Internet a déjà fait irruption dans les campagnes présidentielles précédentes. Néanmoins, les attentes des Français par rapport à ce nouveau média demeurent assez traditionnelles. Les conseillers Internet des candidats risquent d’être déçus...
En matière d’information politique, le petit écran demeure le roi, à l’heure des smartphones, de l’Internet haut débit partout et de l’interactivité. D’après un sondage Ipsos réalisé pour Microsoft et paru en novembre, plus de 70% des Français déclarent utiliser la télévision au mois une fois par jour pour s’informer en matière de politique, contre 56% pour la radio. Néanmoins, Internet, qui progresse comme source d’information, dépasse déjà la presse papier : presque un tiers des interviewés se connectent pour s’informer chaque jour, alors qu’ils sont moins d’un quart à se plonger quotidiennement dans un journal papier. Mieux, chez les moins de 35 ans, le Net est presque autant utilisé que la radio pour s’informer sur la politique.
Du vieux avec du neuf ?
Par ailleurs, « les Français sont également attachés aux formats journalistiques traditionnels », note l’étude. En matière politique, le très classique ‘Journal télévisé’ est très largement plébiscité, suivi de certaines émissions humoristiques, ou même de la lecture d’articles papier et en ligne. En revanche, les nouveaux formats proposés par Internet n’attirent pour l’instant qu’une petite fraction des individus. Ainsi, 16% seulement des Français apprécient les commentaires postés au bas des articles publiés sur Internet. Et ils sont encore moins nombreux à trouver intéressantes les discussions sur les messageries instantanées. Bref, à l’heure où les réseaux sociaux, Facebook en tête, ravissent la vedette aux moteurs de recherche, comme mode d’accès à l’information, la politique se révèle être un domaine particulier. D’après le sondage, les internautes préfèrent consulter des portails d’information comme Yahoo, ou encore des médias traditionnels qui ont migré sur le Net, comme le site du quotidien Le Monde. Et pour l’instant, les médias nés sur Internet, comme Mediapart ou Rue89, recueillent moins de suffrages que leurs prédécesseurs, y compris chez les plus jeunes.
Clef politique
Au total, une majorité d’internautes semble se servir d’Internet comme d’un média équivalent aux autres. Et c’est ainsi, que beaucoup le considèrent : pour environ 40% d’entre eux, cette nouvelle source d’information n’a pas d’impact spécifique sur la vie politique. Certains défauts sont néanmoins identifiés et attribués à Internet : parmi eux, figure en tête le potentiel de diffusion des rumeurs, suivi par la difficulté d’identifier les sources d’information et de trouver des informations réellement pertinentes. A l’inverse, près des trois quarts des interviewés jugent qu’Internet « est aussi un formidable outil d’expression citoyenne et politique », afin de donner la parole à tous les citoyens, librement. Et 60% estiment qu’il permet d’échanger des idées et de discuter. Mais, au-delà de cette déclaration de principe, 14% seulement des internautes comptent utiliser concrètement le potentiel du Net ( forum, commentaire sur des articles… ) pour discuter de la prochaine campagne présidentielle. Et ils sont moins nombreux encore à envisager de donner leur adresse courriel à un parti politique, ou à publier eux-mêmes des liens vers du contenu politique, sur un réseau social. Pour l’instant, ils se contenteront de s’informer sur la Toile : un sur deux compte aller surfer sur les sites ou les blogs des candidats, pour connaitre leur programme. Bref, aucun candidat à l’élection présidentielle ne pourrait se permettre aujourd’hui de ne pas intégrer la dimension Internet et réseaux sociaux dans sa stratégie de campagne. Néanmoins, il serait tout aussi illusoire d’imaginer en faire un usage militant, afin de recueillir des fonds, de mobiliser largement, de recruter et d’organiser des actions, de manière aussi massive que Barack Obama l’a fait aux Etats-Unis. Pis, la clef est peut être-moins technologique que politique, commentait dans un communiqué Ipsos, Jean-Marie Charon, sociologue et chercheur au CNRS :« Il n’y a pas de miracle ‘technologique’ en matière d’engagement ou de participation active à la campagne électorale et au débat qu’elle suscitera. Les comportements à l’égard d’Internet semblent devoir enregistrer et accompagner le faible niveau d’engagement des Français à l’égard du politique en général ».
Anne d’AUBREE
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