Le 16 décembre dernier, sous la houlette de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, une dizaine d’entreprises girondines ont lancé le Club Chine. Objectif : partir à la conquête de la deuxième puissance économique mondiale...

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« Nous sommes fromagers affineurs. Nous couvrons tout le Sud-Ouest de Bordeaux jusqu’à Pau et Montpellier. Notre cœur de métier est de sélectionner des fromages au lait cru pour l’essentiel que nous emmenons à maturité dans nos caves ». Intarissable sur la qualité de ses produits haut de gamme qui sont autant « d’expression des terroirs » Clarence Grosdidier, à la tête de la société Jean d’Alos (vingt salariés en France), n’en est pas à son coup d’essai avec la Chine. Il est partie prenante de cette initiative de chefs d’entreprises bordelais : « J’ai vécu seize ans en Chine Populaire et trois ans à Hong Kong. Nous sommes présents avec une boutique à Shanghai. Une compagnie y importe nos produits ainsi que du vin et nous avons ouvert un bureau à Hong-Kong dont va s’occuper un expatrié qui part en janvier ». Le chef d’entreprise, âgé de 45 ans, pratique couramment le chinois, ce qui, sans aucun doute, est un atout majeur sur un marché aux codes complexes qui évolue à un rythme accéléré : « Les exportations représentent un tiers de notre chiffre d’affaires. La Chine représente 15 % de ces exportations. D’ici 2015, nous pensons multiplier ce chiffre par trois ».
Il y aura des opérateurs chinois
Clarence Grosdidier, qui entend « faire profiter les autres chefs d’entreprises de son expérience au travers du Club Objectif Chine » regarde avec lucidité un marché que certains imaginent Eldorado : « Nous devons mettre des ressources en commun et partager nos expériences sur ce marché au fort potentiel, mais où les opérations sont difficiles. Il ne faut pas sauter les étapes... ». La Chine, selon Clarence Grosdidier suit le même processus de développement accéléré que les Etats-Unis : « Aujourd’hui, la production laitière est faible mais un jour, ils fabriqueront eux-mêmes. Ils commenceront par des fromages industriels. D’ici dix ans, il y aura des opérateurs chinois. Pour le haut de gamme, il n’y a cependant pas de danger immédiat ». Le potentiel reste cependant grand selon le chef d’entreprise dans un secteur appelé à se développer en raison notamment de la « motivation liée à la santé publique » nécessitant la consommation de calcium: « la consommation de fromage a augmenté en un an de 40 % dans les grandes villes chinoises ! ».
La Chine peut être un piège
Frédéric Cauchois, gérant de Depack Architectures Commerciales opère pour sa part dans un secteur radicalement différent : « Notre métier est la création de boutiques et de magasins, de stands pour les salons professionnels et l’aménagement d’espaces pros ou de décors pour congrés et séminaires ». Quinze collaborateurs à Bordeaux, une filiale à Hong-Kong, des bureaux à Shanghai, l’entreprise a, par exemple, réalisé 26 des stands du dernier Vinexpo Asia-Pacific. « La Chine peut être un piège. La culture est différente, la façon de travailler aussi. J’y ai fait toutes les bêtises sur les douze dernières années, donc si je peux aider... », déclare, lucide, Frédéric Cauchois qui se remémore la concession d’une licence exclusive sur le territoire Asie Pacifique à une société chinoise pour développer la marque : « J’aurais dû le faire seul ! Si on donne aux Chinois une exclusivité sans border le contrat, il freinent nos affaires et cherchent des clients de leur côté ... J’ai mis du temps à le comprendre ! ».
Une admiration pour Bordeaux
Depuis, le patron de Depack Architectures Commerciales constate une progression importante des contacts avec le pays le plus peuplé de la planète : « J’avais un coup de téléphone tous les deux mois, il y a douze ans. Il faut compter avec un échange tous les jours aujourd’hui avec la Chine. Il y a cinq ans, dans les affaires, on ne parlait que de Hong-Kong. Aujourd’hui, on parle de la Chine en général... ». Au chapitre des difficultés rencontrées sur le terrain, celle du management : « Les ouvriers chinois ont faim. Pour l’équivalent de dix euros, ils n’hésitent pas à changer d’entreprise. Il est donc très difficile de fidéliser des équipes... ». Frédéric Cauchois envisage avec optimisme les relations commerciales entre Bordeaux et Pékin : « Les Chinois ont une admiration sans fin pour Bordeaux car ils connaissent le vin. Pourquoi ne pas faire de notre ville le centre de séminaires pour les Asiatiques en Europe de l’Ouest ? Nous avons les infrastructures ! ».
Eric MOREAU
Légendes
Photo 1 : Lors de la 1ère édition du Hong Kong Wine and Dine Festival des entreprises bordelaises et girondines ont pu faire découvrir leurs produits.
Photo 2 : La boutique Fauchon de l’aéroport de Hong-Kong est signée Depack Architectures commerciales et a reçu le «Gold Popai award 2010» d’architecture commerciale.
Photo 3 : L’immeuble des bureaux de Depack à Hong-Kong.
Photo : CCIB
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