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Michael Douglas affronte Shia Labeouf…

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Gordon Gekko sort de prison avec pour tout bagage une chevalière et un téléphone portable des années 1990. Sa femme a divorcé, son fils est mort d’une overdose, sa fille ne veut plus lui parler. Il regarde, étonné, une Limousine venant chercher un rappeur devant la porte. Le monde a bien changé en huit ans… Mais ce qui ne change pas, c’est Wall Street, où Jack Moore, jeune trader aux dents longues, est la nouvelle star. Gekko le contacte car il possède son bien le plus précieux, sa fille Winnie… En 1981, le film d’Oliver Stone «Wall Street» a fait découvrir au grand public le monde impitoyable de la Bourse, dont les rouages étaient alors peu connus. Depuis le krach de 2008, le sujet a été tellement évoqué dans les médias qu’il est devenu familier. C’est sur ce changement que le réalisateur s’est appuyé pour créer une suite s’inscrivant dans la continuité du premier, tout en empruntant d’autres voies. Ainsi, les scènes de salles de marchés laissent rapidement place à une autre facette du phénomène : les hommes qui jonglent avec l’argent des autres, leurs motivations et leur folie. «J’avais conçu le premier comme un conte moral, dit-il, mais j’ai été surpris par la manière dont le public a perçu ce film. Des gens sont venus me dire que je leur avais donné envie de faire carrière à Wall Street ! Heureusement, il s’agit de traders honnêtes, comme le fut autrefois mon père. Au cours des années, les chiffres sont devenus astronomiques, les flibustiers de la finance comme Gordon Gekko ont été remplacés par des institutions qui ne sont plus réglementées. Le krach de 2008 était inévitable. J’ai ressenti le besoin de réaliser une suite qui montrerait l’évolution des systèmes responsables de l’effondrement que nous avons connu. Dans le passé, une banque était une banque, et une compagnie d’assurances une compagnie d’assurances. Tout a changé. Le mur qui séparait ces fonctions a été détruit par la dérégulation des années 1980 et 90.» Michael Douglas, lauréat d’un Oscar pour sa composition de Gordon Gekko, revient ici encore plus charismatique, avec des desseins si troubles que personne ne peut savoir ce qu’il pense. Pas même lui, sans doute. Mais un requin ne se transforme pas en poisson rouge. «Ce rôle a changé ma vie, dit-il, et certains spectateurs ne m’identifient que par ce personnage qui est devenu emblématique. Il était primordial que la personnalité de Gordon Gekko évolue, et le projet d’Oliver Stone m’a immédiatement séduit. C’est un homme brisé, une loque, qui sort de prison où il a beaucoup réfléchi, il repart de zéro, mais il se remet rapidement en selle, il s’adapte. Il découvre que la situation est particulièrement mauvaise, il voit où sont les failles car, contrairement au jeune trader, il a une vue claire des choses et a beaucoup d’expérience dans le domaine. Il écrit un livre pour revenir sur le devant de la scène sans être un acteur direct de la crise qui se prépare. Il est déchiré entre le désir de rester honnête pour reconquérir l’amour de sa fille et l’envie de profiter de la situation.» Shia LaBeouf qu’Oliver Stone a recruté après l’avoir vu dans «Transformers» interprète Jack Moore, une sorte d’idéaliste qui croit pouvoir associer profit et probité. Il est subjugué par Gordon Gekko, même s’il sait qu’il a été un escroc. L’acteur de 24 ans a fait un stage dans un cabinet de courtage avant le tournage, pour se familiariser avec les méthodes des traders : «Comme mon personnage, je viens d’un milieu très modeste, dit-il, et j’ignorais ce qu’étaient les produits dérivés, les valeurs mobilières, les obligations, les actions. J’ai suivi des cours intensifs de finance et j’ai pris cela très au sérieux, passant réellement un examen pour obtenir une licence de «broker-dealer». Pendant mon stage, j’ai investi 20 000 dollars et, en quelques semaines, j’en ai gagné 400 000 ! Cela a de quoi griser et c’est très inquiétant. J’ai compris comment cela peut monter à la tête de jeunes hommes qui ont vu leurs parents s’épuiser au travail pour des petits salaires. Ils en oublient les conséquences de leurs actes, ils veulent toujours faire plus de profit. La seule chose qui empêche Jack d’aller trop loin est son amour pour Winnie. Il veut sincèrement financer son projet écologique et prend des risques pour elle. Il perd de vue que Gordon Gekko est rusé, impitoyable. Il est subjugué par sa personnalité, finalement attachante.» Autour d’eux gravitent les financiers Josh Brolin et Eli Wallach, la fille écolo Carey Mulligan et la mère fofolle Susan Sarandon, tous parfaits dans leurs rôles. L’humour omniprésent fait de ce thriller féroce un divertissement accessible à tous, avec des répliques déjà cultes comme «Mon énergie verte, c’est le dollar».
Marie-Dominique VANÇON
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