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Le e-commerce crée des emplois en France. Et ce secteur qui pèse 31 milliards d’euros en 2010 peine même à recruter certaines compétences. Résultat : les salaires augmentent. Mais, de l’autre côté, le e-commerce détruit aussi des emplois.
Plus de 31 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un taux de croissance à deux chiffres… le secteur du e-commerce embauche. Résultat : une pénurie sur des compétences rares sur le marché et une surenchère sur des salaires qui sont déjà supérieurs à la moyenne nationale. Alors que dans d’autres branches, les salariés peinent à retrouver un emploi. Telles sont les principales conclusions du colloque « e-commerce et emploi », tenu le 2 mai dernier, au Sénat, qui réunissait des professionnels du secteur, sous l’égide de la Fevad, la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, et le patronage de Xavier Bertrand, ministre du Travail et de de l’Emploi.
Postes à prendre ?
« Aujourd’hui, le e-commerce représente 60 000 emplois, directs et indirects », estime Nicolas Bouzou, économiste au cabinet d’études Asterès. En 2009, le secteur « a connu une croissance de l’ordre de 15%, alors qu’en France, la récession avait détruit des emplois », rappelle l’économiste, qui a effectué une étude. Celle-ci décrit un secteur où la part des jeunes et des femmes est plutôt élevée par rapport à la moyenne nationale. Néanmoins, par de nombreux traits, le secteur du e-commerce ressemble à celui du commerce traditionnel. Seul point sur lequel il se différencie radicalement : « 34% des entreprises de e-commerce pratiquent le télétravail en 2010. C’est douze points de plus que la moyenne de l’économie française », annonce Nicolas Bouzou. Bonne nouvelle, la croissance du chiffre d’affaires des e-commerçants devrait se poursuivre en 2011. A condition, toutefois, que ces entreprises en trouvent les moyens. En effet, elles n’ont qu’un mot à la bouche : « pénurie ». Toutes peinent à embaucher, ont témoigné leurs directeurs de ressources humaines, autour d’une table ronde.
Bricolage
Les talents, « on a tendance à se les piquer, on fait des enchères à la rémunération », admet Ingrid Tisserand, DRH chez Pixmania, site internet généraliste de vente. L’entreprise peine à pourvoir ses postes de développeur informatique. Mais pas seulement. « Depuis deux ans, certains métiers, comme le marketing, sont difficiles à trouver », témoigne-t-elle. Chez Hi media, groupe média en ligne, qui cumule différents métiers, « les clients internes me demandent des missions qui ne correspondent pas à un profil, à un métier défini », expose Claude Monnier, DRH du groupe. Alors on bricole. Exemple : « lorsqu’un poste est difficile à pourvoir, on déplace une personne à l’intérieur sur ce poste, et on recrute quelqu’un pour la remplacer à son poste précédent », illustre le DRH. Chez Amazon, autre site de vente généraliste, la liste des qualités demandées aux candidats est longue : « Ce qui fait la différence, c’est une combinaison de compétences, de connaissances du commerce, un esprit entreprenarial, qui est indispensable, une agilité dans l’utilisation des moyens technologiques… », énumère Diane Rivière, DRH pour la France. Ces critères n’empêchent pas qu’« on peut recruter des personnes venant de secteurs traditionnels », ajoute-t-elle. Certaines compétences nécessaires, en effet, sont communes à différents secteurs. Ainsi, Pixmania a jugé utile d’embaucher une DRH qui avait fait sa carrière dans le domaine de la distribution classique. Mais ces passerelles n’existent pas pour toutes les professions. « Nous sommes face à quelque chose qui ressemble à la révolution industrielle », analyse Nicolas Bouzou. Si, au total, la somme est positive, en matière de création d’emplois, le-e commerce « en détruit aussi. Certaines entreprises raflent la mise, et à côté, certaines ont des difficultés ».
La face Nord
Le secteur de la VAD, qui a dû effectuer une migration sur Internet, est confronté à un « enjeu lourd de transformation sociale, qui nécessite un accompagnement des salariés », estime Patrick Brunier, délégué général du SNSVAD, le syndicat national social de la vente à distance. En effet, estime-t-il, « tous les salariés ne franchiront pas la barre de la transformation de leur métier. Il faut les préparer à quitter l’entreprise ». Exemple de mesure mise en place : un dispositif élaboré avec d’autres branches industrielles, comme la pharmacie ou la métallurgie, vise à permettre à certains salariés dotés de compétences reconnues dans ces branches, de retrouver un emploi. Côté formation continue, « nous avons des outils à notre portée », analyse Patrick Brunier. Avis à moitié partagé par Patrick Seghin, PDG de Damart. Pour lui, « les aides accordées par l’Etat sur ce sujet sont trop contraignantes ». Patrick Seghin, qui a travaillé, auparavant, pour une entreprise américaine commercialisant des meubles de bureau sur Internet, pour 25 milliards de dollars chaque année, analyse : « Chez Damart, nous devons gérer comment une société bien présente dans la distribution peut prendre le virage d’Internet, d’une façon réussie pour l’actionnariat et pour les salariés, qui doivent y trouver leur place. (…) Cela a fait peur, à partir de 2003, 2004, car lorsque l’on a beaucoup de commandes par téléphone, avec un centre d’appels interne, c’est une grosse mutation à réaliser ».
Greffe à risque
De plus, certains métiers liés à Internet évoluent en permanence : il faut savoir intégrer une marque sur un réseau social, connaître les règles pour se faire connaître via les moteurs de recherche, réfléchir à la vente via les smartphones…. Par conséquent, « c’est un enjeu de développer ces compétences en interne. Et il faut pouvoir combiner la formation et le recrutement », témoigne Patrick Seghin. Pour lui, « il faut partir de l’existant. L’idée de créer un département isolé est un échec. Il faut irriguer toute l’entreprise ». Pour les entreprises qui ne sont pas nées sur Internet, mais qui intègrent cette nouvelle dimension, l’alchimie est complexe à réaliser confirme Sandrine Meunier, directrice des ressources humaines chez Yves Saint-Laurent. « Il nous arrive de recruter un pure playeur. L’enjeu, en terme de ressources humaines, c’est la greffe. Il faut que ces personnes trouvent du plaisir dans des entreprises qui ont des règles qui peuvent leur sembler rigides », explique-t-elle. Le groupe a été jusqu’à créer une « digital academy », pour que ces nouveaux venus retrouvent leurs semblables et se sentent dans une « communauté ». Au risque, autrement, de les voir partir dans une entreprise de e-commerce, pour un meilleur salaire…
Anne d’AUBREE
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