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André Dussollier et Carole Bouquet pris au piège d’un coup de foudre…
«Impardonnables », nouveau film d’André Téchiné, drame psychologique et amoureux adapté du roman de Philippe Djian, entrelace plusieurs histoires et personnages dans une Venise comme la voient rarement les touristes, celle de la lagune et des petites îles. Un écrivain, Francis, arrive à Venise pour écrire un prochain roman et rencontre une femme, Judith, ancien mannequin devenue agent immobilier. Une histoire d’amour naîtra tandis que la fille de l’écrivain (jouée par Mélanie Thierry) débarque à son tour pour disparaître subitement avec un bel Italien mêlé à un trafic de drogue. A partir de là, l’écrivain et son couple sont mis en danger, mais l’homme surmontera ces épreuves de la vie et parviendra à écrire à nouveau. Toute la complexité et incertitude de la nature humaine, notamment en amour, sont disséquées avec une caméra à la fois élégante et impitoyable comme un scalpel, traquant faiblesses et grandeurs de l’homme et de la femme, qu’ils soient homosexuels, hétérosexuels, voire bisexuels. « Je ne connaissais pas le roman de Philippe Djian, déclare André Téchiné, et j’ai été sensible à la multiplicité des personnages. J’aime développer plusieurs histoires à la fois à condition qu’elles soient nouées. Des passages entiers du roman étaient en voix off, celle de Francis qui racontait les histoires des autres. Pour le cinéma et afin de permettre entre eux une interaction vivante, je me devais de donner plus d’autonomie à mes trois héros. » Ceux-ci se rencontrent, se séparent, se poursuivent, suivent des chemins sinueux pour atteindre leur but. « Ainsi, explique le réalisateur, Francis croit avoir atteint ce but lorsque son livre vient de sortir et qu’il peut le feuilleter. C’est alors qu’il se rend compte que cela ne lui suffit plus, que sa satisfaction est limitée et, prenant conscience de l’importance que Judith a prise dans sa vie, se met à courir à toutes jambes pour la retrouver. » Le réalisateur parle aussi de sa façon de filmer Venise : « La puissance de cette ville agit comme une drogue. J’avais fait quelques tentatives de scénarios la prenant pour cadre et ça ne marchait pas, le décor étant trop chargé de mythologie. Dans « Impardonnables », ce décor, tout en restant magnifique, passe au second plan après les personnages qui, en quelque sorte, se l’approprient car elle est liée à leur travail et devient un cadre de vie pour leurs destins. » André Dussollier, fragile et ambivalent dans son double amour paternel et amoureux, allie finesse et sincérité et se réjouit d’avoir rencontré pour la première fois à Venise, Carole et surtout André Téchiné : « Il m’a fait le beau cadeau d’un rôle comme je les aime, celui où l’on parle peu, où l’on exprime à travers des silences ce qui n’est pas écrit. Il sait insuffler de la vie dans toutes les scènes, dirige avec une grande exigence, ce qui ne me déplaît pas, au contraire. » Carole Bouquet, belle et intelligente, est filmée avec délicatesse et empathie. Le film – de fiction – peut d’ailleurs apparaître aussi comme un formidable documentaire sur une actrice au sommet de son art et de sa féminité « Les personnages principaux, dit-elle, ne sont pas des gamins. Ils ont un passé un peu tumultueux qui complique le présent. Irrémédiablement, ils se sentent tout de suite attirés l’un vers l’autre. Un coup de foudre qui démarre cependant comme un jeu de séduction avant que commence une vraie histoire d’amour. Qui va d’ailleurs les faire souffrir, une fois passé le premier éblouissement. » Ce qui est richesse et nuance dans un roman avec multiplicité de points de vue est parfois confusion dans un film qui a du mal à échapper à son origine littéraire et romanesque. Mais c’est cette « confusion des sentiments » ainsi que leurs incertitudes, décrites avec justesse et acuité par une caméra experte, qui rend ce film attachant.
René QUINSON
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