L'intégration à l'Union européenne de dix nouveaux membres suscite bien des préventions. Et les Quinze rechignent à majorer le budget communautaire. L'adoption des dix nouveaux venus est pourtant une bénédiction pour les autres membres. C'est un investissement productif indispensable, et aussi le moyen de libérer, certes contre leur gré, nos populations asservies par les subventions.
L'Insee s'était montré un peu pingre à l'égard des Français, dans son calcul initial de la croissance du pays en 2003. Après les corrections d'usage, il s'avère que notre PIB a augmenté de 0,5% l'année dernière, et non de 0,2% comme précédemment annoncé. Pas de quoi sabrer le champagne, convenons-en, mais nous sommes légitimement satisfaits d'avoir nous-mêmes produit un peu plus de richesses qu'on ne le croyait. En revanche, la «maison France» a elle aussi produit davantage... de dépenses. Sur le PIB ainsi majoré, les déficits publics s'élèvent à 4,1%, et la dette globale à 63,7% de la même référence. Là, il n'est pas question de champagne, mais plutôt d'aspirine. Mais ces très mauvais chiffres ne peuvent pas surprendre un observateur moyennement averti, eu égard aux politiques suivies depuis trop longtemps, et maintenues depuis le début de cette législature. Le redressement promet d'être d'autant plus difficile que sa mise en oeuvre n'est, aux dernières nouvelles, toujours pas programmée. Et que notre voisin allemand, qui avait pourtant largement élagué ses budgets sociaux, se trouve dans une panade voisine à la nôtre, au moment où Bruxelles lance contre l'Italie une «procédure d'avertissement précoce», pour la sommer de respecter les normes du Pacte de stabilité - dont d'autres, et pas les moindres, se sont largement écartés.
En un mot, l'activité européenne est à la traîne à cause de ses budgets publics excessifs et déficitaires, qui dépouillent les agents économiques actifs de leurs ressources. Et tous les pays en carafe, sans exception, plaident pour plus d'interventions publiques - donc plus de déficits - afin de «soutenir la croissance»... Sur la base d'un tel raisonnement, les anciens «grands» de l'Union seront rapidement rattrapés, et dépassés, par les «petits derniers» de la tribu européenne.
Un investissement prometteur
On comprend sans peine que l'élargissement de l'Union suscite des interrogations au sein de la population des Quinze. Voire des inquiétudes. Dès lors que les nouveaux élus intègrent la Communauté avec un enthousiasme non dissimulé, les «anciens» se disent, à bon droit, que l'intégration apporte essentiellement des avantages aux entrants. En termes budgétaires, c'est parfaitement exact. L'objectif avoué étant d'homogénéiser, le plus tôt possible, les «fondamentaux» de l'ensemble des membres, il est clair que les aides de la Communauté vont à ceux qui en ont le plus besoin.
En termes de PIB par habitant et de pouvoir d'achat des populations, les dix nouveaux membres sont loin, sinon très loin, de la moyenne des Quinze. Pour la communauté existante, cette intégration représente un véritable investissement, et donc une opportunité remarquable pour tout le monde. Nous trouvons chez les nouveaux venus un potentiel de production qui n'oblige pas nécessairement à des délocalisations asiatiques, et nous y instillons du pouvoir d'achat vertueux, celui qui résulte des fruits du travail, grâce auquel nous ouvrons de nouveaux marchés pour nos propres produits. Voilà pourquoi il n'est pas très raisonnable, comme le défend la France, de vouloir limiter le budget communautaire à 1% du PIB : le supplément nécessaire est bel et bien un budget d'investissement dont nous avons tous besoin. Mais hélas, nous sommes perclus de dettes et ne parvenons pas à boucler nos fins de mois.
Une nécessaire révolution culturelle
Nous admettons mal, en conséquence, qu'il faille faire des sacrifices financiers supplémentaires pour permettre à nos nouveaux partenaires de décoller.
Dans cette Europe à plusieurs vitesses qui est en train de se configurer, au moins pour de nombreuses années, il semble que les «riches», ou prétendus tels, se comportent comme des retraités qui vieillissent mal.
A savoir qu'ils ont peur de manquer, bien qu'étant très largement lotis, et ne comprennent pas l'avantage évident qu'ils ont à faire prospérer les jeunes générations.
Au contraire, dans ces pays anciennement sous la coupe bolchevique, l'envie de progresser, de travailler, de s'enrichir, de vivre mieux, est extrêmement stimulante pour les populations désabusées de l'Ouest. Ils sont en quelque sorte les enfants ou petits-enfants que l'on aimerait avoir...
Toutefois, chez nous, le phénomène de dépendance aux transferts sociaux de toute nature - et notamment le mode d'indemnisation du chômage, qui menace de faire exploser l'Unedic - cette dépendance touche même les couches les plus jeunes de la population, qui considèrent comme normal de vivre durablement des subsides publics, lesquels dépassent le salaire moyen perçu dans certains nouveaux Etats de l'Union. Il est heureux que nous ne soyons plus en mesure de financer de tels programmes, qui en définitive desservent ceux qu'ils sont censés protéger. C'est-à-dire que de toutes façons, la saga judiciaire actuelle autour des «recalculés» constitue l'un des derniers avatars d'un système prêt à imploser. Le plus tôt sera le mieux.
L'arrivée des nouveaux membres dans l'Union est ainsi une véritable bénédiction pour les vieillards butés que nous menaçons de devenir - en termes de comportement, s'entend. C'est avec joie que nous devons les accueillir, et avec générosité que nous devons financer leur développement.
Jean-Jacques JUGIE
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