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Présentant ses vœux à la presse,le 15 janvier, la ministre de l’Economie expose une politique délibérément réformiste et rationnelle. S’exprimant après elle, le ministre de l’Industrie affiche une conception beaucoup plus dirigiste du rôle de l’Etat dans l’économie.
Christine Lagarde cultive un style. Ancienne présidente du cabinet d’avocats d’affaires américain Baker & McKenzie, elle se plaît à prouver que, contrairement à la plupart des responsables politiques français, elle parle parfaitement anglais. La ministre de l’Economie aime aussi importer sous les ors de la République les pratiques du secteur privé. Là où ses prédécesseurs se contentaient de discours plus ou moins enflammés, la locataire de Bercy convoque ordinateur et documents power-points, émaillés de multiples « slides » (des diapositives) comme on en diffuse dans les réunions de cadres dirigeants. Le 15 janvier, présentant ses vœux à la presse, la ministre a d’ailleurs négligé, à raison, le discours écrit que lui avaient imprimé ses conseillers (voir encadré). Préférant commenter les images qui défilaient sur l’écran, elle a rappelé que la France s’était comportée, face à la crise, en « respectant la règle des 3 T, timely, targeted, temporarily ». En d’autres termes, lorsque l’Etat se mêle d’économie, c’est au bon moment, avec des objectifs précis et de manière temporaire. En 2009, se félicite Christine Lagarde, « la France a été la première à sortir de la récession », grâce au « redressement du commerce international, au déstockage et aux effets des politiques de relance ». La ministre voit 2010 sous le signe des « 4R », pour « reprise, réformes, régulation financière et rétablissement des finances publiques ». Une politique qu’elle aurait pu tout aussi bien qualifier de « réfléchie et rationnelle » et dont l’emploi sera « le baromètre », assure-t-elle. Bercy veut poursuivre l’application du rapport de Jacques Attali datant de 2007. « Sur les 262 mesures relevant strictement du ministère de l’Economie, nous en avons mis en œuvre 162 », indique Christine Lagarde, qui cite quelques uns des dispositifs inspirés par le rapport : « l’autorité de la concurrence, la généralisation du livret A, le Pôle Emploi ». Certes, la fusion de l’ANPE et des Assedic « n’a pas été facile » et s’est effectuée « dans un contexte beaucoup plus difficile que prévu », mais n’en reste pas moins « une réforme qui a fait son chemin ».
La suppression de la taxe professionnelle, très contestée par les élus locaux, s’est également faite dans la douleur, au point d’avoir « occupé une partie de l’année » l’agenda de la ministre. Le nouveau dispositif réduira « de 12,3 milliards la fiscalité des entreprises » tout en « garantissant des ressources pour les collectivités locales », affirme le ministère.
Déficits abyssaux
Parmi les autres promesses de « simplification » figurent la modification du régime de l’auto-entrepreneur, la création de l’entreprise individuelle à responsabilité limitée (EIRL) confiée au secrétaire d’Etat aux PME, Hervé Novelli, ou encore le « guichet unique » destiné aux entreprises. Bercy entend par ailleurs s’inspirer des propositions sur l’amélioration de la compétitivité des entreprises qui lui seront prochainement remises par Bruno Retailleau, sénateur de Vendée. L’un des principaux chantiers de 2010 concernera toutefois les marchés financiers. Christine Lagarde veut créer une autorité unique de contrôle des banques et des compagnies d’assurance. Cette structure s’apparenterait à une « tour de guet capable de surveiller l’ensemble des marchés financiers, sans angle mort », affirme-t-elle. Pour poursuivre ce travail à l’échelon européen, la France proposera à la nouvelle Commission, « dès qu’elle se sera installée », un « small business act boursier » visant à alléger les obligations des PME cotées.
Avant cela, Bercy sera toutefois amené à défendre à Bruxelles le creusement sans précédent des déficits. La France, comme les autres pays occidentaux, s’est lourdement endettée à l’occasion de la crise financière. Le retour aux « clous » de Maastricht, en particulier un déficit équivalent à un maximum de 3% du budget, est prévu, mais pas avant 2013, autrement dit après la prochaine élection présidentielle et « si la croissance est au rendez-vous », tempère la ministre. Inutile de dire qu’une résorption de la dette publique n’est pas prévue à moyen terme.
Le style de Christian Estrosi
Christine Lagarde promet toutefois que ce retour à une très relative orthodoxie prendra appui sur « la réduction des dépenses, et non l’augmentation des impôts ». Le « Grand emprunt », rebaptisé « Emprunt national », doit financer des dépenses d’investissement en matière de recherche et n’aura, selon le gouvernement, qu’un impact limité sur le déficit public. A l’opposé du style de Christine Lagarde, le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, joue les bateleurs. A écouter son discours combatif, c’est en luttant directement et personnellement contre les occupations d’usines et autres séquestrations de patrons que ce fidèle de Nicolas Sarkozy, qui emprunte au Président de la République jusqu’à ses tics de langage, est parvenu à sauver l’industrie française. « J’ai commencé à discuter le jour où j’ai fait démonter les bonbonnes de gaz », raconte-t-il à propos d’un récent plan social. Puis le ministre explique qu’en protégeant des petits métiers dont il se plaît à citer les noms, « brodeurs » ou « plumassiers », il renforcera l’industrie de la mode. « Quand la volonté est accompagnée de dialogue, tout devient possible », conclut-il.
Plus tard, invité à prendre position sur le cas Renault,, Christian Estrosi reprend à son compte le discours présidentiel, sur le mode « Nous ne donnons pas autant d’argent à nos constructeurs pour que les usines s’en aillent ». Le ministre de l’Industrie affirme que, même si l’Etat demeure minoritaire dans le capital de Renault, c’est à l’Elysée que se décide en réalité la stratégie du constructeur. Une renationalisation partielle ne serait pas à exclure. « Actionnaire à 15%, l’État pèse dans le choix. Monter à 17%, à 18% ou à 20% peut être un moyen psychologique de faire comprendre » que la France tient à « conduire » sa « stratégie industrielle automobile », lâche-t-il. Dès la mi-journée, la sanction boursière tombait. L’action de Renault, accompagnée par celle de Peugeot, plongeait. Comme si les marchés étaient plus sensibles aux discours dirigistes de Christian Estrosi qu’aux affirmations rationnelles de sa ministre de tutelle.
Olivier RAZEMON
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