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Les Echos Judiciaires du 03 février 2012
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«L’immortel»

Richard Berry, réalisateur plonge Jean Reno et Kad Merad au cœur de la pègre marseillaise.

Acteur au grand talent reconnu, Richard Berry a abordé trois fois et de façon différente la réalisation. Avec « L’Immortel », il se lance dans le polar noir, traité en tragédie, et adapté d’un roman de Frantz Olivier Giesbert. A Marseille, Charly Mattei, truand de haut vol, mais vieillissant, s’est retiré des affaires et se consacre à sa vie et ses deux enfants. Pourtant, 8 tueurs le coincent dans un parking et le mitraillent. Touché par 22 balles, Charly survit miraculeusement, d’où son nouveau surnom «l’immortel». Dès lors, il décide d’éliminer un par un ses agresseurs, avant de régler ses comptes avec leur commanditaire, son ex-ami Zacchia devenu parrain du milieu et protégé par des relations politiques. Une femme, commandant de police s’opposant à un supérieur corrompu, s’est donnée pour mission de livrer tous les coupables à la justice. La vie d’un des rois de la pègre marseillaise, Jacky Imbert dit le Mat, a inspiré l’auteur. Si le film en emprunte quelques épisodes (dont les 22 balles dans le corps), le reste relève de la fiction. Celle d’une plongée sans romantisme dans le milieu criminel contemporain qui n’a plus ni règles, ni lois, ni honneur, vieux principes auxquels Mattei reste attaché, tandis que Zacchia ne connaît que la violence aveugle.

«J’ai vu dans ce roman une aventure extraordinairement forte, explique Richard Berry. et je l’ai traitée sans sentiment manichéen, sans expliquer qui a tort et qui a raison. Les hommes sont des êtres humains avant d’être des flics ou des voyous. J’ai cherché la vérité des sentiments et la vérité du milieu à propos duquel j’ai mené mon enquête personnelle rencontrant énormément de gens.

Dont Jacky Imbert…

«Evidemment. Mais je suis seulement parti du fait-divers et ne raconte pas sa réalité quotidienne, ni celle des autres personnages, car il s’agit d’une fiction à base d’authenticité. J’ai évidemment tenu compte de ce qu’il me racontait. C’est un homme très drôle, assez mystérieux, pas bavard. Il reste handicapé physiquement, mais sa grande blessure, la pire des choses pour lui, c’est la trahison. » Jean Reno, pour lequel Richard Berry a écrit le rôle, incarne magistralement ce hors la loi meurtrier et pourtant sympathique parce que plus justicier que vengeur. Il raconte :

«Ce personnage, il a un revolver et aussi de l’humour, et en même temps, il saigne à l’intérieur. Des facettes qui me vont bien et Richard le savait. Il m’a fait jouer un grand parcours de rédemption, celui d’un homme qui doit s’extraire de son passé, prêt pour cela à en payer le prix même si cela doit être très cher. Et qui revient aussi à l’essentiel, protéger sa famille. Moi aussi, j’ai rencontré Jacky le Mat et après ça, on ne peut que vouloir être très convaincant pour me mettre dans ses souliers. D’autre part, « L’immortel » a encore renforcé mes liens avec Richard Berry, mon ami depuis longtemps. Cette amitié s’est encore renforcée avec cette expérience. J’aimerais bien avec lui tenter le parti d’une comédie. »

Après des rôles amusants ou empreints d’humanité, Kad Mérad démontre qu’il peut être tout aussi talentueux dans celui de Zacchia, une véritable ordure. Enorme surprise, car ce comédien était devenu un spécialiste de la comédie et de l’émotion discrète «C’est vrai, convient-il, on ne m’imaginait sans doute pas en méchant. Je fus même étonné quand Richard me l’a proposé. Après tout pourquoi pas, un comédien s’ennuie s’il ne fait pas toutes sortes d’expériences et celle-là en valait la peine. D’autant plus que ce personnage proche de «Scarface» possède des aspects déroutants, un comportement imprévisible. Il a du charme, plaît aux femmes, et peut tuer de sang-froid. »

Entre ces deux forces de la nature, Reno et Mérad, Marina Foïs joue la policière déterminée que rien ne peut détourner de son idéal. Jean-Pierre Daroussin est avocat de gangsters.

Et Marseille filmée dans ses quartiers populaires ou marginaux, avec sa vie fiévreuse et cosmopolite et sa lumière méditerranéenne, tient aussi une place importante dans ce film.


René QUINSON



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5657 du 26/03/2010. Tout droit révervé.

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