«C’est la bérézina ! » Christian Pinaudeau, le Secrétaire général du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest ne décolère pas. Alors que l’on se souvient ces jours-ci du passage de l’ouragan Martin sur la France le 27 décembre 1999, les professionnels de la forêt dressent à quelques jours de la date anniversaire du passage de Klaus en janvier 2009, un bilan sévère des « promesses non tenues par l’Etat »: « Ceux qui ont réussi à vendre du bois ne sont pas payés par des acheteurs qui indiquent qu’ils s’acquitteront de leur dette quand ils auront touché les aides promises. En plus d’être sinistrés et non indemnisés, ceux qui ont nettoyé doivent faire l’avance pour payer l’entreprise chargée des travaux ! Nous allons mettre la responsabilité de l’Etat en cause et pointer du doigt le ministère des Finances !».
Le 24 janvier 2009, Klaus ravageait 500 000 hectares de pins maritimes en Aquitaine dont 200 000 à plus de 60%: « Environ un millier de propriétaires qui ont entre 50 et 150 hectares ont tout perdu et n’auront pas de revenu avant 30 ans, le temps nécessaire à la repousse », déclare Yves Lesgourgues, le directeur régional de la propriété forestière: « Si cela arrive tous les dix ans, on peut se poser des questions sur le fait ou non de poursuivre ! ». Pour les représentants de la filière, les promesses faites par Michel Barnier alors ministre de l’agriculture ont été en partie oubliées. Christian Pinaudeau pointe le dispositif d’assurance pour l’avenir discuté ces jours- ci : «Après 99, le gouvernement s’était engagé à mettre en place un système d’assurance performant et non seulement cela n’a pas été fait, mais à l’occasion de la prochaine loi de modernisation agricole, l’avant projet dont nous disposons ne nous encourage pas à être très optimistes sur le dispositif». Du côté des services de Christine Lagarde, on insiste sur «le dialogue permanent engagé sur les trois volets de ce dossier : mise en place d’une épargne précaution, d’un dispositif de soutien à l’assurance et réexamen du domaine d’intervention de l’Etat».
Sur le bilan d’une année de crise, les représentants des professions du bois sont très critiques « Il y a deux types d’aides : les subventions pour le transport et le stockage des bois et des aides sous forme de prêts bonifiés. Ces derniers n’ont pu être débloqués qu’à partir du mois d’octobre et encore parcimonieusement. Certaines entreprises ont quand même fait du stockage et du transport de bois en puisant sur leur trésorerie, ce qui s’est traduit par un effondrement immédiat des prix des bois pour les propriétaires forestiers», explique Yves Lesgourgues: « On n’a pas tiré les enseignements de 99. L’appel à projet européen est adapté à des marchés de céréales, mais pas à la forêt…»
Sur 40 millions de mètres cubes à terre en Aquitaine, seulement 12 millions ont été évacués : « On a eu droit à un discours du Président de la République le 19 mai qui évoquait l’échec des politiques des quarante dernières années, depuis plus rien !», s’emporte Christian Pinaudeau. « Le ministère des Finances refuse complètement d’appliquer le plan Barnier. Sur les 600 millions de prêts bonifiés annoncés, on en est à 80 de débloqués. C’est un problème de responsabilité de l’Etat que nous allons mettre en cause. On ne peut pas à la fois créer des subventions pour stocker 300 000 tonnes de bois et ensuite ne pas accorder les prêts bonifiés pour les remplir ! ».
Du côté du ministère de l’Agriculture, on rappelle qu’à l’échelon national, «134 millions d’euros ont été consacrés au transport et au stockage du bois, au lieu des 60 prévus initialement auxquels il faut ajouter 415 millions pour le reboisement (sur 8 ans) et 172 millions de prêts bonifiés accordés par les banques à ce jour ». Pour les forestiers, le risque écologique est désormais réel, compte tenu des arbres toujours à terre : « Nous avons une bombe parasitaire qui va exploser au printemps. Nous avons beau le crier, tout le monde s’en fout ! ».
Eric MOREAU
Légende photo 1 : Le 24 janvier 2009, la tempête Klaus a ravagé 500 000 ha de pins maritimes en Aquitaine, dont 200 000 ha à plus de 60 %. |
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