Quand tous les obstacles seront franchis, l'Union européenne groupera 25 pays rassemblant 450 millions d'habitants, soit la troisième population mondiale. Cependant, l'intégration de tous les nouveaux pays ne se fera pas sans difficulté.
Les verrous permettant d'ouvrir la porte d'entrée de la Communauté européenne à dix pays supplémentaires s'ouvrent les uns après les autres. L'Irlande, le pays pauvre devenu l'un des plus riches et dont il aurait été paradoxal qu'elle bloque le processus, a bien voté. Les difficiles problèmes financiers concernant les négociations d'adhésion sont en voie de règlement après accord entre la France et l'Allemagne à propos de la politique agricole commune. Notre pays ne pouvait accepter la réduction des subventions qui mettraient à mal une agriculture nationale fragile. Rien ne sera changé jusqu'à la grande négociation sur la Pac de 2006.
Le dernier obstacle à franchir reste la ratification des traités d'adhésion par les pays candidats par référendum en mars prochain, puis par les quinze pays de l'Union et tout est à nouveau possible chez ceux qui passeront encore par la voix du référendum. Une fois tous les obstacles franchis, l'Union européenne groupera 25 pays rassemblant 450 millions d'habitants, soit la troisième population mondiale après la Chine et l'Inde.
Les nouveaux pays admis au club sont la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, Chypre, Malte, un ensemble assez disparate et dont l'intégration ne se fera pas sans difficulté.
Nombre d'alarmistes prédisent déjà une situation ingérable. Lors de la formation de l'Union des Quinze, il s'agissait d'états dont la situation économique était assez proche, à l'exception du Portugal qui a rapidement rattrapé son retard et de la Grèce qui a fait une bonne partie du chemin.
Cette fois, il s'agit de pays qui furent longtemps sous économies marxistes et ont dû mettre les bouchées doubles pour se libéraliser et passer de l'étatisation à l'économie de marché. Quelques-uns ne sont pas encore à niveau, notamment la Pologne, malgré des progrès certains et qui sera pendant quelque temps le poids lourd de la nouvelle Europe.
Va-t-on trop vite ? On remarque que l'Europe à quinze est encore en période de gestation. Le «pacte de stabilité et de croissance» qui devait garantir la rigueur financière a du plomb dans l'aile et la France demande même le droit à un délai pour réduire son déficit.
Il demeure des blocages et des retards. L'harmonisation juridique se précise, mais pas l'harmonisation fiscale et sociale. Qu'en sera-t-il avec une Europe à 25 (et 28 quand seront admises la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie).
Les différences de salaires entre les anciens et les nouveaux restent importantes, surtout dans le domaine agricole. Certains des dix doivent être invités à lutter contre la corruption qui déséquilibre le jeu financier.
Les futurs membres doivent aussi transposer dans leurs législations et règlements toutes les mesures européennes en cours, ce que l'on appelle «l'acquis communautaire», soit 372 chapitres.
Avec des périodes de transition pour ce qui concerne des sujets comme la libre circulation des travailleurs, le transport national des marchandises, l'achat des terres et une centaine d'autres.
Quant au financement des mesures destinées à amener à égalité, avec les autres, les économies des nouveaux membres en favorisant leur développant, il constitue un sacré casse-tête. Les dix attendent une masse de subventions, les Quinze, même d'accord sur l'indispensable solidarité, ne veulent pas mettre le budget européen en danger.
Donc, pas question de donner trop et tout de suite comme le demandent les nouveaux promus. Ainsi en matière agricole, les aides prévues seront versées au départ à 25% pour atteindre 100% seulement en 2013. Les autres subventions, destinées surtout aux équipements, seront plafonnées à 23 milliards d'euros sur trois ans.
Si aux Etats-Unis, cinquante Etats ont pu se fédérer sans problèmes, c'est parce que la nation s'est formée dans un temps assez court et avec des populations parlant la même langue.
Faire l'Europe consiste à associer des pays qui se forgent depuis des siècles des identités différentes et ont envie de la préserver tout en participant à un groupe commun. Celui-ci ne peut cependant exister si chacun ne fait pas quelques sacrifices de souveraineté.
D'autre part, à l'occasion de l'élargissement et de ses conséquences, des règles de fonctionnement devront être modifiées. Il faudra mieux préciser et répartir les pouvoirs des différentes instances, la Commission, le Conseil des ministres, le Parlement.
L'unanimité requise pour certains votes devra être remise en question. Et pourquoi pas, sans aller jusqu'à la création d'un Etat européen politique, ne pas envisager une Constitution européenne.
Le chantier n'est donc pas exempt de risques. Mais l'aventure en vaut la peine car, avec les pays de l'Est, de nouveaux marchés vont s'ouvrir et, une fois l'intégration réussie, la puissance économique et commerciale européenne s'en trouvera renforcée.
René QUINSON
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