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Extraits théâtralisés (d’après Louis-Ferdinand Céline)
Lorsque ses parents incitent Ferdinand à se mettre au service de Courtial des Pereires, directeur d’une revue de diffusion scientifique, le jeune apprend qu’il n’y gagnera pas d’argent, mais deviendra riche d’une telle expérience. Il espère... Lorsque Courtial lui crée la fonction et le titre de «secrétaire du matériel», l’adolescent découvre qu’il poussera la charrette à bras. Il supporte... Quand la revue scientifique «Génitron» s’avère maquiller une mystification minable extorquant 52 francs à chaque inventeur, l’indiscipliné se rebelle... Et comme ce Ferdinand n’est autre que Céline, qu’il n’a pas la langue dans sa poche, que le patron se cache à la cave... Mais, chut ! J’en ai encore trop dit... Actuellement, dans son «Petit Théâtre», Eric Sanson revient à l’affiche de façon remarquée (plusieurs critiques de grande qualité) avec un texte fort et vigoureux, constitué d’extraits du roman «Mort à crédit». Rappelons que ce livre fit scandale en 1936 à cause de la verdeur de ses expressions, son éditeur n’osant livrer au public qu’une version «allégée». Par ailleurs, Céline adopta dans l’avant-guerre un comportement abject, participant de tout son talent d’écriture à alimenter la haine antisémite, au point de devenir une référence pour les pro-nazis, une caution intellectuelle. Par exemple, le 16 avril 1942, la conférence «Céline et le Juif» illustra l’exposition bordelaise «le Juif et la France». Malgré ce lourd passé, le public doit se rendre au spectacle d’Eric Sanson (tout comme naguère à celui de Fabrice Luchini) pour y découvrir le langage qui a constitué une novation considérable dans la littérature et enrichi la langue française. La mise en scène (Renaud Cojo), épurée, focalise dès l’ouverture l’attention du spectateur sur la puissance des mots, principal intérêt du texte. Une obscurité totale noie la scène où commence le récit des souvenirs. Éric Sanson demeure invisible, seule sa voix atteint le spectateur. Le comédien en joue avec brio, alterne les chapitres. Puis un, deux, trois, quatre spots (lumières de Jean-Pascal Pracht) s’allument lentement, le spectacle prend sa dimension visuelle et Ferdinand, devenu vieux, raconte... Une très bonne soirée, une excellente idée en cette période de fêtes...
DUNE-PONTAC
Le Petit Théâtre, 8/10 rue du Faubourg des Arts (quartier des Chartrons) à Bordeaux, Tram ligne B arrêt Les Chartrons, 15 €, réservations 05.56.51.04.73, Jusqu’au 30 janvier 2011 : les jeudis, vendredis, samedis à 20 h 30 + dimanche à 15 h 30. Relâche les 25 décembre et 1er janvier.
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