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Pas moins d’une quarantaine de prix ont été décernés le 4 novembre à des collectivités décidées à promouvoir les « écoquartiers » ou à se transformer en «écocités». La densification et la fin de l’étalement urbain, ne se décrètent pas, rappellent toutefois les élus et aménageurs.
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A Berlin, un modèle de l’architecture durable
A Berlin, tout le monde connaît l’immeuble des Galeries Lafayette. Situé sur Friedrichstrasse, l’une des principales artères commerçantes de la capitale allemande, le bâtiment aux façades de verre, légèrement arrondi, est l’oeuvre de Jean Nouvel. « C’est un immeuble compact, ventilé, éclairé par la lumière naturelle », affirme le célèbre architecte français, qui y voit l’une de ses réalisations les plus adaptées à « l’urgence » de la construction durable. Le praticien se souvient d’un autre projet modèle à Tokyo. « Les décisions étaient prises. Mais une crise financière est intervenue et tout ce qui était ‘durable’, considéré comme trop cher par le client, a soudainement été annulé », regrette-t-il. L’architecte déduit de ces expériences qu’« il faut arrêter de construire à bas prix, car, à terme, le bon marché coûte cher ». Et pour cela, « les incitations politiques doivent être claires ». |
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Le député-maire de Grenoble, Michel Destot (PS), aime jouer les bons élèves. Alors que la plupart des élus, toutes tendances confondues, rejettent la réforme territoriale voulue par Nicolas Sarkozy, celui qui est aussi président de l’Association des grandes villes de France soutient depuis longtemps le renforcement du pouvoir des métropoles au détriment des départements, un des aspects importants de ladite réforme. L’élu met également en avant, aussi souvent que possible, sa ville « compacte » faite de quartiers denses et desservis par les transports en commun, qui répond ainsi aux critères du développement durable version 2010. Michel Destot avance toujours le même exemple pour étayer son propos : l’ancienne caserne de Bonne, située en centre-ville, transformée en quartier résidentiel abritant 850 habitations autour d’un parc urbain, parmi lesquels 35% de logements sociaux.
Des quartiers « innovants et écologiques »
La démarche du maire de Grenoble finit par porter ses fruits. Le quartier a reçu, le 4 novembre dernier, le grand prix du « palmarès Ecoquartier 2009 ». Ce trophée, imaginé l’an dernier par Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie et du Développement durable, récompense les projets de quartiers « innovants et écologiques » témoignant « de l’excellence des acteurs français de l’aménagement et de la construction ». Il s’agit clairement, admet-on au ministère, de placer quelques collectivités françaises au niveau des écoquartiers habituellement cités en exemple, qu’il s’agisse de Fribourg (Allemagne), Copenhague (Danemark) ou Malmö (Suède). Le jury, composé d’une trentaine d’élus, professionnels du bâtiment, universitaires et responsables associatifs, a également, conformément aux souhaits du ministre, désigné treize « écocités », des agglomérations de plus de 100 000 habitants, chacune déterminée à accueillir 50 000 habitants supplémentaires d’ici 25 ans en respectant les principes du Grenelle de l’environnement que sont la réduction de la part de la voiture, la sobriété énergétique ou le maintien de la biodiversité. Ainsi que le résume Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement, « on a compris qu’il fallait densifier les territoires pour limiter l’étalement urbain ». Pratiquement, toutes les métropoles françaises obtiennent, à un titre ou à un autre, un prix de la « ville durable ». Marseille, Bordeaux, Rennes, Montpellier ou Nantes deviennent des « écocités » tandis que l’on remarque, parmi les écoquartiers, outre Grenoble ou les rives de la Haute-Deûle, à Lille, toute une série de trophées thématiques, estampillés « petites villes », « biodiversité », « déchets » ou « éco-construction ». Le palmarès semble avoir été dicté, au moins en partie, par la nécessité de n’oublier aucun bord politique ni aucune des grandes régions, y compris l’outre-Mer. Quoi qu’il en soit, des mesures financières et des prêts bonifiés devraient accompagner l’ensemble des projets.
Convaincre les citoyens
Michel Destot est conscient que des trophées, même assortis d’un financement ad hoc, ne suffiront pas à inculquer à l’ensemble des habitants des villes les principes de la « durabilité ». « Beaucoup de nos concitoyens craignent que l’écologie ne soit antinomique du social et de l’économie », assure-t-il lors de la conférence sur la « ville durable » organisée juste avant la remise des prix. Le maire de Grenoble reconnaît qu’il est difficile de « se battre » contre l’étalement urbain lorsque la plupart des gens continuent d’utiliser « leur voiture en solo ». Le géographe Michel Lussault admet lui aussi qu’en la matière, « tous les discours sont vains ». Le pavillon entouré d’un jardin reste un rêve pour beaucoup. Or, seuls quelques privilégiés auraient pour l’heure, en France, accès à des logements répondant aux critères de la durabilité et permettant de bien vivre à l’intérieur des villes. « On fait un peu de très grande qualité pour un petit nombre de gens et beaucoup de médiocrité pour le plus grand nombre », assène le géographe. Pour l’architecte Claude Vasconi, « il faut interdire une fois pour toutes ces lotissements et les ronds-points qui vont avec ». Et de citer l’exemple de Sanaa, capitale du Yémen. « Le maire de la ville affirme qu’aucun caillou ne sera construit en-dehors des remparts tant qu’il y aura encore de la place dans la ville », rapporte le praticien. Plusieurs villes américaines, à l’instar de Portland (Oregon), pourtant située dans une région, à l’ouest du pays, où l’espace ne manque pas, ainsi que Cleveland (Ohio) ou Lexington (Kentucky), ont adopté le principe d’une « frontière de la croissance urbaine », en anglais « urban growth boundary », au-delà de laquelle l’urbanisation n’est pas autorisée.
La ville dense plus chère ?
Si l’ensemble des élus et aménageurs semblent aujourd’hui partager l’ambition d’une ville dense, l’architecte Christian Biecher met toutefois en garde ses pairs contre « l’écueil » de la « nostalgie ». Mieux vaut, à son avis, « traiter la ville comme un matériau existant, avec ses défauts et ses avantages », plutôt que de vouloir revenir de force à une cité enserrée dans ses murs. Pour l’aménageur Laurent Théry, « la ville d’aujourd’hui, c’est aussi les banlieues, l’habitat social, le périurbain ». La construction des écoquartiers se heurte selon lui à des considérations financières. « Il coûte plus cher de refaire la ville aux endroits où elle existe déjà plutôt que de construire là où il n’y a rien », relève-t-il. L’affirmation fait bondir Michel Destot. « Il est plus économe de construire la ville sur la ville », lâche le maire de Grenoble. « Au moment des travaux, on évite la rotation des camions. Et un quartier central est desservi par les transports en commun. En outre, la qualité de vie et des services dans les villes, exceptionnelle, constitue un facteur d’attractivité économique », ajoute-t-il.
Olivier RAZEMON
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