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Il nous faudra cette année rationner le pétrole si l’on veut rétablir l’équilibre de la balance commerciale de notre pays. Certes, le tourisme et l’agroalimentaire maintiennent leurs excédents. Mais le secteur industriel accumule les déboires. Notamment les gros pourvoyeurs de devises que sont le nucléaire et l’avionique.
De quelles armes un pays dispose-t-il pour tenter de surmonter les mauvaises passes économiques ? Il y a bien sûr la bonne vieille trousse à outils keynésienne pour animer l’activité intérieure : l’Etat amorce la pompe grâce au déficit budgétaire, en subventionnant l’investissement et/ou la consommation. De tels moyens ont déjà été largement utilisés chez nous l’année dernière, et la plus grosse partie de l’enveloppe du « plan de relance » est déjà dépensée. Les stimuli à l’investissement vont toutefois se poursuivre cette année, avec les premières allocations des fonds provenant du « grand emprunt » à venir : au global, en incluant l’abondement privé aux sommes ainsi distribuées, l’Etat escompte générer environ 60 milliards d’euros d’investissements. Reste à souhaiter que la majeure partie de ces derniers se matérialise auprès d’entreprises nationales, si l’on veut bénéficier des effets magiques du « multiplicateur » keynésien, faute de devoir abandonner le boni à d’autres Etats. Accroître les exportations, c’est le deuxième principal levier du redressement. Mais dans un monde globalisé, partout soumis aux affres de la récession, chacun tente d’exporter davantage. Autant dire qu’il faut alors disposer de sérieux avantages comparatifs pour enlever le morceau, car la bagarre est nécessairement très âpre. La balance commerciale française ne cesse de se détériorer depuis la mi-2004 et le déficit 2009 dépassera celui de l’année précédente, déjà historiquement élevé à plus de 53 milliards d’euros. Il est vrai que le principal poste de dépenses, l’énergie, a beaucoup augmenté avec l’envolée du prix du pétrole. Mais au niveau des recettes, qu’en est-il de nos pôles d’excellence, ceux qui par le passé nous permettaient d’équilibrer nos échanges, voire d’afficher des excédents commerciaux ? Le tourisme demeure vigoureux, avec un solde qui devrait représenter autour de 13 milliards d’euros en 2009, ainsi que l’agroalimentaire avec un excédent d’un peu plus de 10 milliards : deux valeurs sûres. En revanche, sur le terrain industriel, le marasme se poursuit et les perspectives de l’année en cours ne sont guère encourageantes. Car les gros faiseurs comme l’aviation (Airbus et Rafale) et le nucléaire (Areva) sont confrontés à quelques embarras.
L’industrie en panne
En dépit de la réputation prêtée à la technologie nucléaire française, le champion national dans la construction de centrales traverse une mauvaise passe. Après avoir mobilisé toutes ses forces industrielles sur le réacteur de troisième génération (EPR), la mise en place de ce dernier s’avère on ne peut plus délicate. En témoignent les difficultés rencontrées sur le premier chantier, en Finlande, et les retards accumulés sur le site français de Flamanville. Le tout au son des alertes lancées par les autorités de contrôle, tant finlandaises que françaises, sur des problèmes de conception qui porteraient atteinte à la sécurité - thème capital, on s’en doute, s’agissant du nucléaire. Si bien que l’appel d’offres d’Abu Dhabi -20 milliards de dollars pour la seule construction- a été raflé par la Corée du Sud, avec des centrales d’ancienne génération, certes, mais éprouvées et beaucoup moins coûteuses. Tout se passe comme si la firme française avait voulu aller trop vite dans la commercialisation de son nouveau réacteur, avant que toutes les procédures de validation n’aient abouti. Si la France s’est fait un nom respecté dans la production d’énergie nucléaire, c’est que les brillants ingénieurs qui ont conçu les centrales ont pris le temps nécessaire, et dépensé l’argent qu’il fallait. En un mot, il n’y avait pas de business-plan. Et lorsque tout a été peaufiné, alors a-t-on pu envisager de vendre des centrales opérationnelles à d’autres pays. A ce jour, il est à craindre que l’EPR ne soit encore qu’un prototype. Pour ce qui est du Rafale, un matériel largement éprouvé, la commande brésilienne en suspens relève du domaine politique : on l’a déjà évoqué ici, l’enjeu dépasse très largement les quelques milliards que représente le marché. Quant à Airbus, il semble bien que l’on paie aujourd’hui le prix d’un management inexistant sur les années récentes, tant à cause des querelles d’ego au sein de la direction multicéphale que de la probable légèreté des personnalités concernées. Il en résulte que le programme du gros porteur A380 est non seulement très en retard (dix appareils livrés l’année dernière, contre 25 prévus), mais encore que l’équipement (« à la carte ») fait perdre à la firme une petite fortune sur chaque appareil. Et pour l’A400M, ce bijou d’avion militaire que les Européens ambitionnent d’acquérir (principalement pour faire la nique aux Américains), le programme a maintenant trois ans de retard et les surcoûts annoncés sont tels que beaucoup d’Etats sont tétanisés par les rallonges demandées. Cela dit, le dossier du chasseur US « JSF » n’est guère plus brillant… En tout cas, les principaux pourvoyeurs de devises, dans notre balance commerciale, seront encore aux abonnés absents sur l’année en cours. Même si la météo se montre clémente pour nos vignobles et nos prairies, l’exportation de fromages et de grands crus ne sera pas suffisante pour compenser le manque à gagner.
Jean-Jacques JUGIE
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