Jean-Louis Borloo a lancé la phase de concertation du Grenelle de la Mer, sur la base de rapports foisonnants et parfois redondants. Reste à savoir quels seront les moyens financiers dégagés pour mettre en œuvre les conclusions finales.
Alors que le score de la liste Europe Ecologie aux élections européennes vient de confirmer la sensibilité des Français aux sujets écologiques, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, a lancé la phase de concertation du « Grenelle de la Mer », ce 9 juin, à Paris. « Il y avait un volet mer dans le Grenelle de l’environnement, mais il est apparu que l’enjeu n’était pas pris à sa juste mesure. Les océans sont la machinerie qui permet à la planète de fonctionner », a justifié le ministre, pour qui la mer représente la « nouvelle frontière » du XXIe siècle. Ce jour, donc, les présidents des quatre groupes de travail qui réunissaient professionnels de la mer et représentants de la société civile, ont remis leurs rapports dont les conclusions se croisent souvent, voire, se recouvrent parfois. Les sujets identifiés : « inventer de nouvelles régulations », « partager la passion de la mer », « entre menace et potentiel, une mer fragile et porteuse de promesses » et « la délicate rencontre entre la mer et la terre ». C’est sur cette base que s’est tenue la consultation publique, tout au long de ce mois de juin(1).
Des constats partagés
Le consensus règne sur quelques constats de base. Tout d’abord, le monde des professionnels de la mer est éclaté, et un effort d’échanges et de coordination s’impose pour déterminer une politique globale. « Aujourd’hui, nous avons une vision parcellaire, des divisions », a estimé le président du groupe « entre menaces et potentiels, une mer fragile et promesse d’avenir », Eric Giuily. Deuxième point de consensus affiché, en l’absence toutefois d’Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer : l’importance de l’Outre-mer, un enjeu fort en termes maritimes, puisque ce territoire représente 95% des km2 de côtes françaises. « Il n’y aura pas politique maritime sans l’Outre- mer » a insisté Christian Buchet, président du groupe « partager la passion de la mer ». Troisième point d’accord : le développement économique et la préservation de l’environnement, loin de s’opposer, peuvent fonctionner de concert. « Les deux doivent faire cause commune », a affirmé le président du Conservatoire national de Littoral, Jérôme Bignon, qui dirige le groupe sur « la délicate rencontre entre la terre et la mer ».
L’assainissement avant le patrimoine mondial
Au-delà de ces quelques directions communes, chacun des groupes a présenté ses analyses, ainsi que quelques unes des nombreuses propositions émises. Ainsi, le groupe qui a planché sur « la délicate rencontre la terre et la mer » a souligné, par la voix de son président, la nécessité de revoir la manière d’analyser les écosystèmes, et d’accroître les connaissances sur la mer. Examiner le littoral pour comprendre comment préserver la mer ne suffit pas : « il faut aller du haut bassin hydrographique à la haute mer », a soutenu Jérôme Bignon. Inscrire le lagon de Mayotte au patrimoine mondial de l’humanité ? « Sur les 20 000 habitants de l’île, 3 000 seulement sont raccordés à un système d’assainissement. Est il crédible de faire un parc marin ? Non, il faut commencer par un projet d’assainissement », a-t-il illustré. Bref, la défense de la qualité environnementale de la mer doit être envisagée avec un « grand angle ».
La France leader des poissons labélisés ?
Le deuxième groupe, « entre menaces et potentiels, une mer fragile et promesse d’avenir », s’est lui attelé à explorer les pistes qui concilient croissance, emploi et protection de l’environnement. Avec une conviction : « la France peut devenir un leader dans ce domaine, si de grands programmes sont mis en place » d’après Eric Giuily qui a également soutenu la nécessité absolue d’accroitre la connaissance sur le sujet, notamment avec la mise en place d’un « Observatoire de la biodiversité », une meilleure coordination des moyens, et l’appui sur les pôles de compétitivité. Parmi ses 150 propositions, le groupe propose notamment de travailler à imaginer les ports et les bateaux du futur, qui se plient aux critères du développement durable. Autre point soulevé : le soutien aux énergies renouvelables liées à la mer. Quant aux produits issus de la mer, ils ne sont pas oubliés : le groupe préconise notamment le développement de l’aquaculture. Et la possibilité de développer des missions complémentaires des pêcheurs a également été évoquée.
Cours de natation et gouvernance internationale
Le troisième groupe, consacré au sujet « partager la passion de la mer », avec tous les Français, et pas seulement ceux qui habitent sur le littoral a émis, lui, aussi de nombreuses préconisations. Avec un constat : la mer est mal connue, et peut être même mal aimée. Exemples : en Guadeloupe, la moitié des enfants ne savent pas nager. Et la Guyane ne dispose pas de laboratoire maritime. Sur un autre plan, « il y a des secteurs qui ne parviennent pas à embaucher. Il faut travailler sur l’attractivité des métiers maritimes », a souligné Christian Buchet, président du groupe, qui souligne la nécessité de valoriser le patrimoine maritime sur tous les plans, archéologique, culturel et scientifique. Le groupe a particulièrement insisté sur l’importance de l’Outre-mer, pour qui le développement des ressources maritimes représenterait l’enjeu d’une croissance durable. Parmi les moyens de sensibilisation possible, quelques propositions : la mise en place d’outil pédagogiques à concevoir avec l’Education Nationale, un inventaire du patrimoine national, ou encore, un « Erasmus de la mer ». Le dernier groupe s’est penché sur l’invention de nouvelles régulations, sous la houlette de Laurent Lucchini. Constat de base : au niveau international, « il n’y a pas d’organe décisionnel », a souligné le président du groupe, qui a décliné des propositions sur les différents plans, international, européen et national. Un enjeu central, y compris à ce niveau : aucun plan global ne pourra voir le jour sans véritable gouvernance.
Océan et argent
Certaines propositions, émanant de différents groupes, posent la question des ressources financières que le gouvernement pourra ou voudra trouver pour mener à bien le grand chantier maritime décrété « nouvelle frontière » du XXIe siècle par Jean-Louis Borloo. Ainsi, Laurent Lucchini a proposé la création d’un fonds national « mer et littoral pour financer des projets ». « Il faudra de l’argent », a confirmé Jérôme Bignon. A quand le plan de relance de la mer, vers un développement durable ?
Anne d’AUBREE
1- La consultation se déroule également sur le site internet www. legrenelle-mer.gouv.fr |
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