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Les Echos Judiciaires du 07 février 2012
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L’Afrique des entrepreneurs à Bordeaux

Les 2 et 3 juin, les chefs d’entreprises de plusieurs pays africains se sont retrouvés à Bordeaux en marge du Sommet Afrique-France de Nice. Après le temps de la communication politique,  celui plus pragmatique des affaires avait pour objectif de mettre en relation les entreprises africaines avec leurs homologues d’Aquitaine.

La deuxième édition d’Africa France Business Meetings s’est déroulée sur un mode original, celui du speed dating. Ainsi, quelque 200 entrepreneurs africains et français se sont rencontré pour des rendez-vous d’affaires dont un nombre respectable selon les organisateurs « ont été fructueux et aboutiront rapidement sur des échanges concrets ». « Il y a une vraie attente des chefs d’entreprises des deux continents »,  précise Gérard Parfait, commissaire de cette manifestation qui rappelle que lors de la première édition qui s’était déroulée en 2009, « chaque entreprise était repartie avec une vingtaine de contacts ». Les organisateurs  affichent toutefois  une «  déception du fait de la faible progression de présence des chefs d’entreprises aquitains difficiles à mobiliser  à cause de l’image du continent africain ».   Pour l’essentiel, ce sont des PME de tous les secteurs d’activité (santé, BTP, agroalimentaire, énergie et transport) qui ont profité de l’occasion qui leur était fournie. L’Afrique représente 6% des exportations françaises et 5% des importations. Entre 2007 et 2008, les exportations françaises  vers l’ Afrique ont progressé de 13,2% et les importations de 27,7%. La France est le premier pays fournisseur et second client de l’Afrique subsaharienne.


Eric MOREAU


Gérard Parfait, fondateur du club Entreprise Bordeaux Afrique



EJG : Vous travaillez depuis de nombreuses années avec le continent africain...

G. P. :
Je travaille avec l’Afrique depuis quarante ans. Mon entreprise est une TPE dont l’activité est centrée sur le secteur du négoce de bois. J’achète des bois en Afrique et je vends aux pays de ce continent des matériels pour la transformation. Je suis présent sur toute l’Afrique forestière, de la Côte d’Ivoire  à la République Démocratique du Congo.

EJG  : Les entrepreneurs qui souhaitent travailler avec l’Afrique s’inquiètent de l’instabilité politique de certains pays...

G. P. :
Les pays qui connaissent une grande instabilité restent malgré tout peu nombreux.  Lorsque nous travaillons avec les pays africains dans le sens de l’exportation,  nous avons la possibilité de demander à nos partenaires des garanties en matière de paiement. Pour ma part, je demande à la totalité de mes clients de payer l’intégralité des matériels qu’ils vont acheter avant leur expédition. Ce qui est une manière de sécuriser les affaires que l’on ne retrouve pas si l’on exporte vers d’autres pays, y compris les pays européens...

EJG :  Les règles ont-elles réellement changé entre la France et les pays africains ?

G. P. :
Je suis déçu par la façon que l’on a  d’évoquer le sommet de Nice auquel j’ai participé. On recherche à travers les attitudes et les propos ce qui subsiste de la françafrique. Aujourd’hui, il y a un changement très profond dans les relations avec le continent africain aussi bien sur un plan politique que sur le plan des affaires. Nous traitons d’égal à égal dans la mesure où nous ne sommes plus les seuls. Nous avons face à nous des puissances comme la Chine, l’Inde et le Brésil qui arrivent avec des moyens que nous n’avons jamais déployés et avec une conception des choses qui est fondamentalement différente.

EJG : Peut-on quantifier cette présence des pays émergents ?

G. P. :
Par exemple, au sud Congo, il n’y a plus que des entreprises asiatiques qui font l’exploitation forestière. Il est difficile pour les pays européens de recevoir des bois de cette provenance car les Asiatiques raflent tout, alors que nous étions très présents il y a quelques années . Aujourd’hui sur le port de Pointe Noire, vous avez uniquement les deux entreprises chinoises qui sont en place et qui exportent 90% de la production forestière de ce territoire.

EJG : La France a-t-elle un avenir en Afrique ?

G. P. :
Nous y avons un avenir. Il est assez fréquent que nos interlocuteurs nous demandent de persister et de développer nos échanges avec l’Afrique dans la mesure où ils ont besoin de biens d’équipement français, de savoir faire et de transfert de technologies. Il est vrai que la Chine arrive avec des conceptions et des moyens qui sont hors du commun . Les entreprises chinoises débarquent uniquement avec de la main d’œuvre chinoise et non locale, ceci est très mal perçu par les Africains. Et il faut que nous, nous continuions à renforcer nos liens avec ces chefs d’entreprises qui ne demandent pas mieux que de travailler avec la France.

EJG :  Quels sont les secteurs porteurs pour nos entreprises?

G. P. :
Pour les entreprises françaises et notamment les PME de la région, il existe des ouvertures en ce qui concerne les biens d’équipement, le matériel médical et le matériel électrique. Les entreprises africaines sont accessibles... ce ne sont pas des monstres....

EJG : Quelles erreurs ne faut-il pas commettre ?

G. P. :
Ne pas baisser les bras en disant : on n’a plus rien à faire là bas... Pour les chefs d’entreprises africains qui souhaitent se rendre en France, avoir une administration moins tatillonne qui ne délivre pas les visas au compte goutte. A Bordeaux, nous avons eu 15 entreprises du Niger et d’Ethiopie qui n’ont pas pu participer à ces rencontres alors qu’elles s’étaient inscrites et qu’elles avaient payé leur contribution, faute de visas...


(Propos recueillis par E. M.)



Crédit photo : CCIB/Agence APPA


© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5680 du 15/06/2010. Tout droit révervé.

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