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Les Echos Judiciaires du 03 octobre 2006
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Fmi et Banque mondiale : le flottement

Avec le G7 de Singapour s'est tenue l'Assemblée générale du FMI et de la Banque mondiale. Ces institutions financières, autrefois respectées, continuent de subir de nombreuses critiques qui ne sont plus totalement justifiées. Mais il leur faut se réformer profondément.

Ce doit être un plaisir, pour les éminences de la politique et de la finance, de se réunir à Singapour. On y est bien reçu -l'Asie sait justifier sa réputation -, et au moins les opposants systématiques, ceux qui suivent à la trace les sommets du G7, sont-ils vigoureusement cantonnés hors du périmètre des débats.
Oh, bien sûr, il y eut quelques protestations de-ci de-là, au motif que les manifestants auraient été privés de leur liberté fondamentale d'enquiquiner les huiles mondiales.
Les autorités concernées ont poliment répondu qu'il en allait de la culture locale, et que Singapour n'entendait pas aliéner son droit à la différence. Là-bas, on ne badine pas avec l'ordre public. Avouons-le pourtant : sans adhérer au brouet dialectique des altermondialistes, on aimerait quelquefois pouvoir chahuter ministres et banquiers centraux, dont certains mériteraient, pour leur morgue d'aristo, que de vulgaires roturiers les entartassent copieusement.
Rien de tel ne s'est produit lors du dernier G7 ; à tout le moins aucune image sacrilège n'a filtré. Il ne pouvait en être autrement : tous les participants ont été d'avis de renforcer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme.
Par une meilleure surveillance des circuits financiers, par lesquels transitent les capitaux sulfureux destinés à financer les armes conventionnelles ou « de destruction massive » (rien de commun avec les tartes à la crème, on s'en doute). On croyait ingénument que rien n'échappait à la sagacité des services secrets, américains et autres, dans l'espionnite des flux financiers - ce pourquoi on continue benoîtement de mettre nos sous chez l'Ecureuil, au lieu de les virer nuitamment aux Iles Caïman. Le Big Brother de la finance n'est donc pas encore une complète réalité, du moins aux dires des ministres.
Mais malgré son importance, la question est subsidiaire par rapport au sens général du communiqué final : en dépit des très fortes réserves que nombre de pays du G7 ont précédemment émises à l'égard de la «croisade » américaine contre le terrorisme (dans la forme, s'entend), les grands pays se sont rangés comme un seul homme sous la bannière étoilée pour marquer leur solidarité à l'Oncle Sam.
Pas étonnant que la moindre leçon de théologie de notre Pape, dont la syntaxe un peu farineuse, avouons-le, peut prêter à des interprétations malveillantes, ait donné lieu à un tintouin invraisemblable.

Des institutions décriées

A la faveur du dernier G7, le FMI et la Banque mondiale ont tenu leur assemblée générale à Singapour. Les observateurs n'ont pas manqué d'y voir un symbole, car ces honorables institutions avaient prudemment évité la zone depuis la terrible crise asiatique de 1997, pour laquelle leur responsabilité directe a été invoquée, et souvent en des termes vigoureux. Du reste, les rescapés de la débâcle financière de l'époque, qui connaissent désormais les taux de croissance les plus élevés du monde, se sont ingéniés à rembourser le FMI au plus tôt, afin de ne plus avoir de contacts avec l'institution.
Pour avoir abondamment critiqué la suffisance et l'omniscience des fonctionnaires du Fonds, et ce depuis longue date, le signataire ne peut être étonné de la volée de critiques qui leur a été infligée. On doit avouer aujourd'hui que les accusations d'autisme dont il fait l'objet nous paraissent moins fondées. Et puis ce n'est pas très honorable de tirer sur les ambulances. De fait, une réelle remise en question s'est produite dans la maison, à la suite de la série d'échecs qu'ont essuyés les plans de redressement tyranniques proposés par le FMI, avec des dommages collatéraux considérables. On n'ira pas jusqu'à prétendre que s'est installé un climat d'humilité ; mais l'influence du Fonds, considérable depuis l'origine, s'est beaucoup amenuisée sur la décennie écoulée -c'est-à-dire depuis la crise asiatique. Et cette désaffection ne résulte pas seulement de ses erreurs stratégiques.
Ses concours directs se sont effondrés : les principaux actionnaires n'ont pas besoin de ses services (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France), et nombre de pays émergents préfèrent ne pas y avoir recours, maintenant que le marché leur offre de bonnes opportunités de financement - sans avoir à mettre en place les politiques draconiennes habituellement prescrites par le Fonds. Il lui faut donc se réorienter, d'autant que ses bénéfices d'intérêt ont fortement chuté avec les remboursements anticipés de pays anciennement décavés. Il lui faut aussi faire un peu de place à des pays absents, ou dont la participation n'est pas à la hauteur de leur poids économique.
Devraient donc être prochainement associés : la Chine, la Turquie, le Mexique et la Corée du Sud. Qui auront ainsi leur mot à dire sur les moyens de garantir la stabilité financière du monde -objectif premier du Fonds. La Banque mondiale, de son côté, peine à trouver ses marques.
Et il est reproché au nouveau président, l'Américain Paul Wolfowitz, de trop se focaliser sur la lutte contre la corruption, au point de paralyser les actions de la Banque.
Décidément, les institutions qui furent la clef de voûte des accords de Bretton Woods sont en passe de vivre une révolution copernicienne.
Jean-Jacques JUGIE



© Journal des Echos Judiciaires Girondins du 03/10/2006. Tout droit révervé.
Actualités et Annonces Légales du Journal N° 5294

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