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Des collectivités locales explorent la voie du mécénat privé pour financer leurs propres projets culturels ou ceux de la société civile. Mais attention, cette ressource d’appoint ne peut compenser la baisse des subventions publiques, alertent les professionnels.
L’afflux des inscriptions a contraint les organisateurs à déplacer le lieu de la manifestation. Le « mécénat culturel territorial » : c’était le thème de la rencontre organisée le 19 septembre, à Paris, par l’Observatoire des politiques culturelles, organisme qui émane du ministère de la Culture. Les débats ont réuni acteurs privés et publics de différents échelons territoriaux, qui expérimentent dans le domaine du mécénat culturel, au niveau local. Ce dernier est déjà une réalité, d’après les études menées par l’association Admical, qui regroupe les entreprises qui pratiquent le mécénat. « De façon globale, le mécénat d’entreprises est essentiellement territorial, basé sur les PME », remarque Charlotte Dekoker, responsable de communication d’Admical. Et ce principe se vérifie aussi dans le domaine culturel. Le mécénat peut alors prendre différentes formes : financier, mais également dit, de « compétences ». Par ailleurs, même dans le champ culturel, « les entreprises se tournent de plus en plus vers des projets avec des dimensions sociales », ajoute Charlotte Dekoker. Exemple : un mécène d’un théâtre en Provence a acheté des décors réalisés par des entreprises d’insertion.
Reims expérimente
Au-delà de ces exemples réconfortants, trouver un mécène dans le domaine culturel relève souvent de l’exploit, témoignent volontiers les intéressés. Courir après les mécènes, « c’est du temps, c’est un métier », remarque Marianne Camus-Bouziane, consultante en mécénat, qui plaide pour la création de postes pour la recherche de fonds dans le secteur public. Car, tendance nouvelle, les pouvoirs publics, à tous les niveaux territoriaux, sont de plus en plus impliqués dans cette démarche, et ce, de diverses manières. Traditionnellement, « les collectivités territoriales sont vues par les artistes plus comme des bailleurs de fonds que comme des capteurs de fonds », note Marianne Camus-Bouziane. Mais la dégradation des finances publiques a ouvert la porte à d’autres procédures. « Nous pratiquons à la fois la recherche de fonds et l’accompagnement de porteurs de projets », explique Laura Exposito Del Rio, chef de la mission mécénat à la municipalité de Reims. Cette mairie fait figure de pionnière dans le domaine du mécénat culturel : en son sein, quatre personnes se consacrent exclusivement à la recherche de fonds privés, pour contribuer à financer ses propres projets culturels. Depuis deux ans, 700 000 euros ont été recueillis auprès de 67 mécènes et 120 conventions signées, d’après la mairie. « Le programme est de lier culture et économie. Il y a une véritable volonté politique », précise Laura Exposito Del Rio. Tout a démarré avec le 8ème centenaire de la cathédrale de la ville. « Il y avait 400 000 euros à rechercher en six mois », se souvient la jeune chef de mission, embauchée pour l’occasion. « Les premières entreprises qui ont été mécènes ont été légitimées par la démarche. L’événement leur donnait un ancrage fort dans le territoire, mais rayonnait aussi au-delà, au niveau national. Cela a permis de fédérer », poursuit-elle.
Tentatives de l’Etat
Pour Laura Exposito Del Rio, « les villes sont une merveilleuse échelle pour ce travail. On a tout ce qu’il faut pour réussir, les contacts avec les citoyens, les entreprises et le monde culturel… on n’a plus qu’à fusionner tout cela ». D’autres structures publiques ont entamé une réflexion et tenté d’élaborer des stratégies en matière de mécénat, dont les effets mériteraient d’être évalués de façon globale. Un dispositif du ministère de la Culture prévoit la signature de conventions entre les DRAC (Direction générale des affaires culturelles), et les chambres de commerce, par exemple, supposées se doter d’un correspondant mécénat. Véronique Cottenceau est chargée de la communication et correspondante mécénat à la Drac de Languedoc-Roussillon. « Le dispositif souffre encore de méconnaissance et d’idées reçues », reconnaît cette professionnelle, qui est là pour « être le médiateur, être à l’écoute des porteurs de projets et des entreprises, les faire se rencontrer ». Véronique Cottenceau discute aussi avec les notaires, les experts comptables… et les collectivités locales. « Sur un département, nous avons réussi à créer une fondation territoriale, pour aider les projets de patrimoine, de danse, de théâtre », illustre-t-elle. La fondation bénéficie du soutien de 35 entreprises (des PME surtout), et dispose de 250 000 euros pour lancer des appels à projets.
Et les individus ?
Par ailleurs, il n’y a pas que les entreprises qui donnent, rappelle Aurélie Perreten, directrice adjointe de l’Association française des fundraisers (AFF), qui se charge de collecter des fonds pour les causes générales. D’après elle, les individus seraient plutôt bien disposés à donner à des structures culturelles qui leur sont proches, ou qu’ils fréquentent. Exemple, à Meaux, le musée de la grande guerre n’a pas mené de stratégie de mécénat auprès des particuliers. Or, « on constate beaucoup de dons spontanés, car il y a un attachement », note Aurélie Perreten. Autre exemple, tel conservatoire de musique, qui reçoit les legs des anciens professeurs. Cyril Coste, inspecteur patrimonial chez l’assureur Axa, observe pour sa part « une tendance dans la société civile fortunée, qui souhaite donner plus de sens à son patrimoine ». Exemple : un millionnaire a créé une fondation archéologique, consacrée à un village du Vaucluse, qui atteste de la sédentarisation de la population en Europe. Au total, la gestion privée représente 12 000 personnes et pèse 15 milliards d’euros. Pour la diriger vers le mécénat, il y a une « médiation philanthropique à opérer. Il faut développer les ingénieries nécessaires. C’est un marché de l’épargne à part entière », ajoute Cyril Coste. Bref, des pistes existent. Toutefois, « il faut faire attention à ces attentes par rapport au mécénat. Le pourcentage moyen qu’il apporte est de 5% dans les structures, alors que les coupes de subventions peuvent aller jusqu’à 20%. Cela ne peut pas les remplacer, il faut diversifier les ressources », alerte Aurélie Perreten.
Anne d’AUBREE
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