Le rapport remis par Charles Beigbeder à Luc Chatel, le 12 décembre, émet des propositions concrètes pour imposer le «low-cost» comme modèle économique. Des pistes complémentaires au projet de loi sur le pouvoir d’achat, adopté, le même jour, en Conseil des ministres.
Le low cost pourrait-il devenir un modèle économique à part entière ? En tous cas, le gouvernement y croit. Le secrétaire d’Etat chargé de la Consommation et du Tourisme, Luc Chatel s’est vu remettre, le 12 décembre dernier, un rapport passant au crible le low cost (bas coûts) comme « levier pour le pouvoir d’achat » par Charles Beigbeder, notamment fondateur de l’opérateur alternatif d’électricité Poweo. Un rapport qui arrive opportunément, alors que le matin même, le projet de loi sur le pouvoir d’achat était adopté en Conseil des ministres. Avec à la clé, la possibilité pour les salariés de convertir en rémunération leurs journées de réduction du temps de travail (RTT) et leurs comptes épargne-temps, de débloquer pendant six mois leur participation dans l’ entreprise, dans la limite de 10 000 euros, et pour les PME de moins de 50 salariés sans système de participation, la possibilité d’accorder une prime défiscalisée, plafonnée à 1 000 euros par salarié.
Durant deux mois et demi, Charles Beigbeder a donc mené avec l’économiste Emmanuel Combe une trentaine d’auditions, « dans des secteurs d’activités pionniers en matière de low cost, ou susceptibles de miser dessus », explique Luc Chatel.
Le low cost comme « nouveau modèleéconomique »
« 20% du budget des Français part dans leur logement, 11% dans les transports, mais de nouvelles dépenses contraintes sont apparues ces dernières années, avec notamment la téléphonie mobile et Internet », résume Charles Beigbeder. Avec son rapport, il a donc voulu proposer « de nouveaux modèles économiques » pour donner plus de pouvoir d’achat aux Français. Le low cost est basé sur une baisse durable des coûts de production, et sur des leviers tels que « la standardisation des produits et services, des coûts d’organisation, des frais de logistique et de marketing allégés, ainsi que l’ouverture vers des pays émergents pour la production, dans certains secteurs, comme l’automobile », définit Charles Beigbeder.
Idée reçue que le rapport a voulu contrecarrer, le low cost n’est pas synonyme de mauvaise sécurité, par exemple, dans l’aérien, où les normes européennes sont strictes. Autre argument, les enseignes de discount sont souvent des marques-ombrelles, comme Ed qui appartient à Carrefour. Des groupes qui n’ont pas intérêt à ternir leur image.
Une chose est sûre, la France est en retard en matière d’offre discount. Avec « 12% du trafic aérien qui est low cost, contre 36% au Royaume-Uni », pointe le rapport. Autre exemple significatif, les opérateurs de téléphonie mobile alternatifs, qui ne représentent que « 4% de parts de marché des téléphones en stock, mais 28% des téléphones sur le flux, soit qui sont l’objet de nouveaux contrats », souligne Luc Chatel.
La principale recommandation des auteurs du rapport : élargir l’offre concernée par le low cost, même si les choses évoluent déjà. Dans le traditionnel secteur des vols, Air France elle-même a créé sa filiale low cost Transavia. Même dans le secteur immobilier, Bouygues s’apprête à lancer une offre discount.
Il commercialisera ainsi, en janvier 2008, des logements à 145 000 euros, d’une surface moyenne de 80 m², à Verdun (Meuse).
De l’ouverture des grandes surfaces le dimanche à la libéralisation de la vente de médicaments
Avantage : «Là, le low cost crée de nouveaux marchés, en rendant possible l’accès à la propriété à des ménages à bas revenus », souligne Charles Beigbeder.
A partir de là, le rapport Beigbeder formule plusieurs propositions de modifications réglementaires. D’abord, il prône un élargissement des secteurs concernés par le low cost. Par exemple, aux médicaments sans ordonnance, que les pharmacies sont actuellement les seules à pouvoir vendre. Autre suggestion, réformer les lois d’urbanisme commercial, qui « brident le développement des commerces hard discount ». Il propose ainsi de faire passer de 300 à 1 000 m² la surface à partir de laquelle un accord des commissions départementales d’équipement commercial (CDEC) est nécessaire. Autre proposition, favoriser l’ouverture dominicale des surfaces d’ameublement et de bricolage, des secteurs où le low cost est très présent, « où les consommateurs reportent rarement leurs achats », argumente Charles Beigbeder
Dans le secteur de l’aviation, pour favoriser l’émergence d’autres acteurs low cost, le rapport propose de réformer le système d’attribution des créneaux horaires d’atterrissage et de décollage sur Paris, voire de créer un terminal low cost à Roissy, comme cela a été réalisé à Marseille. Enfin, dans le secteur de l’énergie, alors que les marchés de l’électricité et du gaz sont ouverts depuis cet été à la concurrence, le rapport du PDG de Poweo préconise -sans surprise- de faciliter les conditions de changement d’opérateur pour les clients.
Des propositions qui devraient, pour la plupart, être suivies d’effets, voire le sont déjà.
Sur le secteur de l’énergie, coup de chance, l’Assemblée nationale avait adopté la nuit du 11 au 12 décembre un amendement instaurant la réversibilité des contrats d’électricité. Dorénavant, un client mécontent peut donc changer d’opérateur jusqu’au 1er juillet 2010, ce qui n’était pas possible dans la loi initiale du 13 juillet 2005.
Quant à la question de l’ouverture de certains commerces le dimanche, là encore, les propositions du rapport rejoignent fort opportunément une mesure sur laquelle le gouvernement pousse les feux depuis quelques semaines. Les sénateurs ont d’ailleurs adopté dans la nuit du 13 au 14 décembre un amendement au projet de loi sur la consommation autorisant l’ouverture dominicale des magasins d’ameublement (mais pas de bricolage) et « le Conseil économique et social, consulté sur le sujet, y travaille. Les partenaires sociaux en débattront lors de la conférence sociale du 19 décembre », précise Luc Chatel.
Capucine COUSIN
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