Blog ou pas blog… Face à la marée des réseaux sociaux, les ministres adoptent des stratégies différentes. Mais tous ne font pas preuve d’enthousiasme... Les membres du gouvernement Fillon se sentent-ils chez eux, sur la toile ? Nicolas Sarkozy avait déjà perçu l’enjeu- du moins médiatique - de ces pratiques nouvelles en 2005: alors ministre de l’Intérieur, c’est sur le blog de Loïc Le Meur, un entrepreneur de l’Internet, qu’il avait commencé à laisser planer le doute sur sa candidature à l’élection présidentielle. De fait, loin d’être anecdotiques, les pratiques issues des nouvelles technologies de l’information, qui substituent le réseau à la hiérarchie, bouleversent la relation entre les citoyens et les hommes et les femmes politiques. Ces derniers ont-ils pris la mesure du changement ? Une partie seulement du gouvernement a investi les réseaux sociaux. Sur ces terrains là, les effets d’affichage ne trompent personne.
Le grand écart
Aujourd’hui, au sein du gouvernement, c’est le grand écart entre des ministres adeptes des réseaux sociaux, qui ont intégré ces derniers dans leur stratégie de présence politique, et d’autres, qui s’en tiennent prudemment à l’écart. A un extrême, Christine Albanel, ex-ministre de la Culture, n’était parvenue qu’à déchainer l’ire de la communauté des Internautes, par ses déclarations maladroites (effectuées par voie de presse). A l’autre extrême, François Fillon, Premier ministre et technophile de la première heure, tient un blog, et n’hésite pas à délivrer des interviews dans des journaux spécialisés en informatique. Mais la vraie « geek »- praticienne assidue des nouveaux modes de relation issus des technologies de l’information - du gouvernement, est Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle secrétaire d’Etat au développement de l’Economie numérique et à la Prospective. Elle est notamment le membre du gouvernement la plus active sur les réseaux sociaux, d’après l’étude menée par Human to Human, agence interactive. Celle-ci a analysé la présence, au 30 juin 2009, des 38 ministres et secrétaires d’Etat sur la blogosphère, Facebook, les plate-formes de partage de vidéos (Dailymotion et YouTube) et Twitter.
44 016 friends et une geek
Au total, 31 membres du gouvernement sur 38 sont actifs sur au moins un média social, d’après Human to Human. En revanche, 5% seulement d’entre eux sont présents sur les quatre médias (blog, Facebook, Twitter et plate-forme vidéo), ce qui implique une véritable stratégie. Pour l’essentiel, c’est Facebook qui recueille les faveurs des ministres : 28 d’entre eux y sont présents. Cependant, pour une petite dizaine d’entre eux, la maitrise de leur profil semble leur avoir échappé : ce sont des Internautes qui en ont pris le contrôle. Les vingt ministres officiellement actifs, eux, fédèrent 44 016 « friends », et la page « fan » du président de la République compte à elle seule 122 790 inscrits. Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, et Nathalie Kosciusko-Morizet ont dû, eux aussi, associer une page «fan» à leur page personnelle : ils dépassaient la limite autorisée de 5 000 amis. Sur Facebook, Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple, raconte longuement ses entretiens avec l’équipe d’Obama en charge de l’internet. Bref, un véritable contenu, qui en a fait l’un des membres du gouvernement le plus appréciés sur ce réseau social. C’est également elle qui tient la palme sur Twitter, l’outil de microblogging, qui permet d’envoyer des messages très courts : plus de 5 000 « followers » ont choisi de recevoir ses écrits. Et elle répond aux éventuelles réactions.
Neufs blogs et un dialogue limité
D’autres ministres préfèrent blogger : au total, sur l’année 2009, les neuf ministres qui ont choisi de dialoguer de la sorte avec les Internautes ont publié 403 billets. Les publications des ministres ont généré 2 657 commentaires, soit 6,5 par article. Le secrétaire d’Etat à la Coopération et la Francophonie, Alain Joyandet, est le plus actif des ministres bloggeurs. En revanche, le nombre de commentaires à ses billets est très bas. Chez Eric Woerth, il est carrément nul, puisque le ministre du Budget ne laisse pas à ses lecteurs la possibilité de commenter ses écrits. Car de fait, l’engouement des ministres pour le potentiel de dialogue des technologies de l’information a de sérieuses limites. Ainsi, sur Facebook, dans l’ensemble, l’activité des ministres se limite à y rediffuser une information déjà présente sur le site internet de leur ministère, à savoir leur agenda. Côté blog, certains ont carrément préféré fermer le leur, à leur arrivée au gouvernement. C’est notamment le cas de Xavier Darcos, bloggeur depuis avril 2005, ou de Luc Chatel. Et le problème ne s’est pas posé pour Michèle Alliot-Marie, Bernard Kouchner, Christine Lagarde, ou Brice Hortefeux, qui n’en tiennent pas. Effet « poids lourd du gouvernement », ou effet générationnel ?
Anne d’AUBREE
|