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Les Echos Judiciaires du 15 mai 2012
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Entreprise /Evaluation des Pme : quelles méthodes
pour obtenir le prix…


Compte tenu des bouleversements économiques quotidiens qui perturbent considérablement l’appréciation de la véritable valeur des PME, on peut s’interroger sur la pertinence et le choix des méthodes d’évaluation.


En premier lieu, je précise que cet article ne concerne que les PME qui n’ont pas véritablement de marché de référence et cet article exclut également deux autres entités économiques : les valeurs de profession libérale dont l’appréciation se dégage eu égard à l’offre et à la demande liées à chaque métier. C’est ainsi qu’à ce jour certaines professions telles que les spécialités médicales ou les cabinets dentaires, compte tenu de la pyramide des âges de ces professions, n’ont guère de valeur sur le marché. En second lieu, cet article ne prend pas non plus en compte la valorisation du monde agricole et particulièrement du monde viticole girondin qui se base sur un prix du marché en général lié à la valeur d’un hectare. La problématique porte donc sur les méthodes que l’on peut utiliser pour valoriser des PME qui sont parfois uniques dans leur domaine et travaillent parfois sur certaines niches économiques. Avant même d’utiliser sa calculette, il y a lieu lorsque l’on est cédant ou acquéreur d’une PME de porter un jugement critique sur la constitution même du modèle économique de l’entreprise. Dans le jargon des spécialistes, c’est ce qu’il y a lieu d’appeler le diagnostic global. Ce diagnostic global qui ne s’apparente que de façon très lointaine à l’audit d’acquisition, consistera à porter un jugement qualitatif sur chacun des éléments constitutifs d’une PME. En premier, il s’agira d’apprécier le métier de l’entreprise et surtout sa pérennité. Et au-delà du métier, il conviendra d’analyser et de porter un jugement qualitatif sur les points suivants : - le système commercial et les contraintes commerciales de l’entreprise ; - l’équipement industriel de l’entreprise et son niveau actuel ; - les relations humaines dans l’entreprise et le rôle de son dirigeant ; - la structure financière qui est à évaluer. Il suffira qu’un seul de ces éléments soit particulièrement négatif pour que l’évaluateur ait la sagesse de ne pas aller au-delà. Il en va du métier (dépôt de bilan de KODAK en janvier 2012) comme de l’organisation commerciale ou de l’organisation des relations humaines à l’intérieur de la PME. Si nous avons affaire à un diagnostic plutôt flatteur, alors et seulement alors, nous pourrons utiliser des méthodes d’évaluation admises par l’ensemble des professionnels. Ces méthodes peuvent être analysées en deux groupes. D’une part, des méthodes dites patrimoniales et d’autre part, des méthodes dites de rendement. Une dernière méthode sera hybride et tout en constatant une valeur patrimoniale, cette dernière méthode hybride tentera de donner une valorisation aux éléments incorporels basée sur une capacité bénéficiaire historique. Dans les valeurs patrimoniales, la 1ère et la plus simple, pour ne pas dire simpliste, sera la situation nette apparaissant au dernier bilan établi par l’entreprise. Cette valorisation équivalente à la situation nette découle directement des quelques grands principes comptables qui sont l’application des valeurs historiques et l’application de la continuité d’exploitation. Autant la continuité d’exploitation peut être admise pour une valorisation, autant le principe des valeurs historiques ne peut que conduire à constater des valeurs comptables, pas nécessairement en adéquation avec les valeurs vénales. Cela sera particulièrement vrai pour la valorisation d’éléments immobiliers. Cependant, cette première valeur patrimoniale tout à fait indiscutable, puisqu’apparaissant en lecture directe du bilan, sera en principe considérée comme une valeur plancher. La seconde valeur patrimoniale que l’on est amené à calculer par rapport à la situation nette apparente est, ce qu’il est convenu d’appeler, l’actif net comptable corrigé (A.N.C.C). Toujours en fonction d’une pérennité d’exploitation, il sera attribué à chacun des éléments de l’actif immobilisé la valeur vénale que l’on pourrait retirer de chacun de ces éléments s’ils étaient cédés séparément. Ces travaux relativement simples nous conduiront à une seconde valeur patrimoniale qui est donc appelée l’actif net comptable corrigé. Cette seconde valeur patrimoniale semble tout à fait indiscutable, mais a pour inconvénient, de ne pas prendre en compte les éléments incorporels non détachables de la valeur de la société évaluée. C’est pour cette raison qu’il existe une troisième valeur basée sur une valeur patrimoniale, mais qui permet d’obtenir la valorisation des éléments incorporels encore appelés Good Will. Cette troisième méthode est hybride puisque située entre la valeur patrimoniale et une valeur de rentabilité. Cette méthode sera déterminée en fonction d’une capacité bénéficiaire récurrente et historique et ainsi nous déterminerons ce que l’on appelle un surprofit. C’est ce surprofit qui donnera naissance à ce que l’on appelle le Good Will, c’est-à-dire l’ensemble des éléments incorporels que l’on doit valoriser et qui sont impossibles à détacher de la société même que l’on évalue. Plus les résultats passés de l’entreprise seront élevés, et plus le Good Will trouvera à être important. C’est précisément ce dernier point qui est critiquable dans cette formule hybride car si le cédant a pris le parti, dans les dernières années de son mandat, de ne point « entretenir » l’entreprise, les profits ne peuvent être que « gonflés » artificiellement avant la cession. Cette méthode de gestion dans les dernières années ne peut conduire qu’à une survalorisation du Good Will alors même que le futur de l’entreprise est bien entendu largement obéré. Restent deux autres méthodes largement utilisées qui sont des méthodes dites de rentabilité. Une première méthode, simple, consiste en fonction des divers métiers et divers usages à trouver un multiple d’une capacité bénéficiaire figurant dans le compte de résultat. C’est ainsi que dans certains domaines agroalimentaires, la valeur d’une société s’établit à environ 6 fois l’EBITDA (encore appelé EBE). Cette méthode paraît en effet un petit peu simpliste, mais a le mérite de trouver une homogénéité par rapport à un critère objectif de rentabilité. Enfin, la cinquième méthode que l’on peut utiliser est également une méthode basée sur la rentabilité future de la société que l’on souhaite évaluer. Cette dernière méthode qui, à mon sens, est de loin la plus logique sur un plan intellectuel, est ce que l’on appelle la méthode des discounts cash flow (D.C.F) qui s’apparente finalement à une méthode financière consistant à donner à ce jour une valeur en fonction des disponibilités futures dégagées. Cette méthode obligera le repreneur à bâtir un business plan précis qui englobera, bien entendu, les investissements qu’il est nécessaire de réaliser au cours des années postérieures à la transaction. Ce business plan sera établi en général entre 5 et 10 ans et permettra de fixer les liquidités véritablement dégagées par la société cible. A cette rentabilité nette dégagée par la cible, il conviendra également d’ajouter la valeur terminale de la société, cette valeur terminale faisant bien l’objet d’une réalisation en cash à terme. Toutes ces disponibilités dégagées par la société cible seront bien entendu actualisées et donneront à ce jour la valeur que l’acquéreur peut raisonnablement donner à la société à transmettre. Cette dernière méthode permettra de contrecarrer la méthode dite du Good Will, puisque la méthode des discounts cash flow intègre indéniablement les besoins financiers des années futures de la société cible. Il sera donc judicieux lorsque l’on procède à l’évaluation de prendre en compte a minima la méthode du Good Will et la méthode des DCF, puisque sur un plan méthodologique, nous avons deux façons de procéder. Il est rappelé ici brièvement et sans reprendre l’image éculée d’une bouteille d’eau qui peut valoir très cher dans le désert et très peu dans une montagne européenne, qu’une valeur n’est pas un prix, qu’il y a un grand nombre de valeurs et qu’au final, il n’y aura qu’un seul prix. Par ailleurs, les méthodes utilisées par les professionnels ont le mérite d’avoir une certaine homogénéité, ce qui permettra bien entendu lors des discussions de retrouver des critères tout à fait objectifs au niveau de la méthodologie. Cependant, il faut toujours se méfier de la technique, car pour chaque entreprise à transmettre, il peut y avoir des acquéreurs qui, au-delà de la technique, acceptent de donner des valeurs d’opportunité qui dans ce cas n’ont plus rien à voir avec les calculs. Et enfin, en conclusion, je répète que l’application des méthodes d’évaluation ne peut se faire qu’après avoir analysé en détail les différents éléments composant l’entreprise et ce travail est ce que l’on appelle le diagnostic global.



Patrick FONDEVILA,

Expert-comptable



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5855 du 17/02/2012. Tout droit révervé.

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