La croissance reprend modérément en France, affirme l’Insee. Cette prévision, qui vaut pour les six premiers mois de 2010, repose toutefois davantage sur la consommation que sur le développement de l’industrie. La croissance pourrait en outre être revue à la baisse en fonction d’aléas tels que la volatilité des prix du pétrole.

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Les pays européens diversement lotis
Pourquoi les pays européens n’ont-ils pas réagi uniformément à la crise mondiale ? La chute de la croissance, relève l’Insee, a été « très prononcée en Allemagne et en Italie », mais a « moins affecté la France et l’Espagne », le Royaume-Uni se situant « dans une position intermédiaire ». L’Institut avance « deux types d’explication ». Selon la première, la crise aurait frappé les pays « de façon asymétrique », en fonction du degré d’exposition des secteurs bancaires ou de l’orientation des échanges extérieurs. L’autre explication insiste en revanche sur les comportements adoptés dans chaque pays par les agents économiques, ménages, entreprises et autorités publiques. L’Insee penche pour cette hypothèse. « Les chocs qui ont touché les économies européennes paraissent très comparables », estiment les statisticiens. Dès lors, si la France est « relativement épargnée par la récession, au moins en matière d’activité », c’est en raison des réactions des acteurs, et notamment parce qu’elle ne présente pas de particularité majeure. Sa croissance « est moins dépendante des exportations que l’Allemagne », la crise immobilière l’a « moins frappée que l’Espagne ou le Royaume-Uni » et son plan de relance « lui a permis de soutenir le pouvoir d’achat des ménages, au contraire de l’Italie ». |
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La croissance, dans les prochains mois, sera « laborieuse », annonce l’Insee. En France, le rythme trimestriel, 0,4% jusqu’en juin 2010, pourrait à peine garantir une croissance annuelle du PIB de 1,5%. Certes, au cours de ces derniers mois, « la sortie de récession s’est précisée dans la plupart des pays », indique l’Institut dans sa dernière note de conjoncture, publiée le 17 décembre 2009. Après avoir plongé fin 2009, tous les indicateurs retrouvent des couleurs. Ainsi, le commerce mondial a-t-il repris une croissance vigoureuse, de l’ordre de 4% à la mi-2009. Les banques octroient de nouveau des crédits aux entreprises. Quant aux marchés immobiliers, ils « semblent se ressaisir », note l’Insee. Tous les pays ne bénéficient pas de ce rebond à la même hauteur. « Si la reprise de l’activité a été franche aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie et au Japon, elle a été plus modérée en France, alors que l’Espagne et le Royaume-Uni ne sont toujours pas sortis de la récession », écrivent les conjoncturistes, qui intitulent leur note « En ordre dispersé » (Cf encadré). En France, la faible croissance annoncée « masque deux dynamiques », observe Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture. L’industrie connaît ainsi un fort ralentissement. Le secteur de la construction, en particulier, demeure à la traîne. « La production s’est de nouveau nettement contractée au troisième trimestre de 2009, -2,1% après -0,7% au deuxième trimestre », relève la note de conjoncture, en précisant que « la contraction a touché tant le bâtiment que les travaux publics ».
L’effet « prime à la casse »
C’est comme toujours la consommation qui sauve la dynamique de l’économie française. Les achats des ménages ont « peu progressé, mais tout de même résisté » pendant la crise, observe l’Insee, qui constate quand même que « ce moteur ne fonctionne pas à plein régime ». Le pouvoir d’achat avait bénéficié, au premier semestre de 2009, du mouvement de désinflation et de la hausse des prestations sociales. Au second semestre, en revanche, le redémarrage de l’inflation a pesé. Il apparaît toutefois que le ralentissement de la consommation doit beaucoup au comportement d’écureuil qui caractérise les Français. En effet, en 2009, le taux d’épargne a battu un record, comme si les personnes qui ne sont pas vraiment touchées par la crise avaient voulu se prémunir par avance contre tout désagrément. Le niveau de consommation continue en outre de bénéficier des mesures exceptionnelles visant à soutenir l’industrie automobile. Ainsi, au quatrième trimestre de 2009, une période pour laquelle les statisticiens ne disposent encore que de prévisions, « les ménages augmenteraient leurs achats d’automobiles, anticipant le durcissement du bonus-malus et la baisse de la prime à la casse » prévue au début de 2010. Jusqu’au 31 décembre 2009, les automobilistes mettant au rebut leur véhicule de plus de dix ans pour en acheter un neuf recevaient une prime de 1 000 euros. Certes, dans les mois qui suivent cette date fatidique, les achats d’automobiles devraient retomber. Ce contrecoup des achats anticipés ne devrait toutefois pas se produire, selon l’Insee, avant le printemps 2010. « Le dispositif ne s’arrête pas brutalement le 1er janvier », rappelle Sandrine Duchêne, puisque les automobilistes pourront encore bénéficier d’une partie de la prime en 2010. Par ailleurs, souligne-t-elle, « la prime s’applique à la commande, pas à la livraison, alors que les automobiles sont comptabilisées dans l’économie au moment où elles sont livrées ». En d’autres termes, la transaction concernant un véhicule commandé le 31 décembre 2009 et livré deux mois plus tard entre dans les comptes du premier trimestre 2010. En revanche, comme le signale Benoît Heitz, chef de la division synthèse conjoncturelle, « lorsque l’on consomme plus d’automobiles, on achète moins d’autres biens et services ».
Chômage en hausse
Une « croissance molle » ne suffit pas à enrayer la progression du chômage, résultat, selon l’Insee, des « effets retardés de la récession » de 2008. Le secteur privé, qui a perdu 280 000 emplois au premier semestre, puis 170 000 au second, devrait encore se délester de 125 000 personnes d’ici à juin prochain. L’Insee prévoit donc une hausse continue du chômage dont le taux devrait atteindre 9,8% fin juin alors qu’il s’était établi, au plus bas, à 7% début 2008. Tous ces scénarios sont bien entendu soumis à des aléas, ne manquent pas de souligner les statisticiens. L’évolution de la consommation en constitue « l’un des principaux », estime Sandrine Duchêne, qui met en garde contre un contrecoup de la prime à la casse plus massif que prévu. A l’inverse, une reconstitution des stocks des entreprises pourrait pousser la croissance. Fin 2008 et en 2009, le déstockage avait, à l’inverse, fortement pesé sur l’activité. Un autre important aléa réside dans la volatilité des prix du pétrole. Cette évolution rapide, toujours porteuse de conséquences, « n’est pas toujours directement en lien avec les évolutions du marché physique du pétrole ». Enfin, la sortie de la récession « s’effectue sans correction majeure des déséquilibres sur les marchés immobiliers ni des situations d’endettement excessif », met en garde l’Institut. Pour les conjoncturistes, il s’agit d’aléas négatifs qui pourraient peser « sur la consommation et l’investissement des ménages pour les prochains trimestres ».
Olivier RAZEMON
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