemple d’un amendement déposé par trois députés UMP et promptement retiré : il ouvrait l’activité  des taxis, actuellement réservée aux possesseurs d’une licence chèrement acquise.  « Contrairement à ce que l’on pense, s’il y avait plus de taxis, plus de personnes en prendraient. Certains gardent leur voiture pour sortir le samedi soir. S’ils étaient certains de pouvoir compter sur un taxi, ils y renonceraient peut-être », explique le journaliste. Autre fausse bonne idée, largement colportée par l’industrie automobile : les voitures «propres», au premier rang desquelles, la voiture électrique.  Au-delà de son impact écologique, discutable, « une voiture, quel que soit son carburant, prend de la place et congestionne la ville», note Bruno Marzloff. Conclusion, c’est en apprenant à modifier les habitudes de chacun, en optimisant l’utilisation des infrastructures existantes, tout en restant lucide sur le potentiel des nouvelles solutions, que la Société peut faire son indispensable révolution de la mobilité. Un travail de fourmi, moins payant électoralement, il est vrai, que l’inauguration d’une nouvelle ligne de  tramway.


A. d’A.



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5665 du 23/04/2010. Tout droit révervé.

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