Le musée Marmottan Monet expose « La Collection Georges de Bellio » à l’apogée de l’impressionnisme. Bellio a fait preuve d’ouverture d’esprit en achetant des œuvres de Claude Monet et de Camille Pissarro alors qu’ils étaient encore inconnus. On admire le « Soleil levant » de Monet, l’autoportrait de Renoir, etc. Rappelons que Pissarro était le fils d’un israélite bordelais ; son « Jardin des Mathurins à Pontoise » a suscité notre admiration.
Galliera propose « Les Années folles » 1919-1929. Au sortir de la Première Guerre mondiale, chacun était en appétit de mouvement, de vitesse, de frénésie.
Les femmes coupent leurs cheveux ; c’est le triomphe du charleston, des lamés métalliques, des franges satins et mousselines. L’influence de Paul Poiret est forte. L’époque est marquée par les créations de Patou, Lelong, Lanvin, Chanel, etc. Parfums et cosmétiques ne sont pas en reste : Lanvin lance « My Sin », Guerlain commercialise Shalimar, Roger et Gallet fait appel à Lalique pour certains jus, tandis que Baccarat habille des extraits de Bourjois. La femme qui se croit libérée, moderne, émancipée, se réfère à des femmes fortes comme George Sand et Rosa Bonheur. Jusqu’au 29 février le musée Baccarat présente « Les Années 20, un souffle de modernité ». Les objets présentés expriment tous élégance, raffinement, pureté et géométrie. Opale, clair ou noir, le cristal soufflé, doublé, triplé ou taillé, s’inscrit dans le champ du luxe. Les grands commanditaires : Caron, Dior, Annick Goutal, Guerlain, Patou, Burberry, Lolita Lempicka et autres, exigent des flacons exceptionnels. Hommage est rendu au travail du Bordelais Louis Süe, décorateur attitré de Patou.
Jusqu’au 27 janvier, la Pinacothèque de Paris célèbre Chaïm Soutine, ami de Kikoïne et Kremegne, et arrivé à Paris en 1913. Il vit dans une grande solitude et une précarité financière. Soutine travaille fort dans le Midi ; souvent déçu par ses œuvres, il en renie le caractère tourmenté ou déformé. Il les rachète, les échange ou les détruit. En 1927, Soutine commence à correspondre avec Elie Faure. En 1928, il fait un premier séjour chez Faure près de Bordeaux, et tombe amoureux de sa fille, d’où sa brouille avec l’historien d’art girondin. Le service Jules Vieillard (ci-contre) de 166 pièces, en faïence fine à décor polychrome se situe dans le style japonais d’animaux de basse-cour et volatiles. Nous avons retrouvé les dessins de Redon au musée d’Orsay (exposition jusqu’au 6 janvier). Redon a profondément renouvelé la pratique du fusain et du pastel en France vers 1880-1890. Hostile à l’apprentissage académique du dessin, il est resté différent des autres, et indépendant. Il faut relire le récit autobiographique du Bordelais : « A soi-même ». Le pastel l’aide à rajeunir, lui permet de travailler sans fatigue. La singularité de sa pratique explique son sentiment d’isolement. Pour Redon, le fusain est une matière colorée, un pastel noir. Certaines œuvres traduisent sa souffrance morale et psychologique. Son imaginaire et son iconographie ont dérouté nombre de ses contemporains ; son symbolisme est une forme de naturalisme. Il revendique l’influence de Goya et de Rembrandt.
Mitsukoshi Etoile présente les œuvres sublimes du grand maître Uemura : « Oiseaux de brume, oiseaux de lune ». La difficulté du style yohaku consiste à conférer à l’espace vide et sans forme, une véritable réalité.
Redon a ressenti cet attrait quand il découvre les estampes ukiyo-e, et a tenté d’en intégrer le principe dans ses toiles. Dès le 6e siècle, l’artiste nippon se préoccupe de saisir le « Ki » souffle primordial qui anime toutes les créatures.
Jusqu’au 7 janvier, le Louvre célèbre avec splendeur « L’Art de l’Iran safaride » et les « Chefs d’œuvre islamiques de l’Aga Khan Museum ». Le thème ultime de la culture iranienne est la beauté du monde. Cet art conceptuel est dominé par les symboles : souvent incompris, il peut donner l’illusion d’être voué au décor. Chaque détail est chargé de sens : ici tout est métaphore. Ceci nous ramène à Gobineau et au grand girondin Dumézil, qui a bien perçu la complexité de cette civilisation très éloignée de l’Occident. L’autre exposition du Louvre est consacrée au futur musée de l’Aga Khan à Toronto. Elle met en valeur la calligraphie ; l’écriture peut même jouer un rôle magico-thérapeutique. De la copie du Coran jaillit un foisonnement artistique : ici l’ismaélisme est lié au chiisme. Superbes sont les miniatures, les coupes, encriers et autres aiguières… On comparera avec les « Chefs d’œuvre de l’Islam » au musée des Arts décoratifs où l’on retrouve le rôle joué par le collectionneur Albert Goupil. A lire absolument : « Histoire de l’Iran et des Iraniens » par J. P. Roux, et « L’Iran au 20ème siècle » par Digard, Hourcade et Richard.
Le Centre Pompidou a rendu hommage au cinéaste iranien Kiarostami, et a présenté sa stratégie pour les années à venir. Institution de référence, le Centre a une identité forte et connaît un grand succès populaire. Le nom est connu dans le monde entier et la pluridisciplinarité appréciée. Il y a 30 ans, le Centre était quasiment seul à donner accès à l’art contemporain. Le numérique est arrivé et il faut s’adapter à cette révolution. Le nouveau Président souhaite élargir les publics, reformuler les missions, clarifier les priorités et définir des projets stratégiques. En 2009, s’ouvrira le Centre Pompidou de Metz ; en 2010 s’ouvriront le Centre Pompidou Alma et une grande exposition sur l’Inde. Rappelons qu’Alfred Pacquement, directeur du Musée national d’Art Moderne/Centre de Création industrielle, a des origines bordelaises.
S.R.
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