Demande de moratoires dans les territoires, manifestations de militants… faute de concertation nationale préalable, pro et anti-éoliennes se déchirent, pendant que le Sénat légifère.

|
Jusqu’à la mi-octobre, les sénateurs vont plancher sur les mesures du projet de loi Grenelle 2, et, notamment, sur celles qui concernent les éoliennes. Un peu tard. C’est l’occasion pour le débat très conflictuel entre pro et anti-éoliennes, de remonter au niveau national. Jusqu’à présent, la confrontation était plutôt restée confinée au niveau local - et aux salles des tribunaux.
Ce 24 septembre, une kyrielle d’acteurs, représentants de la filière et associations écologiques, pro-éoliens, ont donc organisé une conférence de presse pour faire connaître leurs arguments et leurs inquiétudes.
Greenpeace et le WWF, deux associations écologiques; le Cler, Comité de liaison énergies renouvelables, qui regroupe des professionnels du secteur et son club des collectivités locales ; Cleo, Amorce, associations de collectivités ; des associations et des entreprises pour la gestion des déchets, de l’énergie et des réseaux de chaleur et le SER, le syndicat des énergies renouvelables, étaient notamment présents. Le déploiement de l’éolien est indispensable pour remplir les objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement, ont d’abord rappelé les associations écologiques.
Ecologie et économie
D’après le plan sur les énergies renouvelables, présenté le 17 novembre 2008 par le ministre de l’Ecologie et du Développement durable, Jean-Louis Borloo, en effet, la France devrait atteindre 23% d’énergies renouvelables en 2020, et l’éolien en représenter entre le tiers et le quart, soit 10% de l’énergie totale. Pour ce, d’ici là, 6 000 éoliennes devraient être installées. C’est trois fois plus qu’actuellement. Outre permettre de remplir les objectifs du Grenelle, avec les éoliennes, « 60 000 emplois peuvent être créés dans l’état actuel de filière industrielle en France. Aujourd’hui, nous recensons plus de 150 fabricants fournisseurs dans le pays. C’est de l’emploi local», argumente André Antolini, président du SER, bien décidé à défendre les intérêts du secteur. Illustration avec Alain Cabanes, conseiller municipal de Saint-Agrève, dans l’Ardèche, qui a mené à terme l’implantation d’éoliennes dans sa commune. «Ce projet permet de donner une valeur économique au vent, c’est une bonne démarche pour animer un territoire», estime l’élu. Via la taxe professionnelle, «nous avons pu augmenter nos recettes fiscales de 80 000 euros, que nous allons affecter à la maison de santé », ajoute-t-il, inquiet de la future disparition de cette taxe. Plus étonnant, « nous en avons fait un point d’attraction touristique. Nous l’arborons dans nos prospectus», ajoute Alain Cabanes.
Mais tous les élus ne sont pas aussi convaincus, et force est de constater que le déploiement des éoliennes en France ralentit.
Un déploiement qui ralentit
Il est vrai qu’au 30 juin 2009, les 4 000 mégawatts ont été atteints (2 500 éoliennes environ). Néanmoins, si les raccordements ont augmenté au premier semestre 2009 (+36% par rapport au premier semestre 2008), ils ont brutalement chuté au second trimestre, avec 195 mw raccordés contre 270 au premier trimestre. En cause, d’après le clan des pro-éolien, le contexte règlementaire. Il s’agit d’un véritable « parcours du combattant» pour André Antolini: mise en place des schémas régionaux des énergies renouvelables, dont le calendrier risque d’être encore retardé par les élections régionales, création d’une zone de développement de l’éolien (ZDE), demande de permis de construire…et enfin, demande de raccordement. Au total, d’après les professionnels, sept ans minimum, sinon dix sont nécessaires pour implanter des éoliennes. Et la procédure envisagée par Grenelle 2, de classement des éoliennes en « Installation classée au titre de la protection de l’environnement » pourrait encore allonger les délais. Sans compter que ces derniers sont également impactés par les recours des opposants aux projets devant les tribunaux administratifs. Permis annulés à Avignonet-Lauragais (Haute-Garonne), Audrieu (Calvados), ou encore Merschweiller (Moselle) … Les exemples ne manquent pas.
Protection du paysage et investissements incertains
L’opposition qui se développe contre les projets d’éoliennes représente un autre sujet d’inquiétude pour les professionnels du secteur. Associations locales, mais également responsables politiques, font entendre leur voix. Le plus souvent, autour d’arguments sur la destruction des paysages, les nuisances sonores, ou encore de l’éventuel impact négatif sur l’économie du tourisme. Ainsi, Dominique Dupilet, président (PS) du Conseil général du Pas-de-Calais, estimant son territoire suffisamment couvert, a carrément demandé au préfet un moratoire sur la construction d’éoliennes. Ce département en compte à ce jour 160. Par ailleurs, 291 permis de construire ont été accordés, et 191 sont en cours d’instruction. « Le développement de l’éolien est en train de détruire la variété de ses paysages », explique Dominique Dupilet dans un communiqué. Autre préoccupation : la viabilité économique de ces investissements, basée sur le tarif préférentiel auquel EDF doit racheter l’électricité produite. « Cette opportunité ne durera que 15 ans, et au delà, nul ne sait ce qu’il adviendra de ces éoliennes », assène l’élu pour qui ne souhaite pas voir le Nord-Pas-de-Calais, actuellement au troisième rang national, assumer ce potentiel risque économique.
Il en appelle donc à une « pause pour évaluer sans a priori les inconvénients et les avantages de l’éolien ». Une concertation sur l’énergie éolienne au niveau national ? Son absence se fait cruellement sentir, d’après Antoine Foucher, représentant de Greenpeace, qui note que, « comme il n’y a pas eu de débat au niveau national, mécaniquement, il se transpose au niveau local, mais sans les moyens ». Or, une phase de concertation bien menée est indispensable pour qu’un projet se déroule sans passer par la case tribunal, voire, sans échouer. « Il faut accompagner la discussion et l’information, avec des professionnels de la concertation. Cela peut durer très longtemps », témoigne Alain Cabanes, pour qui l’implantation d’éoliennes relève d’une « forme de citoyenneté environnementale ». Une forme de citoyenneté qui, à coup sûr, ne peut faire l’économie de la concertation.
Anne d’AUBREE
Légende : En 2020, l’éolien devrait représenter entre le tiers et le quart des énergies renouvelables. |
|