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Les Echos Judiciaires du 15 mai 2012
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Les technologies jouent double jeu avec la planète

 Sortie de nouveaux modèles irrésis-tibles, appareils qui fonctionnent de moins en moins longtemps… l’industrie électronique pousse à la consommation, dénonce l’association écologique, les Amis de la Terre. Mais des filières qui tentent de prolonger la durée d’utilisation de ces produits se développent. 

 Les chiffres sont criants. Les adolescents de 12 à 17 ans changent de téléphone portable tous les dix mois en moyenne. Pourtant, ces produits pourraient techniquement fonctionner durant quatre ans. C’est l’estimation du rapport sur « l’obsolescence programmée, symbole de la société de gaspillage », centré  sur les produits électriques et électroniques,  réalisé par  le CNIID, le Centre national d’information indépendante sur les déchets, et l’association écologique, Les Amis de la Terre. Celle-ci a présenté  cette étude, lors d’une table ronde, le 17 septembre à Paris, au cours des 11èmes Assises nationales de la prévention et gestion territoriale des déchets. 

Rides précoces

Pour l’association écologique, induire le consommateur à la course à la nouveauté technologique et à la mode constitue l’un des éléments de la stratégie marketing de  «  l’obsolescence programmée » des fabricants de matériel électrique et électronique.  Car en Europe, ces derniers sont confrontés à des marchés matures, de renouvellement, comme par exemple pour la téléphonie mobile. Résultat, il faut encourager le consommateur à en changer. Mais la conception  des produits aussi  induit à un renouvellement fréquent. Ainsi, la durée de vie des tubes cathodiques des  téléviseurs a décru, passant de dix à quinze ans pour les anciens modèles, à cinq ans environ pour les écrans plats. Et cette tendance est valable pour l’ensemble des appareils électroniques, estime le rapport.  Autre stratégie de l’industrie : proposer des appareils indémontables, à l’instar de l’Ipad , la tablette multimédia d’Apple, dotée d’accumulateurs directement moulés dans le plastique. Ou encore : ne favoriser en aucune façon la distribution de pièces de rechange. 

Vingt kilos de déchets par an 

En terme de production de déchets, cette stratégie «d’obsolescence programmée» pè-se lourd, estime l’association. En 2010, un Français achète environ six fois plus d’équipements électriques et électroniques qu’au début des années 90. Et, chaque année,  il se débarrasse d’une vingtaine de kilos de déchets de ce type. La plupart  des équipements finissent dans la poubelle, puis sont incinérés ou mis en décharge. Conclusion, «la production de déchets électriques et électroniques augmente de 2% par an», note Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre, qui constate une «exportation des problèmes de pollution», vers l’Afrique et l’Asie. En amont, ce mode de consommation pèse également sur la consommation de ressources naturelles. «Depuis trente ans, elle a augmenté de 50%», alerte Anne Bringault. Résultat, «on entre dans une ère de rareté», avec à la clé des problèmes écologiques, comme la déforestation indonésienne, mais également des problèmes sociaux, avec, par exemple, des déplacements de population. 

A la casse 

Pour sortir de ce cercle vicieux, «il faut une prise de conscience sur les produits que l’on achète. Il faut choisir des produits de qualité, réparables, et donner ceux dont on n’a plus besoin. On peut également acheter des produits d’occasion, et réparer des appareils en panne, pour les faire durer», préconise Anne Bringault. Bref, un changement radical de mode de consommation, puisqu’aujourd’hui, globalement, «on envoie tout à la casse»,  résume Benoit Varin, gérant de TIC ETHIC, société de conseil en stratégies de développement durable. Les pouvoirs publics  peuvent jouer un rôle  dans cette évolution, par exemple, en rendant obligatoire l’affichage de la durée de vie d’un produit. Au niveau local également, les collectivités peuvent  apporter leur contribution, en mettant en valeur  toutes les activités, commerciales ou associatives, qui permettent de faire durer plus longtemps des appareils, (comme la réparation), et  en favorisant leur passage d’un propriétaire à un autre, que ce soit par la vente, le don ou le troc. Guides de ces ressources, journées de sensibilisation… les collectivités ont d’autant plus intérêt à se mobiliser sur le sujet que «les activités de réemploi créent de l’emploi local», estime  Michael Copsidas, fondateur et directeur d’EcoGeste, qui  aide les collectivités locales à informer les citoyens sur le recyclage et le réemploi. 

Emmaüs à l’avant-garde 

Pour l’essentiel, aujourd’hui, c’est le secteur de l’économie sociale et solidaire qui s’est investi de ces problématiques de réemploi. Par exemple, les «Ateliers du bocage», une entreprise d’insertion sociale, membre d’Emmaüs,  effectue  la collecte et le recyclage des téléphones portables. Ceux qui sont réemployables sont réparés et revendus par les circuits de distribution d’Emmaüs, pour 10 à 50 euros, en fonction des modèles.  Ces ateliers peuvent traiter quelque 15 000 mobiles par mois. Mais, pour Benoit Varin, le réemploi, «ce n’est pas un outil au service de l’ insertion. Cela a un sens sociétal en soi». Bref, il faudrait développer une véritable filière. Mais les freins sont nombreux. Ainsi, une directive européenne transposée en droit français impose bien aux entreprises de rendre disponibles des «fiches techniques»  de leurs produits, qui pourraient permettre à des réparateurs de les dominer. Mais son application se heurte au souci des entreprises de conserver leurs secrets industriels. Autre préoccupation, «il faut se spécialiser sur un produit connu, défini, accéder aux compétences et aux pièces de rechange», poursuit Benoit Varin.  Pour la téléphonie mobile, par exemple, ce sont 3 000 modèles qui sont en circulation. Bref, cette filière est loin d’être simple à mettre en place, et sa viabilité économique reste à inventer. 

Les technos à la rescousse 

Mais d’autres moyens, plus immédiats,  existent pour faire évoluer les modes de consommation. Et, paradoxalement, les technologies, à la base de ces productions de déchets, peuvent également contribuer à les limiter. «Le réemploi a besoin des technologies pour se développer, pour fluidifier les échanges», explique Michael Copsidas, dont l’organisation met  notamment à disposition  des guides  sur le recyclage sur Internet. Le réseau peut apporter une contribution importante, dans ce domaine, y compris pour les échanges entre les individus, illustre Michael Copsidas. « Par exemple, on peut publier une vidéo pour montrer comment réparer un objet. L’outil est très adapté, c’est loin d’être anecdotique». De nombreux sites, forums, ou pages personnelles fournissent des conseils. Et il est également possible de passer à l’acte, notamment via les sites de vente entre particuliers, de troc ou de don. En France, déjà, plusieurs dizaines  sont actifs. 


Anne d’AUBREE


 



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5716 du 19/10/2010. Tout droit révervé.

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