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Les Echos Judiciaires du 07 février 2012
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Baisse de l’euro et plans de rigueur : Des conséquences parfois négatives

Il fut un temps où l’on se réjouissait de la force d’un euro censé supplanter le dollar comme monnaie mondiale de référence. Aujourd’hui, on se félicite de la baisse de la monnaie unique qui retrouve à peu près son cours d’introduction de 1,18 dollar alors que, surévaluée, elle pénalisait fortement les exportations européennes.Celles de la France s’effectuent à 40 % hors de la zone euro. Toutefois, ce coup de pouce a des limites. Il concerne seulement les entreprises facturant en dollars, plus particulièrement le secteur du luxe ou Airbus dans sa concurrence avec Boeing qui commençait à devenir négative, et une partie de l’agroalimentaire. De nouveaux marchés peuvent s’ouvrir là où nos prix n’étaient plus compétitifs avec ceux des pays américains ou asiatiques. Cependant, dans tous les cas, les exportations sont  actuellement freinées par la baisse de la demande mondiale. D’autre part, le dollar cher fait gonfler en zone euro le prix du pétrole et de matières premières essentielles, ce qui va plomber les secteurs gros utilisateurs dont celui de la construction. Et de nombreux biens importés depuis la zone dollar augmenteront aussi avec risque d’un supplément d’inflation.

. Cures d’austérité à gogo. La situation d’une Grèce en faillite et devant être sauvée par des fonds européens a créé une ambiance de panique dans tous les pays de la Communauté européenne et partout s’échafaudent des plans de rigueur car depuis longtemps, le pacte de stabilité de Maastricht, encadrant la dette et les déficits, n’est plus respecté. Tous misent sur la création de nouvelles recettes, la réduction des dépenses publiques et, ce qui est plus grave, celle des aides sociales, et mettent en œuvre des mesures pour alléger le poids des retraites, à commencer par le recul de l’âge de départ. L’Allemagne bat tous les records d’austérité pour économiser 80 milliards d’ici 2014, sans augmenter les impôts.  De grands projets sont reportés et de nombreuses prestations sociales font l’objet de coupes sombres, notamment les allocations chômage, parentales, l’aide au logement. Une taxe frappera les centrales nucléaires.  La suppression de 50 000 soldats est à l’étude. L’Italie gèle les salaires de ses fonctionnaires, taxe lourdement les stock-options. L’Espagne va plus loin, baisse lesdits salaires de 5 %, tout comme l’Irlande, réduit les indemnités de licenciement, augmente la TVA. Le Portugal gèle les salaires, taille dans les allocations chômage, le Danemark les divise par deux. La Grande Bretagne réduit largement le coût de la fonction publique. La Hongrie, qui se trouve proche d’une banqueroute égale à celle de la Grèce, crée un nouvel impôt à taux unique, taxe les bénéfices des banques. La Roumanie baisse les pensions des retraités.  Quant à la France, on connaît son plan de 100 milliards d’économies, jugé irréaliste parce que s’appuyant en grande partie sur des chiffres de croissance peu crédibles. Sans oser le dire, on envisage une augmentation de la TVA ou de la CSG, ou des deux en respectant le sacro-saint «pas d’impôt nouveau» puisqu’il s’agit de taxes indirectes.

. Le pouvoir d’achat en question. Les politiques de rigueur ne pouvaient être évitées, l’euro se trouvant lui-même en péril, voire en danger de disparaître, provoquerait un raz de marée économique et psychologique. Mais fondées partout sur des économies, elles ne peuvent qu’aboutir à une baisse de pouvoir d’achat. Car l’argent prélevé sur les ressources des ménages, même pour des motifs aussi valables que la révision des niches fiscales ou la réduction du train de vie de l’État, se trouvant retirés du circuit commercial, la consommation régresse avec pour conséquence baisse des achats, aboutissant à une réduction de l’activité des entreprises et à l’aggravation du chômage. D’autant plus que nos clients, en premier lieu l’Allemagne, souffrant aussi du même phénomène, restreindront leurs commandes.Les gouvernements doivent donc jouer serré. Taxer les contribuables à hauts revenus ne jouera pas sur le pouvoir d’achat car ils conserveront leur train de vie en rognant un peu sur leur épargne. Supprimer strictement les gaspillages et placer ainsi l’argent ainsi récupéré sur des investissements producteurs de richesse fait partie des initiatives positives à développer.

. Une fédération financière européenne,  pourquoi pas ? En effet, ce sont bien les investissements strictement contrôlés et orientés vers l’avenir qui devraient permettre de sortir en douceur de la crise. Encore, faudrait-il une Europe unie pour réussir. Alors qu’il existe déjà une banque européenne, de plus en plus souvent apparaît l’idée d’une Fédération financière européenne, avec un ministre des Finances européen. Son rôle consisterait à  travailler sur une harmonisation fiscale dans les pays de la Communauté. Comme il faudra  encore beaucoup de temps pour définir un budget général européen, cette fédération pourrait dans un premier temps obtenir un taux de TVA identique pour tous, puis égaliser les niveaux d’impôts sur les sociétés. Coordonnant les politiques fiscales, elle mettrait fin aux abus de dumping fiscal pratiqués par des nations pour attirer chez elles les entreprises d’autres pays, cela parfois avec l’aide des subventions communautaires (cas de l’Irlande). Aux Etats-Unis, la fiscalité fédérale co-habite parfaitement avec celle des Etats. Offrir un front commun budgétaire solide permettrait de s’assurer plus sainement l’appui des marchés financiers, de résister efficacement aux pressions des spéculateurs et de restaurer la confiance en l’euro.


René QUINSON



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5698-5699 du 20/08/2010. Tout droit révervé.

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