Les Japonais lisent massivement leur manga favori sur leur téléphone portable. Ici, éditeurs traditionnels et nouveaux venus s’ingénient à nous téléphoner des histoires nouvelles ou …carrément rétro.
Le téléphone portable du XXIe siècle conduit-il tout droit à l’écriture du passé, à savoir aux feuilletons, ces histoires racontées jour après jour dans les journaux du début du XXe siècle ? Ou bien, les créations d’artistes totalement disjonctées vont-elles envahir ces tout- petits écrans ? Editeurs traditionnels et nouveaux venus s’appliquent en tout cas à trouver des contenus à proposer aux « mobinautes », ces internautes connectés via leur téléphone portable. Le 27 mars dernier, lors d’une table ronde au Salon du livre, à Paris, ils se sont réunis pour explorer les pistes du possible.
Retour au feuilleton
Le retour au bon vieux feuilleton, c’est là-dessus que mise SmartNovel. Cet éditeur en herbe propose des contenus exclusivement sur téléphone mobile, permettant de recevoir quotidiennement des histoires courtes sur son Iphone.
Il suffit pour cela de télécharger une application gratuite. «Nous accompagnons la mobilité par une proposition de contenu au quotidien », commente Jean-Charles Fitoussi, Pdg de SmartNovel. Au départ, la société a voulu « créer un catalogue avec des auteurs d’aujourd’hui. Le but est de faire venir les personnes à la lecture mobile, en leur proposant des auteurs qu’ils aiment », explique Jean-Charles Fitoussi, qui a convaincu des auteurs aussi prestigieux que Marie Desplechin ou Didier van Cauwelaert d’écrire pour la toute jeune maison d’édition.
Marketing mobile
Pour un éditeur déjà établi, comme le Diable Vauvert, en revanche, le mobile représente d’abord un complément à sa stratégie de diffusion et de promotion. L’éditeur s’est lancé au début de l’année, en proposant lui aussi, une application gratuite pour l’Iphone. Celle-ci permet d’accéder à l’actualité et au catalogue des ouvrages papier de l’éditeur.
Mais on trouve également du contenu. Pèle-mêle, romans entiers, extraits, en version payante ou gratuite, bonus audio et vidéo. L’éditeur déclare y trouver son compte. « Le gratuit fait vendre », estime Charles Recoursé , citant l’exemple d’un roman mis en téléchargement gratuit pendant une semaine, puis vendu. « Nous avons eu 800 téléchargements en une semaine, puis nous avons vendu 6 000 exemplaires papier en un mois », illustre-t-il. Les combinaisons possibles n’ont d’autres limites que celles de l’imagination de l’éditeur : offrir les premiers chapitres avant la parution papier ; proposer des premiers chapitres gratuits, puis, passer au payant en ligne…
Une biographie progressive
Au-delà des possibilités marketing, le mobile va-t-il changer l’écriture ? « On vit un moment très amusant. Tout est à réinventer avec ce nouveau support, et ce dernier influence toujours le contenu », s’enthousiasme Samuel Petit, représentant d’Actialuna, une petite société qui travaille sur l’ergonomie de la lecture sur mobile. En clair : le téléphone portable, avec sa lecture fractionnée, appelle des fonctionnalités nouvelles, comme un « résumé progressif », ou une « biographie progressive » d’un personnage, fonction du moment de l’intrigue où le lecteur reprend son mobile. Des projets dans les cartons, pour l’instant. Mais en plus d’inaugurer ces nouvelles façons de lire, le téléphone portable pourrait abriter de nouvelles formes de création. « Dans l’art contemporain, des artistes travaillent le graphisme en animation, intéressant à intégrer dans ces supports », juge Samuel Petit.
Penser en station de métro
Et déjà, la pratique de l’écriture change. « Nous pensons en station de métro. Nous imposons des règles particulières aux auteurs. Par exemple, nous leur demandons d’éviter la complexité des fresques romanesques du XIXe siècle. Il faut éviter d’avoir quinze personnages. Dans les séries TV, par exemple, on les repère tout de suite, et on les retrouve tout au long de l’histoire », explique Jean-Charles Fitoussi. Pour lui, pourtant, « l’objectif n’est pas d’encourager de nouvelles formes d’écriture ». Mais, voilà, les manuscrits (numériques) ont afflué, et SmartNovel se lance à présent dans une opération destinée à encourager les nouveaux talents, en collaboration avec la Ville de Paris. En mai, durant « Paris en toutes lettres » les premiers épisodes des manuscrits reçus par la petite maison d’édition seront évalués et mis en valeur.
Pour le coup, l’opération consiste à « faire émerger de nouveaux talents », ajoute Jean-Charles Fitoussi. Reste à savoir, si et quand de nouvelles pratiques vont réellement se diffuser. Et cela, avoue Jean-Charles Fitoussi, « on n’en sait rien ». Pourtant, l’enjeu est de taille, souligne Charles Recoursé. « Nous parlons à une clientèle jeune. Avec l’édition sur support mobile, la lecture devient plus sexy. C’est une façon de la réintégrer dans la culture des jeunes. Va-t-on, avec le livre de demain, avec de nouveaux outils, leur redonner le goût de la lecture » ?
Anne d’AUBREE
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