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Les Echos Judiciaires du 15 mai 2012
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Sauver l’euro pour sauver l’Europe

La création d’un Etat européen a longtemps fait l’objet d’un rêve, concrétisé avec l’avènement de l’Union européenne passant peu à peu de 12 à 27 membres. Ce bloc économique, le plus important du monde, totalisant aujourd’hui environ 500 millions d’habitants, mosaïque d’états démocratiques souffrant seulement du handicap de la langue, s’est ensuite appuyé sur une indispensable monnaie unique, l’euro.

Tout allait bien, ou presque, malgré les disparités de PIB et les différences fiscales, jusqu’au jour où, venue des USA, la crise financière a tout mis en pièces. Il a fallu colmater, secourir les banques et une catastrophe a été évitée. Provisoirement peut-être, car la croissance va rester faible et l’on découvre l’importance de l’endettement phénoménal de toutes les nations, Allemagne exceptée.  Et l’on ne voit trop comment arrêter l’hémorragie des dettes alors que des plans d’austérité plus ou moins contraignants auront déjà du mal à limiter les déficits annuels, 4,3 % en moyenne dans la zone euro dont 6 % au moins pour la France. Laisser des États en graves difficultés risquait de porter des coups peut-être mortels à la cohésion de l’Union. Celle-ci a donc dû consentir des prêts : 90 milliards à la Grèce, qui en recevra aussi 30 du FMI, 85 milliards à l’Irlande. Et des questions commencent à se poser pour le Portugal et l’Espagne, celle-ci malgré un endettement moindre que celui de la France mais en plein désastre immobilier et industriel. Notre pays, non encore pénalisé par les agences de notation qui lui attribue encore le triple A, semble devoir s’en sortir, mais il lui faudra renforcer son plan d’économies. « Les Français se croient dans l’austérité, mais ils n’y sont pas encore », a déclaré François Hollande. Et voilà remis en question cet euro dont on attendait des miracles. On ne peut toutefois le condamner car il a empêché les États de procéder à des dévaluations en chaîne et le passé a montré à quel point, après un ballon d’oxygène provisoire, elles provoquaient de l’inflation, déclenchaient l’infernal processus prix-salaires et mettaient en difficultés financières les revenus fixes dont ceux de millions de retraités. Malheureusement, les critères de Maastricht et les plans de stabilité ont volé en éclats. « La zone euro est confrontée à une crise pour sa survie », estime Herman Van Rompy, Président de l’Union européenne. Avec José Manuel Barroso, Président de la Commission, il a examiné quelques solutions et notamment l’urgence de réguler les marchés financiers et le comportement des banques. Objectif, sauver l’euro pour sauver l’Europe. Les marchés furent déjà un peu rassurés, d’où un recul de la spéculation, par la création du fonds européen d’aide financière disposant de 700 milliards d’euros pour venir en aide aux pays menacés. Pour la première fois, le tabou de la faillite d’un Etat est levé, mais promesse est faite qu’on ne la permettra pas. De nouvelles normes bancaires ont été instaurées et les établissements les plus fragiles resteront en liberté surveillée. Il se peut que, tout en conservant le libéralisme, on y introduise une petite dose de protectionnisme, pourtant interdit par le G 20, avec beaucoup de précautions car le remède peut être rapidement pire que le mal.

Une solution discutable : l’euro à deux vitesses. Des voix commencent à se faire entendre pour suggérer de diviser l’euro en deux blocs, le Nord et le Sud, car les politiques économiques diffèrent. Le bloc Nord constitué de l’Allemagne, le Benelux, l’Autriche, la Finlande, les États scandinaves, fait preuve de force, de rigueur et a su modérer sa dette. Le bloc sud, France, Portugal, Italie, Espagne, Irlande, est plus laxiste et plus indiscipliné, ne cherchant pas à respecter assez les critères européens, notamment en matière de déficit.  L’euro-nord resterait intangible, l’euro-sud pourrait être dévalué. L’économiste allemand, Peter de Kayser, prône, lui, d’ajouter une deuxième monnaie, l’euromark. Ces solutions extrêmes sont généralement rejetées, même par le ministre des finances allemand. Elles créeraient une terrible tension sur les pays endettés. Elles mettraient fin à la solidarité européenne fondement de l’Union. Et nul ne peut prévoir l’importance des dégâts qui en résulterait. Si elle reste encore assez crédible, la monnaie européenne a chuté face à un dollar pourtant malmené. Il en résulte une petite aide à l’exportation. Mais aujourd’hui, face à des problèmes monétaires devenus planétaires, il ne suffit pas de relancer l’Europe à grands coups d’onéreux plans financiers puisque c’est le commerce mondial qui se trouve menacé. Le G 20 dirigé pendant un an par la France va avoir un rôle important à jouer. Les avancées de réformes, un peu trop limitées, lors du sommet de Séoul en novembre dernier ne sont cependant pas négligeables. Le Fonds Monétaire International (FMI) a doublé son capital et fait une place dans ses pouvoirs aux pays émergents. Les membres du G20 se sont mis d’accord pour renforcer la collaboration multilatérale et appliquer des politiques visant à réduire les déséquilibres commerciaux. Ils prévoient aussi des réformes structurelles pour contribuer au rééquilibrage mondial des échanges. Un groupe de travail devra élaborer ces principes au premier semestre 2001. Les pays membres ont également convenu d’éviter la dévaluation compétitive des monnaies. Et c’est là que le bat blesse. Car les États-Unis ont fait fonctionner la planche à billets pour une émission de 300 millions de dollars. Tandis que la Chine, qui décide elle-même du cours du Yuan, n’entend pas le porter à sa vraie valeur, et les autres pays émergents importants comme le Brésil font de même pour soutenir leurs exportations et leur croissance, le Japon a fait baisser artificiellement le Yen. Si ce « chacun pour soi » continue, l’Union européenne pourrait donc être appelée à dévaluer l’euro. Une amélioration de la gouvernance économique mondiale devient donc de plus en plus nécessaire et urgente.


René QUINSON



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5737 du 31/12/2010. Tout droit révervé.

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