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L’Europe et les migrants, une histoire au futur

Indicateurs nationaux | Politique 18 novembre 2016

Les migrations constituent un enjeu majeur de ce nouveau siècle, auquel les institutions européennes n’ont donné, pour l’instant, que de très faibles réponses, pointe un rapport sénatorial. En cause : les politiques nationales…

Démantèlement de la « Jungle » de Calais, campements nouveaux au cœur de la capitale, naufrages et noyés en Méditerranée… Depuis deux ans, les migrants sont devenus une constante de l’actualité en France. Au niveau européen, le phénomène se traduit par une succession de situations complexes et de drames auxquels les gouvernements nationaux apportent des réponses disparates, qui vont du repli nationaliste à une politique d’ouverture. Une cacophonie qui se traduit par une relative paralysie des institutions européennes.

Un récent rapport, « L’Europe des migrants : agir vraiment ! », co-rédigé par Jacques Legendre, sénateur du Nord (LR ) et Gaëtan Gorce, sénateur de la Nièvre (PS), remet ces événements dans la perspective du phénomène migratoire de ce nouveau siècle, rappelle la chronologie de la réaction européenne, pour formuler ensuite des préconisations pour l’avenir. Adopté par la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, le rapport a été rendu public, le 14 septembre dernier.

À cette occasion, Jacques Legendre a rappelé que « le problème des migrations concerne toute l’Europe et il est destiné à durer ». Le contexte : tout d’abord entre 2015 et 2016, l’Union européenne a connu un afflux massif de migrants. Plus d’un million d’entre eux est arrivé, pour l’essentiel, via la Grèce, et dans une moindre mesure, par l’Italie. Mais au-delà du déclencheur joué par la crise syrienne, ces migrations s’inscrivent dans un vaste mouvement d’intensification de ces dernières, notent les auteurs : on décompte 244 millions de migrants internationaux en 2015, contre 173 millions quinze ans plus tôt. Et pour l’avenir, plusieurs facteurs, dont la pression démographique des pays du Sud devraient accentuer encore cette tendance. Déjà, en Méditerranée centrale, le flux migratoire s’est intensifié, nourri par la dégradation de la situation en Libye.


Enjeux humanitaires et sécuritaires

Bref, loin d’être un phénomène circonstanciel, la pression migratoire représente pour l’Union Européenne un enjeu majeur, aux multiples facettes, que détaille le rapport. Ainsi, sur le terreau des migrations, prospèrent des passeurs qui organisent les flux de personnes vers l’Europe.

Une économie criminelle qui concernerait 40 000 personnes, organisées en réseaux, dont 44 % composés de ressortissants non-européens et 30 % de ressortissants exclusivement européens, d’après Europol. Avec ses 3 à 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, le trafic lié aux migrants serait aujourd’hui plus profitable que celui des armes et de la drogue, auquel il est souvent lié. Sur le plan humanitaire, les migrations se traduisent par des situations dramatiques. Comme celle des morts en Méditerranée : 30 000 migrants y ont laissé la vie ces dix dernières années. En 2015, ils ont été 3 770. Et ils devraient être encore plus nombreux cette année.

Par ailleurs, les organisations humanitaires dénoncent des situations de racket, mauvais traitements, privation de nourriture, le long des routes de l’exil. Certains migrants se retrouvent même séquestrés, voire prostitués, aux mains de réseaux de traite d’êtres humains, en Libye, par exemple. La situation est particulièrement dramatique pour les femmes et les enfants. Et même dans les camps organisés par les pays européens ou d’autres pays d’accueil, les conditions de vie sont, dans certains cas, déplorables.

Autre problème posé par ces migrations, la sécurité : c’est ce qu’illustre la trajectoire de deux des auteurs des attentats de Paris du 13 novembre 2015, qui se sont mêlés aux flux de migrants, via les îles grecques. « Les implications sécuritaires des récentes vagues migratoires ne doivent pas non plus être occultées », indiquent les sénateurs, évoquant notamment la crainte d’infiltration par des terroristes depuis la Libye.


Pas d’anticipation sur des faits connus

Le rapport retrace ensuite la chronologie de la réaction européenne à la crise migratoire. Tout d’abord, force est de constater que l’Europe n’a nullement anticipé le phénomène, en dépit des signaux d’alerte : en 2013, les naufrages de bateaux en Méditerranée, comme celui qui a fait 500 victimes au large de Lampedusa, l’île italienne, en octobre, n’ont pas suffi à mobiliser l’Union Européenne sur les conséquences de la situation syrienne. Cette même année, plusieurs acteurs avaient pourtant lancé l’alerte, comme le HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et même le Parlement européen qui, dans une résolution du 23 mai, appelait « l’UE à prendre des mesures pour faire face à un afflux éventuel de réfugiés », explique le rapport. Ce n’est que deux ans plus tard, à partir de l’été 2015, que l’institution met en œuvre un plan d’action, lequel découle, pour bonne partie, de l’agenda européen pour la migration, publié par la Commission Européenne, en mai. À ce titre, des moyens supplémentaires sont, par exemple, accordés aux opérations de surveillance des frontières maritimes conduites par Frontex, l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres. Autre nouveauté : un centre européen, spécifiquement chargé de la lutte contre le trafic des migrants est mis sur pied au sein d’Europol, l’Office européen de police qui aide les pays membres de l’UE à lutter contre la criminalité internationale et le terrorisme. Des centres d’accueils et d’enregistrement (dits « hot spots ») ont aussi été mis en place, en Italie et Grèce.


Une Europe politique ?

Reste qu’au-delà de ces mesures d’urgence, « il y a des difficultés considérables à agir » pour appréhender la crise de manière plus globale, constate Jacques Legendre, évoquant des « divisions nationales et opinions publiques chauffées à blanc ». « Cela ne facilite pas une réponse cohérente de l’Union Européenne », commente le sénateur. De fait, la mauvaise volonté de certains États à respecter leurs engagements financiers et à adopter, puis à mettre en œuvre des décisions concernant la crise migratoire est souvent en cause. Exemple le plus éclatant, « le dossier des relocalisations a notamment cristallisé les divisions et illustré la réticence des États membres à un partage des responsabilités en matière d’accueil des réfugiés », pointe le rapport. Le groupe de pays de Visegrad, constitué de la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, a tout fait pour retarder le processus, conduisant l’Allemagne à prendre l’initiative d’un rapprochement avec la Turquie pour gérer cette crise. Et au final, la relocalisation des migrants sur le plan européen, qui devait répartir 150 000 personnes, en concerne pour l’instant moins de 5 000.

En conclusion, les rapporteurs formulent une liste de préconisations, parmi lesquelles une plus grande implication de l’Union Européenne, avec en particulier, une réponse humanitaire à la hauteur des problèmes, une intensification de la lutte contre les passeurs et aussi, une politique migratoire articulée. Une Europe politique, en somme.

 

Anne d’AUBRÉE

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