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Les Echos Judiciaires du 27 juin 2006
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Un demi-budget

Bercy vient de rendre publique la première moitié du projet de budget 2007, c'est-à-dire le volet dépenses. La réduction annoncée de l'effectif des fonctionnaires se révèle en fait symbolique en regard des efforts à accomplir. Si bien que ni la Cour des comptes, ni la Commission européenne ne sont franchement enthousiastes...

Ils ont bien raison ceux qui prétendent que la France souffre d'un immense déficit de solidarité. Voyez par exemple l'état des factions politiques : non contentes de se déchirer entre elles, ce qui procède apparemment des règles normales de la compétition, voilà maintenant que leurs représentants multiplient les courants internes d'opposition, au point de rendre leurs convictions éventuelles indéchiffrables au pékin. Voyez les grandes entreprises, dont les médias ont encore récemment applaudi la qualité de « gouvernance » au travers de la cohésion des conseils d'administration. Eh bien, dans le cas d'Arcelor, il semble bien que la stratégie poursuivie par le président fasse des vagues au sein du conseil d'administration, laisse sceptiques bon nombre des actionnaires et sème le doute au sein des salariés. Voyez le psychodrame de Vinci : convaincu d'avoir péché par gourmandise, et à ce titre conspué par les médias, le président démissionné par son conseil estime maintenant «caduque» sa démission et porte plainte pour «chantage».
Bref, la gouvernance à la française affiche de multiples accrocs à sa réputation toute neuve. Et dans le même temps, les grands prédateurs se tiennent à l'affût, tant pour l'aciériste européen que pour le grand spécialiste français du BTP. Il en résultera probablement des effets collatéraux dommageables. Voyez l'équipe de France de football. Le pays tout entier attendait beaucoup de son premier match officiel contre la Suisse, réputée pour sa finance, sa discrétion, sa chimie, ses chocolats et ses joueurs de tennis. Mais pas pour ses footeux. Et voilà que nos ambassadeurs se sont contentés, d'un médiocre match nul, anéantissant par le même coup les prévisions de croissance de notre gouvernement, qui vient juste de boucler le volet « dépenses » du prochain budget, et s'apprête à ficeler le volet recettes, nécessairement dépendant de la conjoncture. On le sait désormais, une bonne performance au Mondial procure au pays vainqueur un surcroît de croissance non négligeable. Les premiers résultats de la France écornent déjà la productivité de ses salariés, ce qui démontre que le Onze tricolore se montre modérément solidaire de ses contemporains. Au vu de ce qu'il coûte au contribuable français, directement ou indirectement, chacun des membres de l'équipe nationale devrait avoir à coeur de donner le meilleur de lui-même pour épargner à nos populations des lendemains difficiles. Il est à craindre qu'il faille chercher ailleurs les motifs de notre éventuelle prospérité...

Des mesures symboliques

En attendant, avec un maximum de publicité qui l'honore, notre gouvernement a rendu publiques les grandes lignes du volet dépenses de la prochaine loi de Finances.
L'objectif affiché est le désendettement de la France, et il s'agit d'un « engagement national », c'est-à-dire que chacun est sommé d'y adhérer, même ceux qui, comme vous et moi, sont parfaitement d'accord avec de telles ambitions, mais ne sont strictement pour rien dans l'accumulation de la dette. L'objectif annoncé est donc de parvenir, au plus tard en 2010, à une dette qui n'excède pas 60% du PIB (la norme européenne) et à l'équilibre budgétaire. Bien sûr, penserez-vous, les signataires de cet engagement ne sont pas nécessairement ceux qui auront à l'assumer, dès lors qu'il y a, semble-t-il, des échéances électorales l'année prochaine. Et que rien ne garantit à nos éminences du jour de conserver leur portefeuille.
Mais enfin, au moins une direction est-elle tracée, celle qui prétend ne pas céder aux traditionnelles largesses d'avant le scrutin. Et de mettre en avant la décision «courageuse», celle qui frappe le plus les esprits : la réduction du nombre de fonctionnaires. Entre les départs à la retraite et les recrutements, il y aurait l'année prochaine un déficit de... 15 000 postes. Reconnaissons-le : c'est sensiblement supérieur aux « efforts » réalisés jusqu'à ce jour.
Mais admettons aussi que cette réduction est insignifiante, ramenée à un effectif qui avoisine les six millions (en ce compris les fonctionnaires des collectivités locales, non concernés par le dispositif restrictif, il est vrai).
L'impact immédiat dans les comptes publics passera totalement inaperçu. Comparativement aux Etats qui ont pris en main une véritable restructuration de leurs services publics (comme le Canada ou la Suède), l'action entreprise ici n'a qu'un caractère symbolique, comme le souligne justement la Cour des comptes. Laquelle rappelle que la réduction du déficit, sur les dernières années, a été réalisée par l'encaissement de recettes exceptionnelles, et à ce titre non récurrentes, comme les soultes des entreprises privatisées ou l'anticipation de l'acompte d'impôt sur les sociétés, et cette année par des « opérations de trésorerie » du même acabit. Dans le même temps, le patrimoine public s'est considérablement érodé, si bien que nous ne disposons plus beaucoup d'argenterie à mettre au clou.
Suffira-t-il en conséquence de faire progresser la dépense publique un peu en dessous de l'inflation escomptée pour ramener le pays à un cycle vertueux ? La Cour des comptes, qui connaît la musique, n'y croit pas. Nous non plus. Si bien que l'institution continue de douter de la sincérité de ce demi-budget, au même titre que le commissaire européen aux Affaires économiques.
Lequel trouve l'effort insuffisant. D'autant que les prévisions de croissance pour l'année prochaine ont été étalonnées à 2,25%. Croisons les doigts pour que le Onze tricolore ne se fasse pas écraser par une équipe de manants...
Jean-Jacques JUGIE

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© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5266 du 27/06/2006. Tout droit révervé.
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