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L’année 2011 aura été celle des profits en hausse pour Lectra qui emploie 1350 personnes dont un tiers à Cestas. Avec quelque 19,2 millions d’euros en 2011, les profits sont en hausse de 30% par rapport à 2010.
Spécialisée dans les logiciels et les machines de coupe pour textile, plastique et cuir, la société exporte la majorité de sa production notamment dans plusieurs pays émergents à l’image du Mexique (+ 77 %), du Brésil et de la Chine. Lectra réalise 41 % de son chiffre d’affaires dans le secteur de l’automobile. Reste que certains chiffres viennent atténuer quelque peu cet élan optimiste, notamment la chute des commandes en fin d’année 2011. Par rapport au dernier trimestre 2010, elles ont subi une baisse de 34 %. Une situation qui s’explique, entre autres, par les incertitudes économiques liées à la crise financière. L’entreprise qui a recruté cinquante personnes en 2011 en Gironde devrait toutefois poursuivre cette politique, mais cette fois, au siège parisien et à l’international avec des profils plus commerciaux.
Eric MOREAU
« 100% de ce que nous vendons est fabriqué en France »
Daniel Harari, directeur général de Lectra.
Echos Judiciaires Girondins : Vous affichez de bons résultats pour l’année 2011...
Daniel Harari : C’est un record historique. Nous sommes 30 % au-dessus en terme de résultat net par rapport à l’année précédente qui s’affichait déjà comme un record.
EJG : A quoi peut-on attribuer cette réussite ?
D. H. : C’est le résultat d’un plan de transformation qui a été mis en place à partir de fin 2009. L’entreprise a changé en profondeur avec un investissement significatif. Nous avons en particulier augmenté les effectifs de recherche qui sont quasiment tous sur le site de Cestas.
EJG : Les progressions sont enregistrées surtout dans les pays émergents...
D. H. : En effet, nous avons une progression forte dans ces pays et plus faible dans les pays « matures ». Ça va bien dans l’automobile et nous sommes en baisse sur d’autres marchés sectoriels. La situation est donc très contrastée, mais au niveau des commandes, nos marges sont meilleures par ligne de produit.
EJG : La situation financière de Lectra est aujourd’hui plus saine ?
D. H. : Nous avons réduit les frais entre 2008 et 2010, je le rappelle, sans plan de licenciement... Nous sommes passés de 58 millions de dettes à 8 millions de trésorerie positive et des fonds propres considérablement renforcés.
EJG : La fin de l’année 2011 s’est toutefois déroulée sur un mode plus tendu...
D. H. : En fait, il y a deux périodes. Le premier semestre durant lequel nous avons enregistré une augmentation significative des commandes avec + 24 % et le deuxième semestre avec un quatrième trimestre où nous avons été à - 34 %. La situation s’est détériorée aux alentours du mois d’août avec l’aggravation du contexte économique mondial. Dans le monde, nos clients ont été plus frileux sur les investissements. Si je suis Chinois et que ma situation est bonne, j’ai quand même peur que mes clients européens aillent mal, alors je n’investis pas.
EJG : Optimiste ou pessimiste ?
D. H. : Mon métier de chef d’entreprise est de prévoir. Nous avons élaboré un scénario central qui consiste à considérer que la situation reste très tendue sur l’année, au mê- me niveau qu’au quatrième trimestre. Je suis optimiste sur les capacités de notre entreprise à tirer le maximum. Nous sommes armés pour ça.
EJG : Vous avez recruté à Cestas en 2011, comptez-vous poursuivre ?
D. H. : Nous avons décidé de maintenir notre plan de développement qui se traduit par des embauches, mais pas en Gironde puisque dans les cent embauches prévues, il y en a une vingtaine à Paris, le reste en Amérique du Nord, en Chine, en Europe de l’Est et dans le monde. En 2011, nous avons renforcé les équipes de recherche essentiellement à Cestas, mais en 2012, nous renforçons nos équipes commerciales dans le monde. La France ne représente que 10 % de notre chiffre d’affaires.
EJG : Que faut-il faire pour maintenir des emplois en France ?
D. H. : Il faut y croire ! En 2005, nous avons fait une étude pour délocaliser notre fabrication en Chine et, à l’époque, il a été démontré que nous pourrions fabriquer dans ce pays à 28 % moins cher qu’à Cestas. Nous avons pris la décision de maintenir la fabrication en France.
EJG : Qu’est-ce qui a fait la différence ?
D. H. : Nous avons considéré que détruire l’ADN d’une société, c’était ce qu’il y avait de plus dommageable et qu’il valait mieux se battre sur la recherche et l’innovation. Tous nos concurrents sans exception fabriquent aujourd’hui en Chine et nous sommes, avec l’augmentation de la devise chinoise du coût de la vie et des salaires, pratiquement au même prix de revient en fabriquant à Bordeaux que ce que nous aurions en fabriquant en Chine.
EJG : On peut donc s’en sortir avec des salaires plus élevés...
D. H. : Nous sommes une société de technologie. L’essentiel de nos personnels sont des ingénieurs. Le débat sur les salaires en France porte essentiellement sur une à deux fois le Smic. Là, nous ne sommes pas compétitifs. A haut niveau de qualification, c’est moins vrai car nos ingénieurs sont très bien formés et très efficaces pour de petites équipes travaillant en autonomie.
EJG : L’idée est donc de travailler sur des niches de haute technologie...
D. H. : Nous avons énormément investi sur nos machines de coupe. En faisant cela, nous avons pu rester en France.
EJG : Renault est un de vos clients. Avez-vous un sentiment sur l’ouverture d’une usine au Maroc ?
D. H. : Sur les vêtements de luxe, nous sommes en train de voir des relocalisations en raison de compétences très fortes pour des produits à forte valeur ajoutée. Lorsqu’on est sur des produits à bas coût, comme Renault, l’équation est différente. Nos charges sociales élevées rendent le travail non qualifié plus cher qu’ailleurs. Chez Lectra, nous ne sommes pas concernés car nos ouvriers ont un niveau de rémunération élevé, compte-tenu de leur qualification.
EJG : Quelles pistes pour les entreprises ?
D. H. : Le crédit d’impôt recherche a énormément joué pour nous et je pense qu’en favorisant les investissements de cette manière, on donne aux entreprises françaises les moyens de se développer. Il faut favoriser l’innovation. La formation est très importante. Nous avons des gens en alternance dans nos différentes équipes. Nous sommes partenaires de 800 écoles dans le monde et nous recrutons des apprentis de façon régulière. Les entreprises se doivent de recruter des jeunes de cette manière.
(Propos recueillis par E. M.)
| Légende photo 1 : Depuis 2009, l’entreprise a changé en profondeur avec un investissement significatif. |
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