|
Comment les PME se sortent-elles de la crise ? Une partie au moins d’entre elles est parvenue à faire le dos rond, mais leurs problèmes de financement n’en sont pas résolus pour autant. Et la croissance demeure incertaine.
L’année 2009 a été rude pour les PME et les TPE. En sus de la baisse des carnets de commandes, les problèmes de financements ont lourdement pesé sur leurs résultats. Comment s’en sortent aujourd’hui ces entreprises ?
Leurs possibilités de se financer se sont- elles améliorées ?
Réunis par l’association des journalistes des PME, Jean-François Roubaud, président de la CGPME, Jean-Marc Durand, directeur du développement d’Oséo, Jean-Marc Jaumouillé, directeur des techniques professionnelles Fiducial, Hugues Pouzin, directeur général CGI (Fédération professionnelle du commerce interentreprise) et Nicolas Jacquet, directeur général à la Médiation du crédit, ont fait le point, le 18 juin à Paris. Aucun des représentants de banques sollicités par l’association n’a souhaité participer au débat.
Récession ou frémissement?
Globalement, la situation est « moins pire » qu’elle ne pourrait l’être, estime Nicolas Jacquet. Il est vrai que les récentes analyses de bilans de PME effectuées par la Banque de France montrent une baisse du chiffre d’affaires de 4% sur les derniers mois. Néanmoins, « les fondamentaux, la rentabilité, le niveau de fonds propres, ne sont pas atteints. Donc, nos PME n’ont pas trop mal résisté » explique le directeur général à la Médiation du crédit. La situation n’est pas la même toutefois, pour les PME d’une certaine taille, qui disposent des moyens pour s’adapter et pour les toutes petites entreprises, notamment unipersonnelles, qui ont plus de mal à élaborer des stratégies de changement et à les mettre en oeuvre. Jean-Marc Durand parvient au même constat. Certes, « les dépôts de bilan ont augmenté, mais pas dans les proportions auxquelles on aurait pu s’attendre » estime-t-il. Mieux, Hugues Pouzin note un « frémissement » de l’activité en début d’année 2010. Mais les entreprises n’en sont pas pour autant tirées d’affaires. « Il est vrai que les entreprises ont réussi à faire un effort. Mais quand une entreprise fait des économies, c’est la valeur ajoutée d’une autre qui disparaît. C’est un cycle récessif. Le problème est de recommencer à investir » tempère Jean-Marc Jaumouillé.
Or, déjà, durant la crise, les banques ont déjà été largement critiquées pour avoir beaucoup trop chichement accordé leur soutien aux projets des PME. Exemple, des crédits de trésorerie, qui fonctionnent normalement par tacite reconduction, dénoncés pour être renégociés avec des augmentations de taux et des garanties. Pour Hugues Pouzin, « les entreprises n’ont pas trouvé le langage pour parler aux banques. La PME voit dans l’expert comptable un contrôleur de la tenue des comptes, alors qu’il peut anticiper, (…) l’aider à éviter les crédits à court terme pour se tourner vers des capitaux plus patients ». Mais, surtout, dans la relation entre les banques et les TPE, « le problème est structurel, et il a été révélé par la crise (…). La banque n’est pas équipée pour les TPE. Les conseillers ne connaissent pas leurs clients, ils n’ont pas le temps de les travailler. De plus, les banques s’appuient sur des analyses statistiques sur de gros pans d’activité, et pas sur l’entreprise » analyse Jean-Marc Jaumouillé. Résultat, elles appliquent des « niveaux de risques fantastiques, pénalisants ». Problème supplémentaire : en 2012, la mise en application des nouvelles règles bancaires de Bâle 3, qui vont obliger les banques à renforcer leurs fonds propres, risquent d’accroitre ultérieurement la frilosité des banquiers .
Les dispositifs de la crise
Plusieurs dispositifs tentent de tenter de palier aux mauvaises relations entre les banques et les petites entreprises et à favoriser le financement de ces dernières. Le médiateur se pose en intermédiaire entre les petites entreprises et les banquiers, et revendique un taux de succès de 65% des cas qui lui sont soumis. De plus, « nous jouons le rôle de conseil de la PME. On réfléchit avec eux pour voir si le crédit est la bonne solution, ou l’affacturage, ou un outil de fonds propres » explique Nicolas Jacquet. Oséo a également été mis à contribution avec la mise en œuvre d’un fonds de garantie destiné à consolider les prêts à court terme et le financement de besoins de fond de roulement, attribués par les banques. En 2009, 17 000 entreprises ont obtenu des prêts de banques, pour 4 milliards d’euros, pour un engagement d’Oséo, à hauteur de 2,5 milliards d’euros. L’agence a également mis en place un site internet destiné à aider les demandes de financement de PME, rencontrer les particuliers désireux d’investir dans des entreprises, notamment dans le cadre des dispositifs fiscaux de déduction de l’ISF.
Dernière mesure mise en place, en avril dernier, un « médiateur inter-entreprises industrielles et de la sous-traitance », chargé de remettre de l’ordre dans les relations entre les grands comptes et leurs fournisseurs, notamment en matière de crédit interentreprises. Et au niveau local, des initiatives ont été déployées par des collectivités locales, comme, par exemple, le fond d’accompagnement des entreprises, mis en place par la région Auvergne.
Petits signes d’amélioration
Aujourd’hui, la baisse du nombre de dossiers soumis au médiateur représente un « signe d’amélioration », estime Nicolas Jacquet. Pour lui, « les banques ont su s’adapter au nouveau contexte de crise. Dans un premier temps, les banques et l’assurance-crédit ont freiné des quatre fers. Puis, on a réussi à créer une sorte de relation gagnant-gagnant, plutôt qu’un reflexe de peur. Les assureurs-crédits avaient décoté des secteurs économiques entiers. A présent, on est revenu à une analyse entreprise par entreprise, plus constructive. Les banques ont créé des systèmes de contrôle, de pré-médiation en leur sein».
Bref, sous la pression, les banques pourraient bien finir par s’apercevoir que les TPE et les PME peuvent être des clients rentables, à condition de s’outiller pour traiter leurs demandes. C’est ce que montre une étude de Cap Gemini. « Aujourd’hui, on voit revenir la concurrence entre les banques » estime Nicolas Jacquet. Jean-Marc Durand pense également qu’il y a une « amélioration de la relation, une meilleure compréhension » entre les banquiers et leurs clients. « L’aspect positif, c’est que la crise a obligé les chefs d’entreprise à une relation plus suivie avec les banquiers. Aujourd’hui, 60% d’entre eux ont au moins une relation mensuelle avec leur banquier » rappelle Jean-François Roubaud. Cela n’empêche pas près de la moitié d’entre eux de ne pas oser demander un financement. Mais ils sont plus nombreux encore à être d’accord pour mettre en concurrence leur banque. Reste que l’évolution de la croissance, toujours incertaine, pèsera lourd sur les complexes relations entre les PME et les banquiers.
Anne d’AUBREE
Photo 1 : La chocolaterie Duc de Flandres basée à Wormhout fait partie de ces entreprises qui passent entre les gouttes de la crise. |
|