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L’évolution de la crise économique semble essentiellement liée au comportement des marchés financiers. Au gré des circonstances politiques ou d’informations parfois téléguidées, pas toujours vérifiées, ils créent la panique ou relancent la confiance. Provoquant à la bourse des variations incessantes, ils font aussi la fortune des grands spéculateurs bien renseignés et parfois manipulateurs. Ce sont aussi des marchés d’emprunt pour les états en déficit. Leurs ressources proviennent des banques, sociétés d’assurance, des pays producteurs de pétrole et d’autres en développement rapide, telle la Chine qui, disposant de considérables excédents commerciaux, possède notamment une grande partie de la dette américaine.
France Trésor, l’organisme qui gère les emprunts français, se finance avec les fonds des marchés financiers ainsi que tous les pays européens. La dette française dépassera cette année les 1 600 milliards d’euros, le trou continuant et le paiement des intérêts absorbant les 44 milliards fournis par l’impôt sur le revenu. Pourtant ne nous plaignons pas, c’est pire ailleurs.
la France encore bien notée
Pour le moment, la France trouve toujours de l’argent, car les agences de notation lui attribuent une bonne note en considérant la bonne santé relative de son économie. Ces agences de notation deviennent en revanche le cauchemar d’autres emprunteurs et font trembler les États les plus puissants. Il s’agit pourtant d’organismes privés. Aux deux leaders mondiaux, Moody’s et Standard and Poor’s, s’ajoute Finch. Ces agences, qui évaluent le risque de solvabilité des emprunteurs et leurs possibilités de remboursement, ont pour clients des États, des collectivités, des banques ou de très grandes entreprises. Des milliers d’analystes à travers le monde étudient de près les données permettant de donner une opinion valable, laquelle se traduit sous forme de notes. Chez Moody’s, la note Aaa, la meilleure, indique un risque nul, les notes Aa et A un risque limité. Baa une solvabilité moyenne et celle-ci diminue jusqu’aux lettres C qui prévoient une faillite proche. Indiquant ainsi la qualité de signature financière, la note détermine aussi le taux d’intérêt de l’emprunt. La France qui bénéficie de la note maximale dans les trois agences, peut emprunter à 2 %. La Grèce, rétrogradée très bas et menacée d’un C, aura du mal à trouver des capitaux même à plus de 5 %. Pour se faire noter, une entreprise payera à l’agence 80 000 euros, une banque jusqu’à 1 million, un État beaucoup plus. Ainsi rémunérées par les emprunteurs, les agences de notation sont à la fois juge et partie et l’on arrive parfois à douter de l’indépendance absolue et de la transparence dont elles se vantent. Leur pouvoir, jugé exorbitant, est donc de plus en plus critiqué. D’autant plus qu’on peut leur reprocher de n’avoir pu prévoir une crise aux éléments discernables dès 1998, tout en maintenant des notes élevées aux banques chargées de produits toxiques. Et d’avoir ensuite aggravé la situation en multipliant les dégradations sauvages, mettant ainsi le couteau sur la gorge aux pays les plus vulnérables. Christine Lagarde a qualifié leur comportement de « pousse-au-crime ».
vers une agence européenne
Jean-Claude Juncker, chef de file des ministres des finances de la zone européenne, s’est donc prononcé en faveur de la création d’une agence européenne placée sous l’égide de la Banque Centrale Européenne. Et pourquoi ne pas aller plus loin avec une agence au domaine encore plus large et dépendant de la Banque mondiale. En attendant, la France doit prendre conscience de la fragilité de sa note et, si elle ne veut pas se trouver rétrogradée, doit accepter comme tous ses voisins un plan de rigueur qui actuellement n’ose pas dire son nom. Cent milliards d’économies sont nécessaires pour ramener en trois ans le déficit de 8 % à 3 %. Personne ne croit vraiment au plan présenté par le gouvernement : remise à plat des aides sociales, rabotage des niches fiscales, réduction du déficit de la sécurité sociale, baisse du train de vie de l’État, poursuite de la réduction du nombre des fonctionnaires.
Car pour moitié, ce plan mise sur une croissance de 2,5 %, chiffre peu réaliste. En 2010, les 1,2 % prévus seront déjà difficiles à atteindre. Avec la maîtrise des dépenses, la solution passera donc forcément par un accroîssement des recettes, ce qui implique le recours à de nouveaux impôts.
R.Q.
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