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Le nouveau président de l’Adie mise sur l’innovation et les collectivités

Économie | Emploi 28 octobre 2016

Face à l’enracinement d’un chômage de masse dans la société, Frédéric Lavenir, nouveau président de l’Adie, principale association de microcrédit accompagné en France, affirme des ambitions fortes : accorder 18 000 microcrédits en 2016 et développer de nouveaux modes d’action, notamment grâce aux outils numériques, en travaillant avec les collectivités dotées de compétences élargies depuis la réforme territoriale. En attendant que soient levés les freins juridiques qui bloquent l’accès à certaines professions.

Comme nouveau président de l’Association pour le droit à l’initiative économique, quels objectifs fixez-vous à l’association dans les années à venir ?

L’Adie a une mission claire que je connais depuis longtemps et que j’assume. Aujourd’hui, nous sommes au milieu d’un plan stratégique élaboré il y a deux ans, qui porte deux ambitions majeures. La première est une ambition de volume, qui a tout son sens dans le contexte de chômage massif en France : nous voulons accroître fortement l’activité, toucher plus de personnes en situation d’exclusion de l’initiative économique et les aider à créer de l’activité.

Pour 2016, nous visons 18 000 microcrédits, ce qui représente un taux de croissance de 12 % par rapport à l’année précédente. Nous sommes bien partis pour y arriver. Pour atteindre nos objectifs, nous avons un challenge de notoriété. Il faut que nous sachions toucher plus de gens, de manière générale et en particulier dans les banlieues, où les personnes ne connaissent pas forcément l’Adie ou ont souvent le sentiment que « ce n’est pas pour eux ». C’est pour cela que l’Adie y est physiquement présente et via des moyens digitaux. Il y a également des zones rurales qui sont des zones de pauvreté isolée. Là, toucher les gens est, d’une certaine façon, encore plus compliqué que dans les zones urbaines. Cet objectif implique une mobilisation encore plus forte de nos équipes et nos bénévoles, et aussi d’innover.

L’association va-t-elle devoir modifier radicalement ses modalités d’actions ?

L’innovation est notre deuxième axe stratégique, à la fois pour toucher plus de monde et pour mieux accompagner les créateurs dans leur démarche. Il est clair qu’il est nécessaire d’utiliser plus les réseaux sociaux et de nouveaux modes digitaux, surtout vis-à-vis des jeunes. En particulier, nous devons explorer l’univers de la communauté, qui a été révolutionnée par Internet et les réseaux sociaux, et sur lequel la création d’entreprise va évidemment s’appuyer. Traditionnellement, nous accompagnons le créateur d’entreprise qui est seul. Nous allons continuer, car il y a des dimensions de coaching, de formation, de support, qui sont irremplaçables. Mais il existe une dimension complémentaire de l’accompagnement qui peut très bien se trouver dans une communauté de gens qui partagent les mêmes préoccupations, qui peuvent éventuellement mutualiser des moyens. L’Adie a toujours été à la recherche de nouvelles manières de faciliter l’accès à la création d’entreprise et l’activité. Nous avons, par exemple, développé la micro-franchise solidaire et la micro-assurance. D’ailleurs, les partenaires avec lesquels nous travaillons, en particulier les collectivités locales, nous poussent à innover. Elles l’attendent de la part d’acteurs comme nous. Il nous revient d’arriver avec des propositions, des schémas d’approche des créateurs, des formes de support ou des modes de financement, qui soient innovants.

Le travail de l’Adie est enraciné sur les territoires. La réforme territoriale bouleverse-t-elle vos relations avec les collectivités avec lesquelles vous travaillez ?

La réforme territoriale est un défi, mais pour nous, c’est plutôt positif, car elle crée sur le territoire des acteurs plus puissants et plus impliqués dans les enjeux de développement économique et d’insertion. Cela fait longtemps que les régions sont pour l’Adie des partenaires naturels, impliqués dans ces enjeux. Notre organisation est fortement calée sur une logique régionale. Alors, le fait que ces collectivités prennent du poids ne constitue pas une rupture. Mais la réforme crée aussi de nouvelles opportunités avec la création de collectivités qui ont parfois une idée plus neuve, plus fraîche de leur mission. C’est notamment le cas des communautés d’agglomération, qui sont en général extrêmement impliquées dans les sujets de développement économique, de développement local, et ce, avec des moyens. Dans tous les cas, par nature, notre mission intéresse les collectivités. Que ce soit pour un département, une communauté ancienne ou nouvelle, le retour à l’emploi est un sujet important, a fortiori dans le contexte actuel où chacun mesure, au-delà des débats sur la sécurité, l’importance des enjeux d’inclusion et d’insertion.

Le cadre légal permet-il aux entrepreneurs que vous soutenez de déployer leurs projets, ou existe-t-il des contraintes qu’il faudrait lever ?

Il y a des gens que l’on rencontre, qui ont un projet et auxquels on est obligés de dire : « Tu ne peux pas faire ». Alors, soit ils renoncent, soit ils continuent, mais sans moyens, un peu illégalement, parce qu’on ne peut pas les accompagner. Ce n’est pas de l’insertion, car ils n’ont pas d’accès au crédit, pas d’immatriculation… Il faut le dire, aujourd’hui encore, le cadre juridique empêche la création d’activité dans certains domaines. Parfois, c’est pour de bonnes raisons, mais dans certains cas, il s’agit d’une barrière à l’entrée qui protège les insiders. Il y a un an, Catherine Barbaroux avait rédigé un rapport pour le gouvernement sur ce sujet.

Mais l’article 43 de loi Sapin II [qui prévoyait de supprimer les exigences de qualification pour certains métiers artisanaux] a été vidé de sa substance. Il faut continuer à convaincre. Il y a parfois des avancées, des retours en arrière. C’est un long chemin… Toutefois, sur le plan social et fiscal, il y a eu de vrais progrès depuis une dizaine d’années : en particulier, la création de l’auto-entrepreneur a été une grande victoire et la préservation d’un statut simple, accessible, sans complexité, constitue un enjeu majeur pour l’inclusion et pour l’économie française.

 

Propos recueillis par Anne d’Aubrée

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