La «croissance verte» est de tous les discours politiques. Mais les «éco-entrepreneurs» peinent, entre un marché national timide et les difficultés de l’export.
Cinq des 35 milliards de l’emprunt destiné à doper l’économie nationale financeront des actions en faveur du développement durable. C’est ce qu’a annoncé Nicolas Sarkozy, le 14 décembre dernier. Déjà, au delà de ses objectifs écologiques, le Grenelle de l’Environnement devait représenter un levier en ce sens. Mais un rapport du Boston Consulting group, commandité par le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement durable, en juin dernier, avait identifié une faiblesse: l’absence de filières industrielles en France pourrait bien se traduire par une croissance verte qui bénéficierait surtout à des acteurs économiques étrangers. Oséo, l’établissement public chargé de soutenir la croissance et l’innovation des PME, appuie ces entreprises de la croissance verte, via son pôle « environnement, énergies, transports ». A son initiative, deux de ces sociétés sont venues décrire leurs attentes et leurs difficultés, le 8 décembre dernier. Jean-Luc Mineau est directeur recherche & développement d’Environnement S.A, une PME qui conçoit, réalise et gère des instruments de mesure de la pollution. Jean-Luc Ayral, lui, est dirigeant et fondateur de Force A, qui propose des solutions de diagnostic déployées dans les champs, pour mesurer l’état des plantes, du point de vue du développement durable. Un outil indispensable, par exemple, pour mesurer la quantité de pesticides présente dans le maïs.
Des règles, s’il vous plait
Les deux entrepreneurs ressentent le même besoin d’un cadre plus établi, et regardent d’un œil favorable l’initiative du Commissariat général au développement durable, auquel contribue Oséo, et qui est en train de définir des filières précises (valorisation de la biomasse, traitement des déchets). En effet, de manière générale, plus le cadre est clair, mieux les entreprises se portent, expliquent ces deux entrepreneurs. Exemple : les normes. « Pour les émissions industrielles, tous les produits doivent être certifiés conformes aux normes», explique Jean-Luc Mineau. En revanche, «tant qu’une norme obligatoire n’existe pas, les clients n’auront pas forcément le réflexe d’anticiper par rapport à un polluant», poursuit-il. Bref, c’est la norme qui fait le marché. L’entreprise tente donc de participer aux groupes de réflexion chargés d’élaborer ces normes, pour les «orienter», laisse échapper l’industriel. Avant de tempérer : l’élaboration d’une norme prend beaucoup de temps. De plus, la société propose une vingtaine de produits, qui se rattachent chacun à une réglementation différente. Impossible, donc, de s’investir dans tous les groupes de travail. L’enjeu est le même dans le domaine agricole. Pour Jean-Luc Ayral, les objectifs du Grenelle de l’environnement (qui vise à diminuer de moitié les doses de pesticides dans les dix ans à venir) représentent une occasion commerciale. En effet, remplir ces objectifs suppose d’être capable de mesurer la présence de ces produits. Cependant, l’entreprise doit se tenir constamment au courant : les directives qui plafonnent les doses de nitrates autorisées dans les champs, par exemple, évoluent régulièrement. Si les normes dessinent des marchés, où ces entrepreneurs placent-ils leurs priorités ? Chacun sa stratégie. Environnement S.A. ne dépose pas beaucoup de brevets et préfère nouer des partenariats avec des laboratoires comme ceux du CNRS, ce qui permet de bénéficier de financements publics.
Recherche ou commercialisation
Force A, en revanche, estime que la recherche et développement constitue « par nature » un effort important. Néanmoins, c’est surtout sur sa stratégie commerciale qu’insiste Jean-Luc Ayral. Sa société participe à un réseau, Durapole, qui regroupe, au sein d’un système productif local (SPL), 22 sociétés du secteur. Celles-ci s’organisent notamment pour fournir des réponses complètes à des appels d’offre. Par exemple, dans le domaine du diagnostic agricole, les spécialistes du traitement des informations issues de la météo, des plantes et du sol, peuvent utilement se regrouper. Durapole organise également la présence de ses membres dans les salons professionnels à l’étranger.
Ailleurs, c’est mieux
Manifestement, l’export constitue une condition de survie pour ces « entreprises vertes ». Pour Jean-Luc Ayral, «l’international est dans nos gènes». C’est du Canada, que l’entreprise a reçu son premier bon de commande. Et aujourd’hui, l’étranger représente encore entre 40 et 60% de son chiffre d’affaires. « Dans le domaine des bonnes pratiques agricoles, d’autres pays sont plus actifs, même si cela commence à se développer en France», analyse Jean-Luc Ayral. Chez Environnement S.A, la tendance est encore plus marquée : la société réalise 70% de son chiffre d’affaires à l’export. Elle est présente dans de nombreux pays, Chine et Inde comprises. L’entrepreneur nuance le tableau. L’export n’a rien d’idyllique. «C’est une grosse contrainte. Chaque zone a ses règlementations. Il faut adapter le produit à chaque fois. Il faut un certificat européen, un russe… Ce serait bien d’avoir un seul système », plaide Jean-Luc Mineau. L’ETV, projet européen supposé fournir un test de vérification des performances des technologies environnementales ? « J’ai du mal à voir comment il va s’intégrer dans le système actuel des certificats», avoue l’entrepreneur. Il ne reste plus qu’à espérer que le marché national se développe.
Anne d’AUBREE
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