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La sortie de l’euro, solution aux problèmes européens ?

Économie 12 mai 2017

La zone euro fait face à des problèmes économiques structurels nombreux, qu’elle ne parvient pas à résoudre sans heurts. D’où l’émergence d’une solution radicale à la faveur de la campagne présidentielle en France : la sortie de l’euro !

Le Frexit, néologisme désignant la sortie de la France de la zone euro, s’est imposé dans le débat politique français avec des candidats à la présidentielle comme François Asselineau, Jean-Luc Mélenchon ou Nicolas Dupont-Aignan…et Marine Le Pen, présente au second tour. Encore impensable il y a seulement cinq ans, cette proposition est désormais devenue un marqueur politique fort entre européistes et souverainistes. Pour le comprendre, il faut garder à l’esprit que la zone euro fait face à plusieurs problèmes économiques structurels graves.

Les problèmes de la zone euro

Tout d’abord, lorsqu’un pays de la zone euro a un déficit extérieur structurel, il ne peut évidemment plus dévaluer sa monnaie pour regagner en compétitivité-coût. Il se voit alors contraint de mettre en œuvre une dévaluation interne, consistant en une baisse de coûts salariaux et des prix, ce qui débouche, à court terme au moins, sur une compression de l’activité et une hausse du chômage.

De plus, les États membres de la zone euro se sont lancés dans une course au moins-disant fiscal, au moment même où pour éviter la dépression globale dans la zone euro, il eût été indispensable de coordonner un minimum les politiques économiques lorsqu’elles génèrent des externalités, c’est-à-dire ont un impact sur les pays voisins, comme c’est le cas de la fiscalité.

Tout aussi grave, mais moins visible certainement, les capitaux privés circulent mal, voire pas du tout, entre les différents pays de la zone euro, comme le prouve le fait que les banques détiennent dans leur portefeuille essentiellement des titres de dette publique de leur pays et que les marchés interbancaires des pays de la zone euro sont désolidarisés. Une telle segmentation des marchés de capitaux rend par conséquent la zone euro inefficace sur le plan économique, en ce sens qu’elle empêche l’épargne de s’investir dans les projets les plus rentables et conduit à une divergence inévitable des taux d’intérêt souverains à long terme. Or, c’est précisément pour assurer une allocation optimale de l’épargne et des taux bas que la monnaie unique avait été créée…

Enfin, alors qu’entre 1999 et 2007, la zone euro avait en moyenne une légère insuffisance d’épargne, depuis 2012 elle fait face à un énorme excès d’épargne qui résulte d’une demande intérieure anémiée. Plus précisément, les pays avec de forts excédents extérieurs comme l’Allemagne préfèrent prêter leur manne financière hors UE plutôt qu’aux autres États de la zone euro en déficit extérieur. Pour corriger l’hétérogénéité des économies de la zone euro, il faudrait normalement disposer d’un mécanisme de transferts obligatoires de revenus entre États, ce qui revient à parler de fédéralisme européen, terme honni outre-Rhin…

La sortie de l’euro comme ultime recours ?

Pour regagner en compétitivité-coût par la dévaluation monétaire, récupérer des marges de manœuvre budgétaires et relancer l’activité, certains économistes à l’instar de Jacques Sapir ou Cédric Durand préconisent dès lors une sortie de l’euro qui, pour être efficace et limiter les inévitables conséquences négatives (inflation, hausse des taux d’intérêt, fuites de capitaux, etc.), devra nécessairement s’accompagner d’un contrôle des mouvements de capitaux. Le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, envisage quant à lui une séparation à l’amiable des États membres, dans la mesure où le carcan budgétaire et les multiples règles n’ont pas permis de corriger les déséquilibres structurels au sein de la zone euro.

Face à eux, de nombreux économistes tout aussi prestigieux (Thomas Piketty, Philippe Martin…) en appellent plutôt à un changement en profondeur des institutions européennes actuelles, arguant du coût faramineux d’un Frexit. En effet, comme les pays ont accumulé les uns vis-à-vis des autres des dettes et des actifs extérieurs bruts très importants, si l’un d’entre eux sortait de la zone euro, il verrait son taux de change se déprécier, ce qui aurait pour conséquences une hausse du poids de sa dette extérieure brute en euros et subséquemment des pertes massives en capital pour les prêteurs des autres pays. Au surplus, selon eux, la zone euro serait soumise à une grande incertitude et livrée à la spéculation des marchés financiers.

Mais dans les deux camps, on s’accorde le plus souvent à dire que la création de l’euro et un éventuel Frexit sont plus des questions politiques qu’économiques.

En définitive, il apparaît que moins de deux décennies après sa création, la monnaie unique paie surtout le prix de ses erreurs de conception, en tant qu’elle n’est politiquement pilotée par aucune puissance politique fédérale et ne permet pas, en l’état, de répondre aux problèmes qui touchent des pays très hétérogènes sur le plan économique.

Raphaël DIDIER

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