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Les Echos Judiciaires du 03 février 2012
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Nouvelles technologies : les Français font l’apprentissage de la vie virtuelle

Inquiets, mais légers : les Français redoutent l’utilisation qui peut être faite de leurs données personnelles sur Internet, ce qui ne les empêchent pas, pour certains, de les diffuser à tout va.

« Nous avons été trop vite ». En mai dernier, Mark Zuckerberg, tout jeune fondateur de Facebook, réseau social qui compte environ 400 millions d’utilisateurs, fait son mea culpa : face à la  bronca de groupes d’internautes inquiets de la possible utilisation de leurs données personnelles à des fins commerciales, le roi des réseaux sociaux promet de modifier les conditions d’utilisation de son site. Car diffuser ses données personnelles sur Internet n’est pas sans conséquences. En 2009, le journal Le tigre en a fait la démonstration : en recueillant sur Internet les données personnelles volontairement diffusées par un internaute lambda, le journal a pu en dresser un portrait très précis. L’intéressé a été très  - désagréablement - surpris. Comme lui, les Français nourrissent un rapport complexe à leur vie privée dans ce nouvel espace dont les règles s’inventent au jour le jour. C’est ce que confirme un sondage, mené auprès de 1 200 personnes par TNS Sofres pour le compte de Microsoft, éditeur de logiciels (actuellement en train de faire la promotion de ses nouveaux outils destinés à aider l’Internaute dans la gestion de ses données personnelles) et présenté le 27 mai, à Paris. 

Inquiétude massivement théorique

L’enjeu est de taille, d’après le sociologue Jean-Claude Kauffmann, invité à commenter l’étude. Pour le chercheur, en effet, l’image de soi est  constitutive de l’identité d’un individu. Or, « ces traces restent sur la Toile. ( …). On ne dépose pas seulement des données personnelles. C’est une part de soi ». Les Français ne s’y trompent pas : 75% d’entre eux se déclarent  inquiets de l’utilisation qui peut être faite des traces qu’ils laissent volontairement ou pas sur Internet,  d’après le sondage. Seul souci, «  ce n’est pas parce que les Français sont inquiets qu’ils prennent des mesures », commente Brice Teinturier, directeur général adjoint de l’institut de sondages. «  Il y a un paradoxe de la confiance. Les gens se disent inquiets, mais dès qu’ils se transforment en internautes, ils ne sont plus sur la Toile, ce nouveau monde, mais dans un petit monde à eux, où ils se sentent vite en confiance, en relation avec des personnes qui deviennent des proches, voire des intimes, à qui on peut se livrer sans risque d’emprise, car on peut tout débrancher », analyse Jean-Claude Kauffmann.

Préoccupation au féminin 

C’est surtout les pirates informatiques que redoutent les internautes. Mais ils sont également inquiets du fait que « n’importe qui » puisse accéder à leurs informations. Et les entreprises privées et les pouvoirs publics sont également perçus comme indésirables. Les femmes entre 35 et 49 ans et les personnes plus âgées se montrent particulièrement préoccupées de l’utilisation qui peut être faite de leurs données. En revanche, les cadres et les professions intellectuelles sont moins sensibles à la question. « Nous sommes dans un univers où la question de la maîtrise est essentielle. Et  plus on se connecte, plus on a un sentiment de maîtrise », souligne Brice Teinturier. Or, « les gens pensent que les informations sur Internet sont difficiles à maîtriser », estime Jean-Claude Kauffman, qu’il s’agisse d’informations fournies volontairement par l’individu ou de traces laissées à son insu lors de la navigation. Logiquement, les Internautes qui considèrent qu’il est difficile de maîtriser ses données sur Internet sont également les plus inquiets, même si ce sentiment n’épargne pas les autres.

Comment on fait ?

Mais, c’est là que le bât blesse, en l’absence de maîtrise, «  la surveillance de son identité numérique est encore peu développée », estime Brice Teinturier. Si 53% des Internautes ont déjà effectué une recherche sur la Toile sur une personne de leur entourage, moins de la moitié ont déjà fait la même démarche … sur eux-mêmes. Et  4% seulement  le font régulièrement. Bref, veiller sur son image sur Internet, savoir quelles informations circulent sur son propre compte, est très loin d’être une habitude courante. Pis, si 58% des internautes estiment que naviguer sur Internet en mode « privé », (en évitant de laisser des traces partout),  est utile, ce credo demeure pour bonne partie théorique : 31% des sondés connaissent la possibilité d’effacer ses données personnelles qui s’enregistrent automatiquement lors de la navigation, mais admettent ne pas savoir s’en servir. «  L’accès à la maîtrise de certains outils est très inégale », commente  Brice Teinturier. Or, elle seule  permet de gérer correctement la diffusion volontaire de ses données sur le Net.

Casseroles virtuelles

Pour l’instant, les écarts entre l’inquiétude déclarée et les mesures prises par les internautes témoignent d’une identité numérique « assez mouvante », analyse Brice Teinturier. Ainsi, les internautes affirment être plus disposés à donner des informations personnelles sur leurs goûts ou leur identité dans le monde physique qu’en ligne. Et, si 64% des individus sont partants pour communiquer leurs préférences culturelles dans le monde physique, ce taux tombe à 52% sur Internet.  La tendance est encore plus nette sur les coordonnées, comme un numéro de téléphone ou une adresse physique : même les plus jeunes, plus prompts à s’exposer sur Internet, sont réticents. Concernant leurs photos personnelles, seuls 17% des sondés se déclarent d’accord pour les diffuser sur le Net. Mais, « dans la pratique, c’est tout le contraire. On voit des photos sur les blogs de jeunes mamans, avec bébé, ou d’autres types de photos sur les sites de rencontre et de drague », rappelle Jean-Claude Kauffmann, qui souligne que des comportements désinvoltes se transforment en « casseroles virtuelles ».




Anne d’AUBREE



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5683 du 25/06/2010. Tout droit révervé.

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