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Les Echos Judiciaires du 07 février 2012
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Suivez le web : Devenir producteur de musique ou de cinéma par internet

Il est des métiers qui, à tort ou à raison, sont particulièrement recherchés, notamment ceux qui se rapportent à la communication, au journalisme, à l’audiovisuel, à l’écriture, et où on ne pénètre pas facilement. Sauf si Internet permet d’ouvrir la porte. Nous avons parlé de l’initiative de l’éditeur Jean-Paul Bertrand qui propose de co-financer un livre dont on a lu le manuscrit. Dans le domaine de la musique, un coup sensationnel fut réussi par www.mymajorcompany.com, label musical lancé sur le web par Simon Istolainen, 25 ans. Les chanteurs et chanteuses pouvaient y proposer leurs œuvres et les internautes financer la production des artistes en lesquels ils croyaient. Tel Grégoire, le premier des chanteurs Internet

à succès avec 700 000 albums vendus, et cela continue cette année. Les internautes, dont la plupart n’ont investi que 10 euros, vont se partager

300 000 euros. D’autres ont voulu exploiter le filon avec des sites similaires comme : www.allinmymusic.com, www.akamusic.com  www.Buzzmyband.com, qui a mis sur orbite le rappeur 100 priz, www.SellaBand.com. Néanmoins, le phénomène Grégoire ne s’est pas encore reproduit. Simon Istolainen a transposé la formule du co-financement sur le cinéma avec www.Peopleforcinema.com. Il a obtenu le soutien de divers partenaires, surtout des distributeurs, et du site « Allo ciné » pour aider au financement et à la promotion de films grand public, français ou étrangers, prochainement à l’affiche ou en tournage. Les internautes peuvent prendre des parts avec une mise minimale de 20 euros et toucheront au prorata de leur souscription une portion des bénéfices versés au site par les distributeurs et non par les producteurs qui sont payés moins vite sur les recettes.

Un des pionniers dans le genre fut www.wehaveadream.com qui propose à ses clients de réaliser leurs rêves : assister à des concerts évènements, achever la Sagrada Familia à Barcelone, devenir propriétaire de vignobles et aussi produire des films. Au départ, il ne s’agit que d’idées parfois utopiques comme celle de proposer des matchs de tennis avec les plus grands champions pour partenaires. Les internautes décrivent leurs rêves, il faut ensuite trouver des souscripteurs pour les réaliser, ce qui n’a rien d’évident.  Il y a deux ans, après les 1 500 000 spectateurs attirés par «Largo Winch», il était possible d’acquérir des parts de production à 35 euros pour la suite « Largo Winch 2 ». Les co-producteurs devront être patients, ce numéro 2 reste encore à l’état de projet. Nicolas Bailly, producteur de films, a lancé www.Touscoprod.com. Même système avec parts de 25 euros à souscrire. Mais il veut se limiter à des films à petit budget, ceux qui ne coûtent pas cher et peuvent rapporter gros lorsque, parfois, l’un d’eux défie tous les pronostics, tel « Le Petit Nicolas », champion des recettes 2009, égalant celles de « Harry Potter ». A voir aussi www.motionsponsor.com. Les systèmes ne diffèrent guère. Le site fixe le prix de la part et un plafond de financement qui se situe généralement entre 50 000 et 100 000 euros. Une fois le chiffre atteint, la souscription est close. Alors que le prix moyen d’une production française tourne autour de 5 millions d’euros, cette somme paraît quelque peu dérisoire, même si aucun producteur ou distributeur ne la dédaigne. Cependant, elle peut apporter une aide à ces débutants passionnés qui tournent avec des bouts de ficelle, et alimenter ainsi le cinéma d’art et essai. Les internautes-investisseurs ne doivent pas se faire d’illusion. Les chances de faire fortune ne sont guère supérieures à celle des loteries. La production française vit sous assistance, grâce aux divers fonds d’aide. Les chaînes de télévision apportent les fonds les plus importants. Peu de films font des bénéfices. En cas de succès, la part payée au site sera, à peu près, toujours minime. « Peopleforcinéma », entré dans le budget du « Siffleur », reconnaît que le film devait totaliser au moins 900 000 entrées pour seulement rembourser les parts et ce ne sera pas le cas. Sur 200 films français en 2009, une vingtaine seulement ont atteint ce chiffre. Les seuls gagnants sans risques sont les créateurs des sites qui prélèvent 10 à 20 % sur les montants souscrits et ne remboursent rien en cas d’échec. Ne pas espérer un contrat de producteur, remplacé par un simple reçu. Et bien malin celui qui pourra contrôler les comptes très compliqués d’une production. Il est aussi promis divers avantages, avants-premières, présence au tournage, au montage, avis à donner sur les interprètes et l’affiche. Et là encore, il y a du miroir aux alouettes. Tout journaliste de cinéma sait à quel point il est difficile d’accéder aux tournages. Comment inviter à ceux-ci, ainsi qu’aux avant-premières, des milliers de postulants. Quelques-uns bénéficieront de projections-tests. Tous pourront lire le scénario, mais leur opinion ne comptera guère quant au choix des interprètes, réservé au réalisateur. Le nom du co-producteur doit figurer au générique. Il faudra employer de tous petits caractères. La co-production par Internet doit surtout faire figure de jeu passionnant pour les cinéphiles. D’autres aimeront frimer en inscrivant « producteur de cinéma » sur leur carte de visite. Pour devenir un vrai co-producteur avec risques réduits, mieux vaudrait acquérir des Sofica, fonds d’investissement de l’audiovisuel. Plafond 18 000 euros, argent bloqué pendant 5 ans.  La somme versée n’est que rarement remboursée dans sa totalité, le profit provenant de la réduction d’impôt de 48 % (parfois 40 %). Réservées donc aux personnes aisées, les Sofica sont surtout accessibles aux professionnels. Il s’en trouve parfois sur Internet et il faut alors souscrire rapidement.


Philippe DAGUERRE



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5698-5699 du 20/08/2010. Tout droit révervé.

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