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Les Echos Judiciaires du 15 mai 2012
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Entreprises : Le mécénat culturel en crise

Les entreprises ont investi 2 milliards d’euros dans des actions de mécénat en 2009. Beaucoup moins que l’année précédente. Mais le nombre de mécènes progresse, et la solidarité a pris le pas sur la culture.

Forte chute du mécénat d’entreprise en France. Cette pratique a représenté un budget de 2 milliards d’euros en 2009, soit 20% de moins qu’en 2008. C’est ce qu’a annoncé Admical, association dont le but est de développer la pratique du mécénat d’entreprise, lors d’un colloque, à Paris, le 11 octobre dernier. Mais, pour l’association, qui s’efforce d’être optimiste, les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Car si le mécénat est touché par la crise, il est également en mutation. De plus, la plupart des entreprises interrogées déclarent vouloir poursuivre cette pratique dans les années à venir. La prise en compte  croissante des enjeux de développement durable, et les contraintes liées à la responsabilité sociale de l’entreprise les y encouragent. Et, si le budget global du mécénat a diminué, le nombre d’entreprises qui le pratiquent a crû, pour atteindre 35 000. Parmi elles, les grandes entreprises sont à l’avant garde : 43 % des entreprises de plus de 200 salariés s’y adonnent, contre 26%  en 2008. 

Engagement sanctuarisé 

Au cours du colloque, plusieurs acteurs du mécénat ont témoigné sur leurs motivations.  Tout d’abord, ils semblent confirmer que celles-ci sont  bien pérennes. Que ce soit du côté de la fondation de Schneider Electric,  dotée de 10 millions d’euros, ou de celle de Hermès, (4,5 millions), les budgets sont « sanctuarisés», expliquent Catherine Tsékénis, directrice de la fondation Hermès, et Gilles Vermot Desroches pour Schneider Electric. Mieux, pour ce dernier, «comme nous accompagnons les enjeux du développement durable, le budget a été multiplié». Même son de cloche chez Ikea : « La direction soutient le mécénat», annonce Caroline Gastaud, responsable développement durable Ikea France, qui dispose de 600 000 euros pour les activités de mécénat. Mais le discours change avec Marc Hofer, président de Nextim, une PME qui réalise un effort de quelques dizaines de milliers d’euros par an. La somme est «directement liée au résultat de l’entreprise», explique le dirigeant qui tente de compenser la baisse des donations financières par un mécénat de compétences.  En tout cas, «nous avons été très inquiets avec la crise», admet Bernard Foccroulle, directeur général du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, qui recourt beaucoup au mécénat d’entreprise. 

Un espace de liberté ?

Reste à comprendre comment ces mécènes choisissent leur champ d’action. Chez Nextim, c’est le choix du patron qui assume, «Je suis  sportif. L’intégration par le sport me touche, et donc j’ai décidé d’y engager mon entreprise», explique Marc Hofer. Chez Hermès, on soutient des projets qui sont en « raisonnance» avec la maison.  A savoir, le secteur culturel, via la valorisation des savoir-faire et le soutien à la création, et la solidarité, via l‘éducation et la  biodiversité. «La fondation est un espace privilégié de liberté», précise Catherine Tsékénis,  qui rappelle qu’elle doit tout de même «rendre des comptes». Ce qui n’empêche pas des choix audacieux, comme le soutien à un prix du design.  L’explication est la même chez Schneider Electric qui s’est engagé dans la solidarité. «Le président a dit ‘quel est le mécénat qui ne peut être fait que par nous, et qui ‘dit’ la société ? », se souvient Gilles Vermot Desroches. Réponse élaborée : ce fournisseur d’électricité peut contribuer à élargir l’accès à celle-ci aux deux milliards de personnes qui en sont privées, en partie en raison d’un manque des compétences. Exemple de traduction concrète : la mise en place de centres de formation au métier d’électricien, en Inde. Quant à Ikea, le groupe soutient la fondation Abbé Pierre, en fournissant meubles et conseils en décoration d’intérieur pour ses diverses boutiques et espaces d’accueil. «Le mal logement est l’une des préoccupations principales des Français et répond à notre cœur de métier. Il nous a semblé important d’avoir une action dans ce domaine», explique Caroline Gastaud. Cette orientation a d’ailleurs été reprise au niveau international  par l’entreprise, jusqu’alors focalisée sur les thèmes de l’enfance et de l’environnement, dans le cadre de mécénats avec le WWF et de l’Unicef. 

Echange à construire 

Pour toutes ces entreprises, au-delà des motivations d’ordre fiscal, qui ne sont pas évoquées, le mécénat a une double fonction, interne, et dans ses relations avec la société civile. Il permet «d’écrire une histoire de l’entreprise, de donner un sens collectif», estime Gilles Vermot Desroches. Même logique de la multinationale à la PME  Nextim, qui s’est constituée avec des salariés venant de différentes entreprises. «Il était important d’engager les équipes dans une action solidaire. Depuis trois ans, l’action a apporté du liant à l’ensemble des équipes», analyse Marc Hofer. Mais le mécénat permettrait également de tisser des liens avec la société civile, d’échanger. «Il s’agit d’ouvrir l’entreprise à la société (…) Arrêtons de croire que l’entreprise est un monstre froid qui va chercher ailleurs des valeurs qu’elle n’a pas. Le mécénat, est un échange, il s’agit de bâtir quelque chose ensemble», soutient Gilles Vermot Desroches. Chez Ikea, les relations avec la fondation Abbé Pierre se sont tissées «assez naturellement», pour Caroline Gastaud, l’association manquant de budget pour l’équipement de ses locaux.  Dans la pratique, « les relations humaines qui se créent sont fortes, entre deux mondes qui ne parlent pas le même langage au départ », raconte-t-elle. 

La culture à la ramasse 

Pour Marc Hofer, le mécène  a quelque chose à apporter au-delà de l’argent : «Ce qu’on essaie de leur offrir, c’est des compétences sur comment se structurer comme association, comment faire parler d’eux. Les associations ont le réflexe institutionnel ou grande entreprise, pas PME ».Or, c’est peut-être par là que passe une partie de l’avenir du mécénat. A Aix-en-Provence, Bernard Foccroulle a compensé les baisses des donations de ses partenaires traditionnels en développant le mécénat local. « On s’est rendu compte qu’on n’avait pas assez de liens avec la vie économique locale. Nous avons créé un club avec 24 entreprises . Résultat : 300 000 euros de dons. «Aujourd’hui, nous sommes attentifs à trouver de nouveaux partenaires. Il faut reconnaître les spécificités de chaque entreprise et voir ce qui peut nous relier sur le plan des valeurs», ajoute Bernard Foccroulle.  Le mécénat culturel n’en est pas moins en crise. Alors qu‘«il y a trente ans, le mécénat était synomyme de culture», rappelle Bénédicte Menanteau, déléguée générale d’Admical, aujourd’hui, les entreprises investissent surtout dans le social, l’éducation et la santé. «La diversité du mécénat culturel est en danger», estime Catherine Tsékénis. Un avis partagé par Bernard Foccroulle qui alerte «Les partenaires culturels les plus fragiles sont les plus exposés. Et leur disparition peut affaiblir le tissu culturel dans son ensemble». 


Anne d’AUBREE


 



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5719 du 29/10/2010. Tout droit révervé.

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