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2011 s’est plutôt bien déroulée pour les artisans et petites entreprises du bâtiment, avec 2,5% de croissance. Mais la Capeb, qui représente ces professionnels, redoute une chute de l’activité au deuxième semestre 2012 et présente ses revendications, dans un Livre blanc aux candidats à la présidentielle.
« Atypique » : c’est ainsi que Patrick Liébus, président de la CAPEB, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, qualifie l’année 2011, lors de la présentation du bilan de l’activité et des perspectives pour 2012. La CAPEB représente 380 000 entreprises de moins de 20 salariés, soit environ 98% des entreprises du bâtiment. Au total, 2011 s’est finalement caractérisée par une hausse du volume d’activité de 2,5% sur l’année. Cette croissance du chiffre d’affaires succède à deux années de baisse consécutive d’activité. Mais le niveau, « comparable à celui des années 2000, n’a pas permis d’effacer les effets de la crise de 2008 », commente la CAPEB. En 2011, la croissance a été particulièrement forte dans la construction neuve, de l’ordre de 5%. Et tous les corps de métier, (électricité, maçonnerie …) ont participé à ce regain d’activité. La taille de l’entreprise n’impacte pas : qu’elles comptent plus ou moins de 10 salariés, les entreprises ont été concernées par la croissance. Mais cette dernière n’a pas été linéaire : après deux premiers trimestres en hausse, « le troisième trimestre a été marqué, en août, par l’annonce, par le premier Ministre, du plan de rigueur, qui a eu un effet direct sur la croissance. A partir de ce moment, il y a eu un ralentissement », analyse Patrick Liébus. Puis, ce ralentissement a été suivi d’un « fort rebond au quatrième trimestre, de 3,5% », précise-t-il. Pour expliquer ce rebond, le président de la CAPEB avance diverses explications : d’une part, la météo a été clémente, et n’a donc pas entravé les travaux en extérieur, contrairement à l’année précédente, où les intempéries avaient forcé à l’arrêt des chantiers. D’autre part, « les clients ont réagi à l’annonce de l’évolution de TVA », estime Patrick Liébus : ils auraient donc anticipé des travaux, pour continuer à bénéficier d’un taux de TVA favorable. En effet, pour tout devis signé avant le 20 décembre 2011, et pour lequel des acomptes ont été versés, le taux de TVA à 5,5% est maintenu. Résultat, près de 406 000 logements ont été commencés fin novembre, estime la CAPEB.
Difficultés de crédit ?
L’activité de l’année n’a pas empêché certaines difficultés pour les professionnels. L’accès au crédit « n’a pas été très bon », explique Patrick Liébus pour qui « les banques sont très exigeantes pour accorder des prêts de trésorerie, même pour des artisans au carnet de commandes bien rempli ». Rendez-vous a donc été pris dans les jours qui viennent avec le Médiateur du Crédit et les banquiers, assure Patrick Liébus , pour « trouver des solutions pour 2012 ». Une étude sur les relations entre les petites entreprises du bâtiment et leurs banquiers, menée début 2011, par l’Institut d’informations et de conjonctures professionnelles, pour la CAPEB, témoigne de certains écueils. Pour la plupart clientes d’une seule banque, la quasi-totalité des entreprises déclare rencontrer des difficultés avec son banquier. Les 16% des artisans qui ont fait des demandes de crédit pour un investissement ont quasiment tous été satisfaits. Néanmoins, une entreprise sur trois se plaint de la restriction de l’accès au crédit. Et, en cas de difficulté de trésorerie, situation qui concerne une entreprise sur quatre, les banquiers appliquent le découvert bancaire, sans même consulter leur client, dans un cas sur trois, relate l’étude.
Perte d’emplois en vue
Pour 2012, la CAPEB prévoit une baisse de l’activité de 1%, avec une chute plus marquée sur le neuf ( - 2,5%), et un secteur de la rénovation qui reste stable. « II y aura deux périodes. Au premier semestre, ce sera la continuité des effets de l’annonce de l’augmentation de la TVA (…) Les carnets de commandes se sont un peu chargés, et ces travaux seront faits sur cette période. Au deuxième semestre, on sentira les effets directs du plan de restriction (…) Nous allons aussi perdre des emplois. D’après certaines estimations, il s’agit de 10 000 emplois », alerte Patrick Liébus. Pour les six mois à venir, toutefois, plus de 9 entreprises sur dix interrogées par la CAPEB entendent maintenir leur niveau actuel d’emploi. Au total, le secteur du BTP employait 1,4 million de personnes au troisième trimestre 2011. Pour la CAPEB, les mesures de rigueur ont ponctionné le bâtiment à hauteur de 2,6 milliards d’euros, avec, notamment, l’augmentation du taux réduit de TVA de 5 à 7%, la limitation du plafond de ressources pour obtenir l’Eco-prêt à taux zéro, le coup de rabot sur le crédit d’impôt développement durable et la suppression annoncée du dispositif Scellier. « Cela va se répercuter aussi sur 2013 », estime Patrick Liébus.
Pistes de croissance
A l’approche de l’élection présidentielle, la CAPEB a rédigé son livre blanc, qui retrace les priorités de la profession, parmi lesquelles une fiscalité attractive sur des critères environnementaux, la facilitation de l’accès aux marchés publics aux petites entreprises, et diverses mesures de simplification. Il faut « penser petit », réclame Patrick Liébus qui se plaint du fait que la législation soit conçue en fonction des grandes entreprises, charge aux petites de s’adapter. Dans la même idée, le syndicat patronal demande des enquêtes fiables sur les entreprises de moins de 20 salariés. Sur le grand débat de la TVA sociale, « nous sommes pour un élargissement de l’assiette de financement de la protection sociale », précise Patrick Liébus. Outre ces revendications, l’association professionnelle a présenté ses propres initiatives pour tenter de s’adapter et développer l’activité de ses membres. Ainsi, le label « Eco artisans », qui a été obtenu par 2 300 artisans, continue d’être développé. Dans la même direction, pour 2012, un autre chantier a été ouvert : construire une démarche d’« éco-rénovation », dans laquelle différents artisans, qui conservent leur statut, pourront proposer une prestation commune, fournissant un seul interlocuteur au client. A la recherche du mode de structuration adéquat, la CAPEB préconise l’outil du mode de groupement, et consulte les banquiers susceptibles d’accompagner la démarche. Environ 1 000 entreprises ont été aussi reconnues « handibat », pour aborder les marchés du maintien à domicile, et l’adaptation des logements aux différents types de handicap.
Anne d’AUBREE
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