|
Toits végétalisés, patrimoine bichonné, transports doux ? A l’heure du marketing territorial, les villes de Nancy, Grenoble et Dunkerque confrontent leurs projets d’urbanisme.
Comment attirer de nouveaux habitants ? L’urbanisme peut faire la différence. Les représentants de plusieurs villes, dont Nancy, Grenoble et Dunkerque, ont confronté leurs stratégies, lors d’un débat dans le cadre de l’exposition, « Les villes en mouvement, vers une ville durable », organisé par la Fimbacte, structure chargée de valoriser la filière de l’urbanisme, le 15 juin dernier à Paris.
« Les villes font un concours pour transformer leur image. On va jusqu’à parler de marketing territorial. Les villes sont en concurrence, et elles en sont tout à fait conscientes » analyse Hedwige de Penfentenyo, directrice de la Fimbacte. Chaque cité répond à sa manière. Nancy, par exemple, développe plusieurs nouveaux projets d’urbanisme. Sur les rives de la Meurthe, « il s’agit de redonner à voir les cours d’eau, de faire une urbanisation nouvelle sur un patrimoine naturel peu valorisé » explique Denis Grandjean, adjoint au maire Nancy chargé de l’urbanisme. Autre exemple, « Nancy grand cœur » va redessiner le quartier de la gare. « Ce quartier a beaucoup souffert dans les années 70. L’enjeu est de le configurer, d’effacer ces blessures, tout en tenant en compte des huit millions de voyageurs qui arrivent chaque année ». Parmi les recettes : la façade grise et massive du bâtiment qui abrite le tri postal va se faire transparente. Et des espaces verts seront disposés le long des rails, pour créer une sorte de « fleuve ferré ». Bref, il s’agit de « faire la transition entre la ville ancienne, les années 70 et aujourd’hui » explique Denis Grandjean.
Objectif 2050
A Grenoble, on vise 2050. La ville s’est fixée des objectifs ambitieux en matière de développement durable, qui conditionnent toute la politique d’urbanisme. A cette date, les émissions de gaz à effet de serre devront être divisées par quatre. Conséquence : 60% des permis de construire sont délivrés à des projets qui comportent des panneaux solaires. Autre cheval de bataille : « nous voulons développer fortement la végétalisation en ville. Les gens sont partants pour plus de densité, s’ils retrouvent du vert, ce qui leur rappelle la campagne » explique Philippe de Longevialle, adjoint au maire Grenoble, en charge de l’urbanisme, à la recherche d’un « urbanisme compact, mais agréable à vivre ». Au programme, des immeubles plus hauts, mais avec davantage d’espace à partager en bas, des façades qui se tournent vers la rue, à la place de ces îlots de logements refermés sur eux-mêmes. Et, bien entendu, moins de voitures. Comme à Nancy, prévaut le souci de « réparer les problèmes des années 70 et des quartiers créés sans projet urbain » explique Philippe de Longevialle. La situation est très différente à Dunkerque, qui récupère « cinquante hectares de friche industrielle à un endroit charnière de la ville, en face de la mer ». Et l’agglomération choisit aujourd’hui d’en faire un quartier résidentiel mixte, porteur d’une « identité nouvelle », mais en préservant le patrimoine de la ville, explique Vincent Leignel, adjoint au maire de Dunkerque, chargé de l’urbanisme et de la politique foncière.
Le patrimoine de demain
Car on ne bâtit pas l’image d’une ville à partir de rien. Et chaque ville tente de tirer parti de ses ressources propres, pour attirer de nouveaux habitants et investisseurs. « A Grenoble, la nature est omniprésente. Il suffit de lever les yeux pour voir la montagne (…). 20 000 chercheurs étrangers par an, cela crée une image de ville ouverte. Nous essayons de combiner progrès scientifique et développement durable, » explique Philippe de Longevialle. Résultat concret : des pôles de recherche sur la voiture électrique, ou encore sur les énergies renouvelables. A Dunkerque, « on est une ville industrielle, et on entend le rester. Comment concilier développement durable et industrie ? » s’interroge Vincent Leignel. La réponse, par exemple, passe par l’installation d’un centre d’art contemporain dans les locaux d’une ancienne usine. De son coté, Nancy, très soucieuse de préserver son patrimoine historique, prône une politique d’urbanisme modeste. « On ne vit pas dans l’héroïsme architectural.
Une concertation limitée
On ne fait pas une ville cohérente avec un catalogue de bâtiments extraordinaires » estime Denis Grandjean, qui préfère manifestement faire évoluer la ville en douceur, sans la bouleverser. Ce qui n’empêche pas les projets qui rompent avec le passé, comme la piétonisation de la célèbre place Stanislas. Piétonniser un axe de circulation qui porte deux siècles d’histoire ? « Si on avait fait un référendum, on aurait été battus. La mairie de Nancy a eu le courage politique de ce projet, et le peuple lui a donné raison » explique Denis Grandjean pour qui les projets d’urbanisme ne se décident pas sur la place publique. Il n’en va pas exactement de même à Grenoble, terreau historique de la démocratie locale. « Je fait cent réunions publiques par an. On passe son temps à se concerter » explique Philippe de Longevialle qui souligne les difficultés de l’exercice : délimiter la frontière entre information et concertation, ne pas laisser le débat monopolisé par un petit groupe, intéresser… L’élu chargé de l’urbanisme préfère les « ateliers urbains, où les gens travaillent sur des sujets plus précis, (…), pour sortir d’un face à face stérile ». La ville de demain passe aussi par une gouvernance nouvelle.
Anne d’AUBREE
|