Les résultats des élections prud'homales du 11 décembre montrent une grande stabilité du corps électoral des salariés. Un atout pour le gouvernement, qui pourra compter sur des partenaires sociaux confortés dans leur pouvoir.
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Le point sur les résultats finaux (en%, 1997 entre parenthèses) :
Participation : 32,7 (33,6)
CGT : 32,1 (32,9)
CFDT : 25,2 (25,4)
FO : 18,3 (20,5)
CFTC : 9,7 (7,6)
CFE-CGC : 7 (5,9)
UNSA : 5 (0,7)
Groupe des dix, dont Sud: 1,5 (0,3)
• Une soirée particulière
Au premier abord, cela ressemble à une soirée électorale classique : les pas crissent sur le parquet ciré, le buffet est pris d'assaut, les écrans géants annoncent le taux de participation à 17 heures, le brouhaha s'amplifie au fur et à mesure qu'arrivent les premiers résultats. Ce 11 décembre, c'est au ministère du Travail que se tient le rendez-vous de la démocratie sociale. Hôte des lieux, François Fillon «offre un verre» aux syndicalistes et pose devant les caméras. Mais, contrairement aux soirées électorales politiques, point de fébrilité, point de soulèvements de joie, point de larmes : l'enjeu semble limité. La soirée est longue.
Le faible taux de participation et la complexité de la carte électorale syndicale ne facilitent pas la lecture des premiers résultats partiels, qui tombent vers 21 heures 30. Si la CFDT perd 3 points dans le collège «activités diverses» en Haute-Saône, quelles conclusions peut-on en tirer au niveau national ? Et si la CGT progresse de 4 points chez les cadres du Gers, c'est significatif ?
Vers 23 heures 30, les deux plus grands syndicats ont l'air complètement stables, les «petits» semblent se renforcer et FO dévisse d'un peu moins d'un point. Pour Marc Blondel, la déconvenue sera en fait encore plus nette lorsque seront publiés les résultats finaux. C'est d'ailleurs un signe qui ne trompe pas : arrivé vers 22 heures, le secrétaire général de FO a disparu, tandis que ses collègues Bernard Thibault et François Chérèque trinquent avec le ministre. |
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«Je ne trouve pas très normal de juger les rapports sociaux à l'occasion de l'élection des juges du travail. Il devrait y avoir d'autres moyens de vérifier la représentation syndical. Même si c'est «à titre personnel» que s'exprime le président du Medef, il ne risque pas, pour une fois, d'être beaucoup démenti par les syndicalistes. Tel est en effet le paradoxe des élections prud'homales, qui ont lieu en France tous les cinq ans. Il s'agit d'élire des juges, mais tous les regards sont focalisés sur les résultats qu'obtiennent les grandes confédérations syndicales. Il n'est pas anormal ni exceptionnel d'élire des juges. La France est certes le seul pays d'Europe, avec le canton de Vaud, en Suisse, à procéder à l'élection des juges du travail, mais de nombreux magistrats doivent, de par le monde, leur mandat à une élection. C'est notamment le cas aux Etats-Unis mais aussi en France, où les autres magistrats élus sont les juges de commerce. Les élections prud'homales sont cependant particulières, dans la mesure où elles sont les seules élections nationales où se mesurent les audiences des principaux syndicats. «Lorsque l'on vote pour les représentants des salariés, nous sommes le premier syndicat, mais ces élections se déroulent durant une période de deux années ; aux prud'homales, on est devancé», indique une permanente de la CFDT.
Pas de 21 avril syndical
L'autre particularité des prud'homales, c'est la grande stabilité des résultats (voir ci-dessous). On ne risque pas un 21 avril syndical. La CGT, qui demeure toujours liée au parti communiste, perd certes une partie de son audience depuis la chute du mur de Berlin, mais le total des pertes atteint 10 points entre 1979 et 2002, alors que le parti-frère, relégué à 3,3% des voix, convainc cinq fois moins d'électeurs en 2002 qu'en 1981. Parallèlement, la CFDT progresse lentement depuis la fin des années 1970, mais l'amplitude de cette évolution n'est que de deux points ! Avec une abstention massive, que les multiples campagnes de publicité et la généralisation du vote par correspondance n'ont pas, cette année, réussi à enrayer, ce sont les plus motivés, et les plus syndiqués, des salariés, qui votent. Dans ce contexte, le recul de 2,2 points de FO n'en est que plus marquant.
Après le départ de Nicole Notat de la direction de la CFDT, et alors que l'image de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, demeure floue dans l'opinion, FO était la seule confédération qui avait misé sur la notoriété de son secrétaire général, Marc Blondel. La réputation de «bloqueur» qu'il s'est attirée en s'opposant systématiquement à toutes les réformes depuis quinze ans ne lui a manifestement pas réussi. Les deux principales centrales s'en sortent, elles, sans y laisser de plumes alors que, quelques jours avant le vote, chacun s'accordait, dans le monde syndical, à prévoir un recul de la CFDT.
Mais les vainqueurs apparents de ce scrutin sont les petites formations, en particulier la CFTC, dont le slogan «libre et indépendante» semble avoir convaincu. La CFE-CGC, syndicat créé pour les seuls cadres, regagne pour sa part un point. Le syndicat stoppe ici un déclin amorcé en 1987 mais demeure cependant devancée par la CFDT dans le collège des cadres. Quant à la percée de l'UNSA, union de petites formations, elle reflète sans doute le souhait d'un renouvellement du paysage syndical.
Un autre vainqueur pourrait émerger du vote du 11 décembre : le gouvernement. Les deux principaux partenaires syndicaux confortés, les syndicats les moins ancrés à gauche qui relèvent la tête, FO qui l'enfonce : François Fillon arborait, le 11 décembre, lors de la soirée électorale organisée par son ministère (voir ci-dessous), un sourire satisfait. Même Jean-Pierre Raffarin est venu, ce soir-là, saluer son ministre et «la démocratie sociale». Les réformes des retraites et de la négociation collective, qui permettrait de ne légitimer que les accords signés par des syndicats représentant au moins 50% des salariés, sont les prochains dossiers auxquels devrait s'atteler le gouvernement. Quant au Medef, il peut, à l'instar de Denis Gautier-Sauvagnac, vice-président de l'organisation et président de l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMM), se réjouir d'une «très forte augmentation de la participation» dans le collège des employeurs. Un seul bémol pour l'organisation patronale : les listes des employeurs de l'économie sociale, qui défendaient une «représentation patronale plurielle», atteignent 10% des voix.
Olivier RAZEMON
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