A quelques jours des Jeux olympiques de Pékin, qui commenceront le 8 août, des universitaires constatent la mondialisation du sport, tant sur les plans économique que politique. En Europe, un mouvement se dessine toutefois pour un retour à des équipes plus «nationales ».
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. 80 médailles pour la Chine?
Des économistes ont cherché à fixer des critères permettant d’expliquer le nombre de médailles obtenues par un pays lors des Jeux olympiques. «Le premier facteur explicatif, c’est le PIB par tête», indique l’économiste Wladimir Andreff. Plus un pays est riche, plus il est susceptible de gagner des trophées.
L’explication est simple : «Dans les pays développés, 25% de la population pratiquent un sport, contre 1% seulement chez les plus pauvres». Parmi les autres variables viennent ensuite le nombre d’habitants et le fait d’être le pays-hôte de la compétition. «D’autres facteurs peuvent également intervenir. Ainsi, on s’est aperçu que les régimes autoritaires, toutes choses égales par ailleurs, récoltaient davantage de médailles», note Wladimir Andreff. Le dopage, pratiqué en son temps par les pays du bloc soviétique, «constitue la dernière variable». |
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L’été, quand ils ne décortiquent pas les petits tracas des estivants, les médias ne parlent que de sport. Cette année comme les autres, les compétitions à fort potentiel audiovisuel se succèdent les unes aux autres. Euro de football, grands prix de Formule 1, Tour de France et Jeux olympiques semblent fasciner toujours autant les téléspectateurs. Les défaites répétées des équipes nationales, la bonne conscience environnementaliste, le dopage persistant ou la cause tibétaine n’y feront rien.Le sport constitue une activité économique mondialisée. Le marché planétaire des biens et services sportifs est ainsi «estimé à 550 ou 600 milliards d’euros, dont 250 milliards pour le seul football», affirme Wladimir Andreff, professeur d’économie à l’Université de Paris I, qui a rendu publics ces chiffres lors d’une conférence organisée, le 17 juin dernier, par le Groupe d’analyses de la mondialisation, rassemblement de partenaires publics et privés. Toujours selon Wladimir Andreff, le seul montant des droits de retransmission télévisée atteint 60 milliards d’euros et le dopage draine 6 milliards d’euros, soit 1% du marché mondial du secteur.
Un chiffre d’affaires parfois surestimé
Lorsqu’un pays décroche l’organisation d’une compétition, ses dirigeants affirment ressentir une grande fierté et expliquent que l’événement génèrera d’importantes recettes économiques. Ils se trompent parfois. Ainsi, les retombées de la coupe du monde de rugby organisée par la France à l’automne 2007 «ont été grossièrement surestimées», indique Wladimir Andreff. «On a omis des coûts, certaines personnes ont préféré quitter les villes où se déroulait la compétition, d’autres ont déboursé pour le rugby des sommes qu’elles auraient dépensé ailleurs», explique-t-il.Les produits dérivés, vêtements, équipements ou matériel, se vendent en revanche plutôt bien. Tous les pays en fabriquent, mais tandis que ceux du Sud détiennent un quasi-monopole en matière d’articles de base, les pays riches se spécialisent dans les «produits pour sports instrumentés, comme le ski, la voile, le golf ou le surf», précise l’économiste.Les pratiques sportives elles-mêmes ont acquis une dimension mondiale. «Certains sports se propagent en-dehors de leur région d’origine», observe Wladimir Andreff. «Le base-ball est très populaire au Japon, le cricket en Inde, le judo et les arts martiaux en Europe et le soccer, nom américain du football, aux Etats-Unis», poursuit-il. En dépit de ces succès, toutefois, les amateurs de sport télévisé ne bougent pas beaucoup de leur fauteuil. «Il est impossible d’établir une corrélation entre l’audience télévisuelle d’un sport et sa pratique», précise l’économiste.La tricherie, elle aussi, s’est mondialisée. Noël Pons, conseiller au service central de Prévention de la corruption dénonce «la fraude, la corruption et les paris truqués» ou encore cette habitude qu’ont certains clubs de «surfacturer» un joueur médiocre afin de permettre le blanchiment d’argent.
BoycotTS et poings vengeurs
Le sport entretient par ailleurs avec la politique des liens intimes. «Tout gouvernement a forcément une politique qui concerne le sport», rappelle l’Ethiopien Fekrou Kidane, ancien directeur de la coopération internationale du Comité international olympique (CIO). La longue histoire des boycotts, des poings vengeurs brandis par certains athlètes ou des matchs sanguinaires de football entre, parmi d’autres, les pays de l’ex-Yougoslavie, montre que les Etats et les causes politiques prennent le sport au sérieux.Mais les compétitions sportives génèrent davantage la paix que la guerre. Lorsque deux équipes s’affrontent sur le terrain, les insultes peuvent voler, mais l’énergie ainsi dépensée catalyse en principe les ambitions guerrières des protagonistes. La trêve olympique, dont la tradition remonte au IXème siècle avant Jésus-Christ, a fait l’objet d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations-Unies, en 1993. Et «le CIO est la seule organisation qui reconnaisse à la fois la Chine et Taiwan», note M. Kidane. En Europe, les sportifs professionnels, comme les autres travailleurs, bénéficient de la libre circulation. Il n’en a pas toujours été ainsi. «Après l’élimination de leur équipe de la Coupe du monde de football en 1966, les dirigeants italiens ont banni les joueurs étrangers», relève Serge Pautot, avocat à Marseille, défenseur de plusieurs sportifs. Les décisions successives de la Cour européenne de Justice, notamment l’arrêt Bosman de 1995, ont ensuite battu en brèche le protectionnisme sportif. La politique communautaire s’est également étendue aux pays avec lesquels l’UE a conclu des accords d’association, de coopération ou de partenariat, l’ensemble du continent européen mais aussi les pays d’Afrique et d’Asie. La libre circulation ne concerne pas que le football. Les équipes les plus «mondialisées» sont, selon les calculs de Me Pautot, celles de volley-ball féminin et de basket-ball masculin.
Trop d’étrangers dans les clubs ?
Le mélange de joueurs de diverses nationalités bénéficie aux équipes concernées. Serge Pautot, aidé de son fils Michel, s’est astreint à une analyse des joueurs des dix clubs de football ayant participé à la finale de la Champion’s League depuis 2004. «Seuls deux clubs abritent moins de 50% d’étrangers, le FC Porto et le Milan AC, respectivement vainqueurs en 2004 et 2007», argumente-t-il. Sept finalistes comportent en revanche plus de 50% d’étrangers. Les équipes «britanniques» de Liverpool, Chelsea et Arsenal abritaient même, le jour de la finale, plus de 70% de non-nationaux.Certains supporters, à en croire les cris de sauvages et les banderoles racistes, trouvent manifestement que cette proportion est trop importante. Ils ne sont pas les seuls. La Fédération internationale de football (FIFA) a adopté, en mai dernier, une résolution visant à abaisser le nombre de non-nationaux à cinq joueurs sur les onze qui composent une équipe. Pour Serge Pautot, ce retour à des équipes «nationales» risquerait non seulement de peser sur les résultats mais se heurterait également aux institutions communautaires, très attachées au principe de libre circulation. «Les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 devraient se mettre d’accord pour y déroger», estime l’avocat. Quant aux joueurs étrangers, les premiers concernés, ils arborent déjà parfois des tee-shirts «let us play».
Olivier RAZEMON
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